Le côté obscur de la force

novembre 20th, 2011

Telle une médaille, la science comporte deux faces qui ne se dévoilent pas nécessairement d’emblée. La question se pose en effet de savoir quelle responsabilité porte le scientifique dans son possible dévoiement (http://thescientist.com/daily/2011/11/16b.htm). Il ne s’agit ni plus ni moins que du principe de l’acte à double effet selon Philippa Foot : quelles conduites peuvent-elles être qualifiées de  réellement bonnes ? Attitude assez peu éloignée de celle d’Aristote qui insiste sur le fait que le choix moral dans une situation donnée pourrait fort bien s’avérer différent dans une autre situation. Où se trouve la solution ? Toujours selon Aristote, dans la « phronésis« . Mais que doit faire le scientifique soumis à l’obligation d’action ! Quelque soit le choix, partage de responsabilités, surveillance,  la liberté du chercheur ne peut s’affranchir de la société dans laquelle il vit et pour laquelle il agit !

 

B. Bettelheim et la « bruchpilot »

novembre 12th, 2011

La Belle au Bois Dormant n’a pas pu avoir connaissance de la chance qui a été la sienne. En effet, non seulement grâce à B. Bettelheim elle a pu passer de l’enfance à l’adolescence pendant son long sommeil, mais encore, parce qu’elle s’était particulièrement bien reposée, ses neurones s’étaient mis  en état de marche pour ses études. En effet, Chiara Cirelli, spécialiste de neurosciences, vient de montrer (http://www.livescience.com/16966-sleep-brain-learn-nsf-ria.html, Health 9 novembre 2011)  chez différents animaux de laboratoires, parmi lesquels la drosophile, que la concentration en une protéine impliquée dans la transmission synaptique (Bruchpilot), diminuait au cours du sommeil. Pendant cette même période les terminaisons dendritiques perdaient de leurs ramifications. Cette double constatation évoque  la possibilité que la période de sommeil puisse être une période de récupération qui s’appliquerait donc « aussi » aux synapses. Que l’on ne vienne pas arguer du fait que la mouche est un animal inférieur !! Chaque animal vivant est dans l’arbre phylognétique, la forme la plus aboutie de sa branche !

 

Les génies plus vieux ?

novembre 9th, 2011

Comment faut-il interpréter cette récente constatation selon laquelle « Les grandes découvertes voient le jour de plus en plus tard par rapport à l’âge de leurs concepteurs » et ce depuis environ un siècle (http://the-scientist.com/2011/11/08/qa-aging-geniuses). Si Isaac Newton développait sa théorie de la gravitaiton à l’âge de 23 ans, l’analyse de 525 Prix Nobel entre 1900 et 2008 met en évidence un âge moyen d’attribution passant  de 37 ans au début du XX° siècle à 50 ans actuellement. Est-on en droit de se demander « cur quomodoque« . On pourrait tester plusieurs pistes :  une corrélation avec  le nombre d’articles traitant de la recherche sur les gènes impliqués dans le vieillissement ou sur les cellules souches et leur capacité de remplacement ? une corrélation avec le nombre d’auteurs cités en tête d’article ? une corrélation avec la façon d’envisager l’expérimentation ? une corrélation entre la fulgurance de l’intuition géniale et l’âge, ce qui irait à l’encontre de l’idée générale selon laquelle le stock de neurones ne peut que diminuer au fil des ans. Mais aussi : une corrélation inverse avec les avancées de la technicité, ou bien encore une corrélation inverse avec la rapidité des voies de l’information ? Sans oublier une corrélation avec les critères d’attribution des Prix Nobel ! On peut multiplier à l’infini la recherche des facteurs en cause, et ce d’autant plus que si réponse il y a, elle a toute chance de nécessiter une analyse multifactorielle. Quoiqu’il en soit on comprend pouquoi il faut vivre plus vieux !

