Posts Tagged ‘Art’

Le Beau et le Bizarre !

mercredi, février 8th, 2017

Comme pour le Normal et le Pathologique, thèse de médecine de G. Canguilhem, la question du Beau et du Bizarre mérite également d’être posée, surtout quand on se réfère à Baudelaire qui écrivait « Le beau est toujours bizarre« . Parce qu’il n’est pas plus simple de définir l’un que l’autre, et qu’ils pourraient même sembler antinomiques, l’association de ces deux « qualités » sous tend d’innombrables expériences sensibles. C’est le thème du numéro de Février du Scientist, publication centrée sur le monde végétal, monde qui ne cesse de provoquer  l’admiration du fait même de sa biologie encore incomplètement élucidée. (From the Beautyful to the Bizarre,  http://www.omagdigital.com/publication/?i=379273&utm_source=hs_email&utm_medium=email&utm_content=41764062&_hsenc=p2ANqtz-8X_hjFCrh_U5L1eGg-wRM8niX0tY6Nbo3cxF8MUd0L9CxqUJlK-cFPDpdX31RifBELeE81J-mH62Ul7iSlRjKbYopu4g&_hsmi=41764062#{« issue_id »:379273, »page »:0}). La grande idée, c’est aussi que l’art et la végétation peuvent s’accorder même en empruntant des cheminements parfois inattendus. Un exemple, parmi ceux que l’article détaille, a trait à une expérience déjà ancienne (1993) dans laquelle Natalie Jeremijenko (https://www.ted.com/speakers/natalie_jeremijenko, http://www.fondation-langlois.org/html/f/page.php?NumPage=1831) mêle des domaines aussi différents que la science, l’art, l’écologie voire l’éthologie. L’expérience qui reste fameuse consiste à avoir planté des arbres « tête en bas », avec pour résultat, des troncs dirigés effectivement vers la terre mais des branches qui se recourbent pour pointer vers le ciel ! Alors pour montrer que tout est « art » il n’est pas inutile de méditer cette phrase « her inverted trees may be compared to Marcel Duchamp’s Fountain, actually an inverted urinal, of 1917« (http://www.expandedenvironment.org/tree-logic/) : la façon de voir reste donc le maître mot, ce que Magritte ne s’est pas fait faute d’exploiter !

Une histoire pas si brêve !

mercredi, décembre 9th, 2015

gorilla inspecting human brainA paraître sous l’égide de l’American Cancer Society un numéro virtuel spécial intitulé « A NOTE FROM HISTORY:
LANDMARKS IN HISTORY OF CANCER »  dans la revue CANCER qualifiée de plus ancienne sur ce sujet. Six parties sont prévues reprenant des publications depuis 2010 jusqu’à la plus récente en 2015 ( Part 1, http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/cncr.25553/pdf, Part 2,http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/cncr.25825/pdf, Part 3,  http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/cncr.26320/pdf, Part4, http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/cncr.27509/pdf, part 5, http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/cncr.27889/pdf, Part 6, http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/cncr.28319/pdf, Part 7, http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25873516) . De 3000 av JC à 2000 ap JC, prennent place cinq mille ans d’histoire du processus cancéreux tant du point de vue clinique (diagnostic et étiologie) que thérapeutique. S’il est difficile de résumer chacun des articles, ce qui néanmoins est intéressant, c’est de suivre la progression des thématiques en ayant la curiosité d’établir un parallèle avec l’évolution de la technicité en général. La reconnaissance du « crabe » est ancienne comme en attestent le papyrus Edwin Smith (3000 ans avJC) tout autant que le papyrus d’Ebers pus récent (1500 ans avJC). Sans trace écrite mais néamoins certifié, le processus existait déjà chez l’animal quand l’homme n’était pas encore de ce monde. Au commencement, on ne sait pas grand chose, le sensible prévaut. L’observation directe est là pour décrire des anomalies de volume et de développement quelle que soit la topographie : on ouvre les cadavres depuis bien longtemps ! Il est tout aussi évident que la première des attitudes est d’enlever cette anomalie, d’où une chirurgie carcinologique très ancienne. Au fur et à mesure où l’observation change d’échelle en fonction des acquisitions techniques, on passe de la macroscopie à la microscopie, car la cellule change le point de vue de l’observateur. Aujourd’hui, la biologie moléculaire semble ne plus avoir de limites ! S’il semble bien que la technique soit devenu le bras armé du sensible, les questions sont restées les mêmes : pourquoi, comment. Est-ce une raison pour dire que l’art a été remplacé par la technique (ars vs tekhné), idée soulevée dans la conclusion de la dernière partie ( In conclusion, the 25 years from 1970 and 1995 are the high-water mark in clinical oncology, and this is the period when oncology turned from art to science) ? C’est adopter l’ambiguïté de ces deux termes. Joints à l’origine par l’identité de leur signification, l’ars latin et la tekhné grecque se sont progressivement éloignés l’un de l’autre et la technique moderne qui provient du second n’est plus ni l’un ni l’autre. Mieux vaudrait suivre Aristote pour lequel l’art est plus expérience de l’individuel, la tekhné plus affaire du général tandis que la sophia est la  science qui s’intéresse aux principes et causes premiers. Mais restent et resteront toujours les « pourquoi » et les « comment » !

