Archive for janvier, 2026

Vivifiant ou délétère ?

vendredi, janvier 16th, 2026

Le biais cognitif se caractérise par la propension qu’un sujet à de chercher, voir, retenir tout ce qui s’inscrit dans un schéma, son schéma, qui a quitté la réalité pour être perçu à sa façon. Si cette description semble un peu facile sinon simpliste elle traduit néanmoins une distorsion de la réalité, une atteinte de la rationalité de l’individu qui en fait montre. Or aujourd’hui les applications courantes des acquisitions scientifiques se sont accélérées à un point tel que leur perception s’apparente plus à de la magie inexplicable qu’à la normalité. C’est la raison pour laquelle après avoir loué « trop tôt » les services qu’allait rendre l’IA, il est devenu de bon ton de la vouer au gémonies, voire à imaginer de l’interdire sans autre forme de procès ! C’est pourquoi si l’on désire regarder en face ce nouveau produit démoniaque, on pourrait lire un article récent qui traite du sujet pour le démystifier : AI can spark creativity — if we ask it how, not what, to think. L’idée est simplissime et universelle : tout nouvel outil requiert un nouveau mode d’emploi qui lui soit spécifique, c’est à dire dont la finalité ne soit pas dévoyée. Le marteau a été créé pour taper sur un clou par sur la tête de son voisin ! Et donc savoir utiliser l’IA, c’est savoir lui poser les bonnes questions, pas lui demander de répondre à la place de celui qui l’a créée mais de lui fournir les éléments de réponse qui ne sont pas tous simultanément et dans l’instant en sa possession.

La chimère et l’éternité

dimanche, janvier 4th, 2026

Qu’elle fut fille d’Hésiode, d’Homère ou d’Apollodore, la chimère n’était pas un être attirant à l’exception peut-être de ses seuls parents. Terrible, elle meurt sous les coups de Bellérophon. Mais ce qui est rarement rapporté, c’est que de ses épousailles naissent le Sphynx et le lion de Némée, deux autres créatures tout aussi redoutables. Cette filiation n’est pas sans rapport avec ce qui va suivre (Some of your cells are not genetically yours — what can they tell us about life and death?).Les interprétations auxquelles cet être né de l’imaginaire des anciens ont donné lieu sont multiples, mais le terme lui-même de chimère a été repris par les  » biologistes [qui] ont utilisé ce terme, il y a déjà plus de 100 ans, pour désigner les organismes constitués de plusieurs cellules ayant des origines génétiques différentes. Au début, on utilisait ce terme surtout en botanique. Mais on s’est rendu compte que les mammifères aussi étaient des chimères« . La révolution qu’apporte la connaissance que les êtres vivants sont tous des chimères invalide deux concepts universels. Le premier postule que les enfants descendent de leurs parents ; le microchimérisme démontre que le trajet inverse est possible puisque c’est l’ascendance maternelle (la mère) qui renferme des cellules provenant de son enfant ! Le second postule que le système immunologique repose sur le « soi » et la reconnaissance du « non soi » : les cellules microchimériques vont pouvoir ou non, car ce n’est pas inéluctable, provoquer une réponse de rejet. Ainsi la chimère peut-elle ou non être ce monstre des anciens. Mais dans un cas comme dans l’autre, c’est la mère et son embryon, les seuls acteurs mis en cause. L’ADN mitochondrial et le microchimérisme démontrent qu’il existe bien une empreinte féminine spécifique à l’origine d’un double cheminement temporel.