La biologie moléculaire et Halloween

novembre 7th, 2011

Ne laissons pas retomber le rideau sur Halloween sans faire une mise au point d’importance. Si les « vampires » savent avec précision à quel endroit ils doivent mordre leur proie, c’est qu’ils possèdent un système de détection de la chaleur sous-cutanée maximum (38°C/100°F). Il s’agit des canaux TRP cationiques de la famille des TRPV (Vanilloïde). Ces canaux sont exprimés de la levure à l’homme : les activations en sont diverses, mais la température est un activateur des TRPV1. Ainsi, après avoir repéré sa proie par echolocation, la chauve-souris vampire est-elle capable de trouver la veine sous cutanée à perforer en raison de la température qui s’en dégage. Tout s’explique !

Un présent trop riche !

novembre 3rd, 2011

Notre passé était plus simple, celui où son nom dans une publication se devait d’être le premier, le deuxième ou mieux le dernier. Entre les deux, les places étant considérées comme moins bonnes et peu propices à figurer dans la liste des titres et travaux requis pour un avancement « mérité ». En effet, dans la dernière publication du groupe nature.com (nature.genetics, novembre 2011, volume 43, issue 11), on compte  38, 106, 136 et même 170 signataires qui se répartissent entre 3 lettres, de 5 à 7 pages  et 1 article de 8 pages. Comment peut-on/doit-on interpréter cette sidérante pléthore de participants ! L’une de ces publication se présentant comme une méta-analyse, on pourrait comprendre ce grand nombre, ce qui n’est pas le cas pour les autres. Alors que faut-il penser ? Que la mondialisation a encore frappé, et qu’il est bon de constater que des chercheurs appartenant à différentes institutions et provenant de différentes nations sont capables de s’unir pour mettre en commun leurs résultats leur donnant alors une significativité plus rapide et la possibilité d’implications efficaces à l’échelle humaine. Ou bien qu’ils sont moins intéressés par la position de leur nom dans un publication et que l’on assiste à la naissance d’un nouvel EGO des chercheurs!!!

Mythe et réalité

octobre 21st, 2011

Les Cyclopes ne sont pas que les fils d’Ouranos et de Gaïa, il appartiennent à la réalité même si leur existence ne peut-être que de courte durée ! On vient d’en « redécouvrir » un, étudié par une équipe de l’Interdisciplinary Center of Marine Sciences de Mexico.(http://thescientist.com/daily/2011/10/20b.htm). Dans la même publication, mais dans un domaine, oh combien différent, des chercheurs annoncent qu’ils viennent de trouver un anticorps qui pourrait ête efficace contre le virus mis en scène dans le dernier film de Soderbergh « Contagion ». Pourquoi associer l’infiniment grand et l’infiniment petit, le passé et le futur, dans une une seule et même publication ? Ne pourrait-on pas accorder une certaine malice aux concepteurs qui inviteraient leurs lecteurs à ne pas oublier que passé et futur peuvent se retrouver au présent !

 

Mondialisation !

octobre 21st, 2011

A l’heure où il est de bon ton de villipender la « mondialisation », même si l’ on ne sait pas toujours s’il s’agit du terme ou du concept, un article paru dans Nature ( Spies to use Twitter as crystal ball. Nature, 478-301, 2011, Published on line 17 october 2011, doi: 10 1038/478301a) revient sur l’ambiguité que véhiculent les réseaux dits sociaux. Si l’on peut à juste titre se réjouir de leur efficacité concernant leur implication dans l’apprentissage de la démocratie, on peut aussi se poser la question de leur utilisation comme « boule de cristal » comme le titre cet article. Il y est en effet question du rôle que l’on peut leur faire jouer comme outil de prédictibilité. Quand il s’agit du domaine de la santé publique, aucun problème, mais quand il s’agit de la finance, on peut être attentif, et quand il s’agit de gouvernance sociétale   on peut être inquiet. A moins que l’on ne soit un admirateur inconditionnel d’Isaac Asimov et de sa « psychohistory » ! Quoiqu’il en soit, et quoique l’on souhaite concernant la mondialisation, elle existe et nul n’y échappera plus !

