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De utilitate plombi

samedi, mars 26th, 2016

scribouillardChacun sait que le saturnisme doit son nom à la planète Saturne, symbole du plomb en alchimie. Pourtant le métal plomb se traduisant par plombum (i, n) en latin, il convient d’écrire de utilitate plombi si l’on veut décliner au moins un intérêt du plomb quand il ne s’agit pas du domaine de la santé. Si au XV° siècle, J. Gutenberg met au point les caractères mobiles d’imprimerie, l’encre qu’il utilise comporte du colorant (il en existe différents types), un support qui lui permet de le transporter et de le fixer aux lettres et un optimisant. Les supports sont souvent à bas d’huile et l’optimisant peut renfermer du cobalt ou du manganèse. Le plomb n’entrait pas dans la composition de l’encre mais dans celle des caractères que ce génial inventeur avait mis au point en lui ajoutant de l’étain et de l’antimoine. L’encre des papyrus peut comporter un sulfure de mercure, l’encre des moines copistes était soit constituée d’un pigment noir issu de produits calcinés ou de noir de fumée avec un support, soit métallo-galliques (noix de galle) et sel métallique (sulfate de fer ou sulfate de cuivre). Mais heureusement pour les amateurs de vieux, très vieux textes, les curieux, les érudits et les autres bien sûr, l’éruption du Vésuve en 79 après J.-C n’a finalement pas eu raison de ces rouleaux pourtant bel et bien carbonisés (Lead ink from scrolls may unlock library destroyed by Vesuvius, https://www.newscientist.com/article/2081832-lead-ink-from-scrolls-may-unlock-library-destroyed-by-vesuvius/?cmpid=NLC%7CNSNS%7C2016-2403-GLOB&utm_medium=NLC&utm_source=NSNSAL). Ayant échappé depuis trop longtemps à tout examen, il est devenu possible grâce au plomb contenu dans l’encre et à une technique innovante dans ce domaine [la tomographie X en contraste de phase (XPCT) avec amplification de contraste] de déchiffrer déjà quelques mots et un alphabet grec dans sa totalité. Pour ceux que ces travaux pluridisciplinaires intéresseraient, il convient de lire également la publication du CNRS, Voir à l’intérieur des rouleaux carbonisés d’Herculanum (http://www2.cnrs.fr/presse/communique/3871.htm) qui n’évoquent pas la présence de plomb, mais ne parle que d’une encre à base de noir de fumée ! Quoiqu’il en soit, ce texte aurait pu à coup sûr venir enrichir la bibliothèque de l’abbaye bénédictine d’Umberto Eco, si celle ci n’avait fort malencontreusement été détruite (encore et toujours) par le feu !