Revisiter l’Art et la Nature ?

vendredi, novembre 27th, 2015

Weaver-ant-Leaf-Curling-SpiderL’art de l’imitation n’est peut-être pas aussi vieux que le monde mais il figure déjà dans les préoccupations des classiques grecs lorsqu’ils parlent de l’imitation de la nature par la technique (Démocrite et Socrate). C’est un fait si banal que l’on n’en discerne même plus les applications quotidiennes. Ainsi en utilisant un appareil photographique ne va-t-on pas penser au fonctionnement de la pupille ! Mais on a aussi pu voir les constructions de la nature comme des oeuvres à part entière et vouloir de ce fait les reproduire telles qu’elles apparaissent à ceux qui les regardent. Est-on en droit de les qualifier d’oeuvres d’art ? Non par définition, puisque l’art est justement le produit de l’activité humaine. D’où cette question typique des sujets de philosophie du baccalaureat : L’art est-il une reproduction de la nature ou une invention ? Une façon non pas de répondre à la question mais d’apporter un élément de réponse pourraît etre le sujet de l’exposition, Animal Architects: Influences on Human Creativity,” qui s’est ouverte  à Princeton (Arts Council of Princeton) dans le New Jersey, ce mois-ci  ( Channeling Animals (http://www.the-scientist.com//?articles.view/articleNo/44610/title/Channeling-Animals/). Il est vrai que l’on ne se lasse pas d’admirer le cocon du lepidoptère qui n’utilise qu’un seul fil de soie. Mais on peut aussi se poser la question de l’interprétation dans le sens d’une sex sculptures à propos du nid des oiseaux de la famille des Ptilonorhynchidés ! Quoiqu’il en soit avec ou sans interprétation il n’est jamais inutile d’observer la nature mais en ayant conscience que les constructions animalières sont l’expression de cet autre art dont l’animal est le créateur. Mais alors on n’échapperait pas à une autre question, celle de l’intentionnalité !!