Une fois n’est pas coutume !

octobre 16th, 2011

Pour une fois, c’est non seulement en langue française, mais encore dans une revue dont l’impact factor ne doit même pas exister, que vient l’information suivante  » C’est aussi dire aux scientifiques que si l’on attend encore beaucoup d’eux dans l’avenir, il est grand temps que soit pris en compte un problème longtemps ignoré : celui de l’acceptabilité sociétale des découvertes scientifiques ou technologiques, avec tout ce que cela comporte en termes d’information » (JIM.fr, n°1044: Le « bio » et le naturel : une mode ?). Si l’on considère que la revue en ligne TheScientistDaily édite environ 4 à 5 fois par mois un minimum de 5 à 6 articles, il en paraît donc environ et au minimum, 30 régulièrement. Encore ne s’agit-il que d’articles se rapportant à la biologie (dans un sens très général), l’environnement et les technologies s’y rapportant. Peu de physique, pas de mathématiques par exemple.
Dans ces conditions « extrêmes », comment peut-on croire que la réflexion ait encore droit de cité ! Et que faut-il faire si l’on veut appartenir à son temps à moins que de se résoudre à le déserter !

A la une !

octobre 1st, 2011

Des nouvelles comme s’il en pleuvait !!

* Une nouvelles catégorie de hackers va voir le jour : ceux qui seront dévolus au décryptage de messages codés provenant de protéines fluorescentes (E. Coli).http://the-scientist.com/2011/09/26/encrypting-e-coli/  (september 27th)

* La mise en commun de résultats provenant de cellules diverses pour construire une cellule théorique aboutit à un équivalent de la créature de Frankenstein. La diversité reste la règle établie à partir du fond commun de l’alphabet des quatres bases de nos acides nucléiques .  S’il existe bien un invariant ancestral, comme le disait J. Monod,  l’humanité est faite de singularités http://the-scientist.com/2011/09/01/vive-la-difference/ !  (september 29th)

* La pieuvre, créature vieille de plusieurs millions d’années, intrigue par les manifestations d’une certaine intelligence. Pourrait-elle être un lien entre les invertébrés et les vertébrés ? En effet  elle possède non seulement des neurones regroupés en ce que l’on peut appeler un cerveau (vertébrés), mais aussi des neurones dispersés tout au long de ses tentacules (invertébrés). Qui peut encore prétendre qu’à un domaine correspond une recherche,quand biologiste et philosophe se penchent conjointement sur les faits et gestes d’une pieuvre http://the-scientist.com/2011/09/01/octophilosophy2/! (september 30th)

Le savant et le politique

octobre 1st, 2011

Lire Max Weber aujourd’hui peut sembler à tout le moins passéiste ! S’interdire les commentatires de Raymond Aron peut sembler à tout le moins présomptueux ! Pourtant une lecture « candide » peut avoir sa place dans un blog dédié à la présentation de quelques « trouvailles scientifiques ». Dans sa conférence sur le métier et la vocation du savant en 1919 (Wissenschaft als Beruf. Bibliothèques 10/18, Paris, 2000, pp 221), Max Weber établit un parallèle entre le métier du scientifique et l’allégorie de la caverne dans la République de Platon. Celui qui aborde la connaissance doit la transmettre à ceux qui ne l’ont pas, et c’est en cela qu’il peut conduire les autres vers la lumière. Et ce d’autant plus que « le chemin qui conduit à la vraie nature, passe par la science… ».

La première bonne nouvelle c’est que  « Aller dans la rue pour rendre possible la discussion et la critique » devient alors une oeuvre morale. La seconde bonne nouvelle c’est que source de questions à l’infini, la science ne sera jamais achevée.