Archive for mai, 2026

Art et Science

lundi, mai 18th, 2026

Au premier, la liberté, au second la rigueur. S’il existe des codes pour chacun des domaines dans lesquels l’homme exerce ses activités artistiques, chacun sait que ceux-ci sont régulièrement ignorés pour être remplacés par d’autres. De même que si la science ne peut s’abstraire de la rigueur, elle peut aussi avoir comme point de départ une intuition, une démarche apparemment dépourvue de toute rationalité. Deux articles sembleraient pouvoir démontrer la proximité/continuité de ces deux activités humaines (A Rare Glimpse into the Artistic World of Eminent Scientists, Genome Music: Rare Disease Sequences Turn Into Songs). Dans le premier, ce sont d’éminents scientifiques qui apparaissent comme une nouvelle espèce de cyborgs, n’inspirant aucune peur mais plutôt un sentiment de poésie contrôlée tendue vers l’efficacité pratique, parce que la recherche ne va pas sans un départ hors des sentiers battus. Mais ce qui est plus inattendu, comme le rapporte le second article, c’est la transposition à laquelle certains d’entre eux se sont adonnés Faire d’un code génétique les gammes d’une nouvelle composition musicale ! Le but en est encore plus surprenant ! Faire passer un message : accéder à un dysfonctionnement de la nature pour le faire connaître/reconnaître. Faire qu’une maladie orpheline ne le soit plus. Quel beau message !

Vous savez dit « paradoxal » ?

jeudi, mai 14th, 2026

Pourquoi le dieu du sommeil, Hypnos est-il le frère du dieu de la mort, Thanatos ? Tandis que Morphée apporte les rêves en prenant les endormis dans ses bras ! Cet état, le sommeil, que partage à tout le moins le règne animal est riche d’histoires, d’interprétations tant il est mystérieux. Qualifié de « petite mort » car on l’imaginait tout autant inutile qu’indispensable à la vie, il ne cesse de poser question. L’étudier reste néanmoins difficile car s’il existe depuis 1920 avec l’EEG de Hans Berger des examens qui se sont affinés, c’est l’adéquation entre ceux-ci et la perception qu’a le dormeur de son sommeil qui reste difficile. S’il a pu être mis en parallèle la période dévolue aux rêves et un aspect spécifique de l’enregistrement électrique (EEG), le sommeil en tant que tel est encore matériel d’étude. C’est l’objet de deux articles qui l’abordent différemment. Le premier Why humans sleep so little, se demande pourquoi l’homme dort si peu. Le second Sleep linked to slower ageing: huge study pinpoints the right amount, apporte UNE réponse à la question concernant le pourquoi du sommeil. La privation de sommeil entraîne des altérations, variables en fonction de son importance, au niveau des différents organes d’un être vivant : c’est donc la preuve de son indispensabilité ! Mais l’homme dormirait beaucoup moins que ce dont il devrait avoir besoin et le regard porté sur l’homme et les grands singes invite à tenter une comparaison entre les deux en ce qui concerne ce besoin physiologique et son rôle. Moins attendu est le bienfait décrit dans le second article, celui du rôle bénéfique sur le vieillissement à condition de respecter une durée idéale, sous entendu, dormir ni trop ni trop peu. Même si les tous les organes ne vieillissent pas selon la même temporalité, même s’il existe des différences entre les populations et le sexes, il existe certainement une durée idéale. Ainsi est-il possible, au vu et au su de ces deux articles d’écrire sur la tête de son lit « Il faut dormir pour vivre et non pas vivre pour dormir !