Réfléchir pour réfléchir

samedi, octobre 24th, 2015

reflet-miroirMiroir naturel de Narcisse, miroir arme de guerre contre la Gorgone, miroir magique de Blanche Neige, miroir poétique de Cocteau, les miroirs appartiennent depuis toujours à tous les domaines  de la vie et sont, peut-être de ce fait, devenus source de nombreuses oeuvres d’art. Mais on doit également leur reconnaître une autre fonction  car celui qui appréhende son extériorité par son image réfléchie est nécessairement amené à réfléchir. L’enfant prend conscience de l’intégralité de son corps lorsqu’il se reconnaît dans le miroir, et plus tard bien souvent, l’image que ce miroir donnera risque d’étonner celui qui s’observe puisqu’elle est lui mais pas exactement tel qu’il se voit. Certains sont des virtuoses du miroir, comme Leonard de Vinci et son écriture spéculaire. Et il arrive même que  l’utile se joigne à l’agréable,  quand le miroir devient thérapeutique (Cognitive Neuroscience Lurking in Art, http://www.the-scientist.com//?articles.view/articleNo/44265/title/Cognitive-Neuroscience-Lurking-in-Art/) ! Cette thérapie mise au point en 1996 grâce à Vilayanur Ramachandran avec l’aide, en 1999, d’Eric Lewin Altschuler a été appliquée aux patients atteints du syndrome du membre fantôme ainsi qu’aux patients souffrant d’une hémiplégie. De quelle façon un miroir est-il donc capable d’avoir une action ? En fait il s’agit d’une duperie, d’une illusion, puisque l’image donnée ferait croire au cerveau que le membre absent ne l’est plus, pas plus que le membre paralysé! C’est de cette illusion que peut naître un nouveau seuil de la douleur, une douleur amoindrie pour le patient. Alors toutes ces oeuvres qui mettent en scène sujet<–>miroir<–>image doivent-elles être étudiées du point de vue des auteurs ou du point de vue du spectateur ? Pour répondre à cette question on ne pourra pas faire autrement que de mener une étude exhaustive par des spécialistes à la fois fins connaisseurs dans l’art et la neurologie (voire la psychiatrie), avec le risque que les résultats se fassent attendre !

Un grand pas pour ….

mardi, décembre 9th, 2014

paper-art-1-1Comment l’esprit vient aux femmes, c’est Georges Cukor qui en parle 1951,  comment l’abstraction vint à l’Homo erectus, est-ce un coquillage qui peut en parler aujourd’hui ? Rien de plus immatériel que l’acquisition de la conceptualisation, tandis que les preuves qui peuvent s’y rapporter ne sont que matérielles. C’est l’artefact de l’archéologue, ce que la nature n’a pu faire et donc ce que l’homme a réalisé. Ainsi en est-il de cette coquille de lamellibranche d’eau douce percée de « mille trous » dont seul l’homme pourrait être à l’origine (Shell ‘art’ made 300,000 years before humans Evolved, http://www.newscientist.com/article/mg22429983.200-shell-art-made-300000-years-before-humans-evolved.html?full=true#.VIRz-V0tBYc). Pour le commun des mortels, comment distinguer un silex inutile d’un silex utile, en d’autres termes, comment voir différemment les irrégularités de contour d’une pierre ? Comment voir dans ce silex-nature un silex-outil ? Comment voir dans l’objet présent son but, comment percevoir l’intervention d’une cause finale (le telos). Comment l’imagination du chercheur d’aujourd’hui peut-elle faire table rase des acquis de millions d’années pour comprendre ce que l’Homo erectus imaginait pouvoir faire alors d’un silex et ou d’un quelconque coquillage dans l’optique de sa vie quotidienne ? Il en est de même pour l’interprétation de l’art pariétal, et de toutes ces manifestations de l’humanité trop éloignées pour ne pas être interprétées à l’aune de ce que l’homme est devenu, sans pouvoir même imaginer qu’il aurait pu être autre ! Intemporalité de la question « Qu’est ce que l’art » …

De quel Art parle-t-on ?

dimanche, juin 23rd, 2013

Après avoir admiré les images que propose la galerie d’images scientifiques de la 6° exposition de Pricetown sur la sujet Art et Science (The Art of Science, http://www.the-scientist.com//?articles.view/articleNo/36123/title/The-Art-of-Science/)  se pose cette question qui reste intemporelle : quel rapport il y a-t-il entre l’Art et la Technique car dans le cas présent les  images données à voir ont été obtenues par la technique. Joints à l’origine par l’identité de leur signification, ars et tekhnée se sont progressivement éloignés l’un de l’autre et la technique moderne qui provient du second n’est plus ni l’un ni l’autre. Ces explosions de couleurs reposent sur la révélation par la technique humaine de la réalité naturelle cachée à ses yeux mais présente depuis toujours. Il n’y a donc que mise en lumière (terme exact) de la nature qui révèle alors sa beauté. Si la signification actuelle tient pour art, ce que construit l’homme, ces images sont à proprement parler plus un dévoilement de la nature qu’une manifestation de l’art propre à  humanité.