Archive for novembre, 2025

Essence vs existence, conscience vs matière

dimanche, novembre 30th, 2025

Les rapports qu’entretiennent l’essence et l’existence constituent (si cela peut être dit ainsi) le fond de commerce de celui qui a refusé le prix Nobel de Littérature en 1964. L’existence précède l’essence dans la mesure où en dehors de toute détermination, c’est par ses actes que l’homme tire son essence, ce qui l’oppose à Descartes pour lequel l’essence définissait l’existence, tandis que pour Heidegger, l’essence résidait dans l’existence. A l’évidence essence et existence ne peuvent que se heurter quand ils se rencontrent d’autant plus que l’un est concept et l’autre réalité. Mais là où le jeu se complique c’est lorsque l’on aborde le thème de la réalité, qui est matière. S’il est classique de voir la matière préexister à la conscience, il l’est beaucoup moins d’affirmer le contraire. Pourtant c’est l’hypothèse que fait Maria Strømme, professeure à l’Université d’Uppsala (https://pubs.aip.org/aip/adv/article/15/11/115319/3372193.) : « selon le modèle de Strømme, ce que nous appelons matière n’est pas la brique élémentaire de la réalité, mais plutôt une représentation, voire une illusion« . Il s’agit là d’une véritable révolution intellectuelle qui fait que le lecteur échange un vertige pour un tourbillon tel qu’il se heurte à des millénaires de certitude(s). On entre alors dans une autre science de la matière, telle que l’étudie Maria Strømme, qui fait reconsidérer la notion de réalité dans le même temps que ce que l’on considérait comme marges de la dite réalité, ainsi que bien des textes qui s’y apparentent (https://sciencepost.fr/une-physicienne-formule-mathematiquement-ce-queinstein-pressentait-la-conscience-precede-la-matiere/). En définitive, cette étude remet en question des idées reçues et invite à un changement de perspective : plutôt que de considérer la conscience comme un épiphénomène de la matière, elle la place au fondement même de l’existence. Quand le structuralisme proposait la formule canonique du mythe, quand la théorie du tout reste le graal, Maria Strømme « en synthétisant des apports de la physique, de la métaphysique et de la philosophie, […] propose une voie vers une compréhension intégrée qui unit la rigueur scientifique à la sagesse philosophique antique« . L’homme reste en demande d’un tout unifié et unificateur !

Pour ou contre une télépathie modernisée

mercredi, novembre 26th, 2025

L’article qui va suivre ne s’adresse aucunement à un individu anencéphale, puisqu’il a pour sujet la possible intrusion de cette boîte qualifiée de noire et qui de ce fait perdrait la dite qualité. La boîte ne serait pas à proprement parlé, ouverte à tous vents, mais il serait néanmoins possible de la pénétrer. En fait au XIXème siècle, un domaine de la parapsychologie se développa sous l’égide de Frederic William Henry Myers et concerne « un hypothétique échange d’informations entre deux personnes n’impliquant aucune interaction sensorielle connue« . Non reconnue scientifiquement et appartenant plutôt au domaine des exhibitions de spectacles, la neuro-technologie pourrait introduire une certaine scientifisation dans un sujet où l’irrationnel règne en maitre (BCIs could invade mental privacy). Il s’agit tout simplement d’explorer une toute nouvelle entité « l’interface cerveau-ordinateur« . Des expériences ont déjà conduit à des réalisations exceptionnelles, basées sur la mise en place d’un implant qui enregistre et analyse l’activité cérébrale, traduisant la pensée en un acte moteur adapté. Aujourd’hui la machine pourrait aller plus loin, dans la mesure où la captation ne s’intéresserait plus au cortex moteur, mais à des zones de la pensée préconsciente ! C’est alors qu’interviennent les interrogations éthiques : comment protéger l’individu contre l’invasion et l’utilisation de données historiquement inaccessibles ? La question est d’autant plus pertinente que si la recherche scientifique possède ses codes, il n’en est pas de même dès que le procédé est mercantilisé ! Poser des questions n’est pas synonyme de réponse mais de prise de conscience, l’indispensable première étape.