Y croire ou pas

mardi, mai 12th, 2026

C’est un domaine qui, s’il ne déclenche pas les passions, permet néanmoins des débats contradictoires. Peut-on parler raisonnablement voire scientifiquement de l’effet placebo/nocebo au XXIème siècle ? C’est le sujet de l’article Placebo Power: How Belief Can Heal the Human Body, dont l’auteur Phil Starks est docteur en philosophie, et professeur agrégé de biologie. Bizarre, certes non car la double casquette démontre la double appartenance du sujet traité. En 2003, « … le docteur Jean-Jacques Aulas, psychiatre à Saint-Étienne, crée le premier placebo officiel. Cette spécialité, vendue sous le nom de Lobepac — anagramme de placebo — et déclarée « élixir psycho-actif », est présentée comme sédative (bleue) ou tonique (rouge)« . Mais les résultats sont peu encourageants et la spécialité est rapidement retirée de la vente. Pourtant l’effet positif du placebo, bien que non constant, est connu, reconnu, même chez les animaux ce qui pose question. On est donc en droit de s’interroger sur le non effet du Lobepac. L’article sus cité, s’il examine les modifications physiologiques responsables de l’effet placebo et qui sont bien réelles, propose également un facteurindispensable à cette action. L’environnement sociétal auquel ne peut échapper le patient et qui conditionne le résultat. Une autre preuve, s’il en est besoin, que l’un ne peut pas vivre sans l’autre !

Seraient-ce des tabous ?

dimanche, mai 3rd, 2026

Ne pas parler d’un sujet ne le fait pas pour autant disparaitre, comme il en est de la poussière sous le tapis. Il est de fait que l’histoire des sciences, l’épistémologie, est rarement enseignée si ce n’est dans une branche de la philosophie, la philosophie des sciences. Or peut-être ne serait-il pas inopportun d’avoir un regard sur la démarche scientifique car un déroulé au long cours en apprend plus que chaque étape vue à l’aune de la contemporanéité (How much history should there be in science education?). Par ailleurs cette vision aurait également l’intérêt de montrer que l’erreur est inhérente à la démarche et hautement didactique (We need to talk about failure in science). En fait il est évident que l’histoire marche de paire avec l’erreur ! Replacer chaque marche de l’ascension vers le but, celui de la Vérité, dans son contexte est indispensable à la compréhension et efface ce qui des siècles plus tard serait taxé d’erreur. Il n’en reste pas moins vrai que des erreurs ont existé, existent et existeront et qu’il est indispensable de les reconnaître pour rétablir le droit chemin. Deux auteurs ont été et restent particulièrement impliqués dans cette vision dynamique des sciences. C’est le cas de Claude Bernard (Introduction à l’étude de la médecine expérimentale) et de Gaston Bachelard (concept de rupture épistémologique). Au premier revient le rôle d’avoir codifié (pour toujours ? ) la vérification de l’hypothèse par l’expérience quelque soit le degré de technicité. Au second, revient l’acceptation du changement radical de paradigme. L’un ne va pas sans l’autre : expérimenter rigoureusement sans s’interdire le saut dans l’ailleurs !

Paroles d’évangile

vendredi, mai 1st, 2026

Quand l’IA est en but à toutes les critiques (le mot est faible !) un article entrevoit un tout autre aspect la concernant. Paroles d’évangile n’est peut-être pas la meilleure des expressions dans la mesure où on peut se poser la question de savoir si elle est énonciatrice de « propos indiscutables, et de vérité absolue« . Mais c’est pourtant la question qui pourrait être posée quand une médaillée Fields rapporte « qu’un amateur vient de résoudre un problème mathématique vieux de a cinquante ans — en interrogeant une IA : « L’IA de ChatGPT a prouvé une conjecture grâce à une méthode à laquelle aucun humain n’avait pensé (Fields medallist: AI makes us rethink maths),  Erdős problem #1196 as a notable success story) ». D’où l’idée pas si absurde selon laquelle « les experts estiment qu’elle pourrait avoir d’autres applications« , car il est évident que dans cette occurrence, l’IA a bien émis un propos indiscutable, une vérité absolue. Et plus même puisqu’elle autorise à repenser le concept de démonstration en mathématiques, ce qui n’est pas rien d’autant plus que la démarche suivie par l’IA pourrait être appliquée à d’autres problèmes encore non solutionnés. Alors que va-t-il se passer quand deux IA conversent entre elles sans intervention humaine (Be quiet, the AIs are talking) ? Vont-elles pouvoir s’échanger ce qu’elles auront découvert comme par exemple la démonstration décrite dans l’exemple précédent ? Au quel cas auront-elles l’outrecuidance de se gausser de leurs concepteurs ? Quand la réalité dépasse la fiction !