Penser, c’est quoi ?

mercredi, novembre 19th, 2025

Pourquoi vivre sans cerveau est-il à la fois possible et impossible ? La question est loin d’être anodine puisque les deux situations existent au sein du monde vivant. Ceci étant, il est possible que celui/celle qui possède ce précieux bien et celui/celle qui ne le possède pas ne sont pas aptes à exercer les mêmes fonctions ! D’où la question que pose l’article : Can brainless animals think? La problématique étant de savoir s’il est possible de répondre à la question quand on répond difficilement à celle qui se cache sous cette autre question : qu’est-ce que penser ? Quand une méduse a adapté sa réponse à un stimulus (quel qu’il soit) en changeant sa conduite, est-on en droit d’affirmer qu’elle a fait la preuve d’une pensée ? Cet animal (en particulier, mais il n’est pas le seul) s’il ne possède pas de tissu nerveux défini sous la forme d’un « cerveau », n’en possède pas moins les cellules constitutives de ce tissu à savoir des neurones disposés selon un réseau diffus. Ce réseau leur permet de répondre parfaitement aux sollicitations extérieures de façon parfois très complexe. C’est cette complexité même qui soulève la question que pose les auteurs. Même l’utilisation du terme de cognition ne permet pas de répondre à la question posée. De façon intuitive on aurait tendance à associer la pensée à un acte exclusivement « cérébralisé » détaché de toute extériorité, mais est-ce le seul versant de la pensée et est-il indispensable ? L’abîme de réflexion dans lequel cette question pose celui qui la pose, est-il « pensée » ?

La science et le bon sens !

samedi, novembre 15th, 2025

Il est rare que la science conforte le bon sens de façon éclatante c’est pourtant aujourd’hui le cas avec deux articles dont la lecture conforte a peu de prix tout lecteur attentif. Bien que les sujets abordés ne soient pas les mêmes, ils se situent néanmoins dans deux domaines comparables, la qualité de vie. L’un s’attache à étudier certains des facteurs impliqués dans le combat « général » que doit mener celui qui est atteint d’un processus néoplasique (Social Interactions Slow Cancer Via an Anxiety-Reducing Neural Circuit), l’autre (Being multilingual es bueno para el cerebro) explore l’aspect relationnel de l’individu vieillissant. Qu’il s’agisse d’affronter la maladie cancéreuse ou la « déchéance » de l’âge, il est une certitude, celle que l’homme seul se trouve avoir besoin de toutes ses forces à commencer par sa façon d’appréhender pour les surmonter, les épreuves qu’il aura à affronter. La première étude a mis en évidence, chez la souris comme il est habituel pour commencer, un circuit neuronal qui comprend le cortex cingulaire antérieur et les neurones inhibiteurs de l’amygdale, circuit impliqué dans le processus anxiété/processus tumoral. Dans la seconde étude c’est le déclin cognitif qui est investigué avec pour conclusion : le multilinguisme retarde le vieillissement. Or il y a peu de chance qu’un polyglotte se parle exclusivement à lui-même. D’où dans les deux cas, la notion que la société quand elle arme l’individu vis à vis de lui-même, n’est certainement pas à rejeter.

Des questions à propos de la science ?

jeudi, novembre 6th, 2025

Affirmer qu’il fait chaud peut relever de deux attitudes que l’humain pratique sans modération : l’opinion vs la science. L’opinion ne fait appel à aucune rationalité, elle traduit le ressenti de celui qui l’exprime. La science s’appuie sur la réalité d’une mesure. Le thermomètre est un instrument fiable qui a fait ses preuves depuis son invention en 1612. Pourtant la science est révisable dans la mesure où s’appuyant sur la technique humaine, elle suit son évolution en gravissant pas à pas, chaque marche depuis le socle indispensable à toute avancée ultérieure. Aujourd’hui il est de bon ton d’ignorer la révisibilité de la science pour la transformer, l’instrumentaliser en jouant sur sa perpétuelle dynamique ce qui permet à ses détracteurs de la transformer comme « n’étant jamais tranchée » (https://www.livescience.com/human-behavior/politics/there-is-such-a-thing-as-settled-science-anyone-who-says-otherwise-is-trying-to-manipulate-you-opinion). Or accorder à la science la caractéristique de « n’être jamais tranchée » la transforme en « inexacte ». Et donc, puisqu’elle est inexacte, on ne peut pas lui accorder la moindre valeur ! Le monde est-il en mesure de percevoir toute la négativité de ce syllogisme ? Il n’y a en effet qu’un pas pour pénétrer dans le monde du complotisme Ce qu’il est important de saisir c’est la différence entre le sceptique antique et le complotiste actuel. C’est la démarche propre du sceptique qui lui permet d’atteindre la tranquillité ultime, ce qui est loin d’être le cas du complotiste ! C’est pourquoi l’enseignement de l’épistémologie constitue le dernier rempart contre le complotisme !