La science et le bon sens !

novembre 15th, 2025

Il est rare que la science conforte le bon sens de façon éclatante c’est pourtant aujourd’hui le cas avec deux articles dont la lecture conforte a peu de prix tout lecteur attentif. Bien que les sujets abordés ne soient pas les mêmes, ils se situent néanmoins dans deux domaines comparables, la qualité de vie. L’un s’attache à étudier certains des facteurs impliqués dans le combat « général » que doit mener celui qui est atteint d’un processus néoplasique (Social Interactions Slow Cancer Via an Anxiety-Reducing Neural Circuit), l’autre (Being multilingual es bueno para el cerebro) explore l’aspect relationnel de l’individu vieillissant. Qu’il s’agisse d’affronter la maladie cancéreuse ou la « déchéance » de l’âge, il est une certitude, celle que l’homme seul se trouve avoir besoin de toutes ses forces à commencer par sa façon d’appréhender pour les surmonter, les épreuves qu’il aura à affronter. La première étude a mis en évidence, chez la souris comme il est habituel pour commencer, un circuit neuronal qui comprend le cortex cingulaire antérieur et les neurones inhibiteurs de l’amygdale, circuit impliqué dans le processus anxiété/processus tumoral. Dans la seconde étude c’est le déclin cognitif qui est investigué avec pour conclusion : le multilinguisme retarde le vieillissement. Or il y a peu de chance qu’un polyglotte se parle exclusivement à lui-même. D’où dans les deux cas, la notion que la société quand elle arme l’individu vis à vis de lui-même, n’est certainement pas à rejeter.

Des questions à propos de la science ?

novembre 6th, 2025

Affirmer qu’il fait chaud peut relever de deux attitudes que l’humain pratique sans modération : l’opinion vs la science. L’opinion ne fait appel à aucune rationalité, elle traduit le ressenti de celui qui l’exprime. La science s’appuie sur la réalité d’une mesure. Le thermomètre est un instrument fiable qui a fait ses preuves depuis son invention en 1612. Pourtant la science est révisable dans la mesure où s’appuyant sur la technique humaine, elle suit son évolution en gravissant pas à pas, chaque marche depuis le socle indispensable à toute avancée ultérieure. Aujourd’hui il est de bon ton d’ignorer la révisibilité de la science pour la transformer, l’instrumentaliser en jouant sur sa perpétuelle dynamique ce qui permet à ses détracteurs de la transformer comme « n’étant jamais tranchée » (https://www.livescience.com/human-behavior/politics/there-is-such-a-thing-as-settled-science-anyone-who-says-otherwise-is-trying-to-manipulate-you-opinion). Or accorder à la science la caractéristique de « n’être jamais tranchée » la transforme en « inexacte ». Et donc, puisqu’elle est inexacte, on ne peut pas lui accorder la moindre valeur ! Le monde est-il en mesure de percevoir toute la négativité de ce syllogisme ? Il n’y a en effet qu’un pas pour pénétrer dans le monde du complotisme Ce qu’il est important de saisir c’est la différence entre le sceptique antique et le complotiste actuel. C’est la démarche propre du sceptique qui lui permet d’atteindre la tranquillité ultime, ce qui est loin d’être le cas du complotiste ! C’est pourquoi l’enseignement de l’épistémologie constitue le dernier rempart contre le complotisme !

Un précieux auxiliaire

octobre 20th, 2025

Depuis l’utilisation de la loupe, on sait qu’il existe de petites unités universelles appelées « cellule » dans le règne du vivant, qu’il s’agisse du monde végétal comme du monde animal. Tant que l’on ne procède pas à des colorations, cette cellule est difficile à individualiser. Mais au gré des colorations et dès que celles-ci deviennent spécifiques, il devient possible de les distinguer les unes des autres et de les classer en fonction des tissus. En 1852, Ramon y Cajal met au point presque par hasard une coloration argentique qui dessine comme pourrait le faire un artiste, les contours cellulaires et certaines des formations intracellulaires. C’est de cette époque que date la première distinction de deux types cellulaires du parenchyme nerveux : les neurones et les autres qualifiées de glie parce que telle la glue, le rôle de colle leur est attribué. C’est peu de dire que ce qualificatif est peu « glamour » au regard du neurone, la cellule noble s’il en fût ! De la colle, certes, mais pas que ! Sans s’appesantir sur leur rôle de barrière filtrante au niveau des capillaires du parenchyme cérébral, voilà qu’elles joueraient un rôle non négligeable dans certains de processus de mémorisation. Il est vrai que la distinction de plusieurs types de mémoire n’a pas facilité la connaissance du déroulement des différentes étapes ni les structures en rapport. Néanmoins, il semblerait aujourd’hui qu’on ne puisse s’affranchir du rôle de ces cellules qui non contentes de servir de support seraient également indispensables à la mémorisation à long terme des souvenirs ‘Support’ cells lock in long-term memories. Il est intéressant pour l’avenir de la prise en charge des troubles de la mémoire, de comprendre que la seule prise en compte du neurone est insuffisante. La solution nécessite au moins la prise en compte simultanée des astrocytes.

La machine à remonter le temps

octobre 10th, 2025

Qui n’a pas rêvé, peut être dans des conditions bien particulières, qu’il lui soit accordé la faculté de pouvoir remonter le temps ? Mais il est établi que pour le commun des mortels la flèche du temps ne peut pas s’inverser. Seul le cinématographe par un effet spécial dit « de marche arrière », permet au verre qui s’est cassé en tombant de remonter sur la table tel qu’il était au commencement. Il peut s’agir d’une envie de revivre les moments jugés comme les plus agréables, d’une envie de modifier un schéma décisionnel dont la portée ne pouvait être prévisible, mais aussi d’effacer « l’irréparable outrage des ans » ! En un mot mot, remonter à la source ce qui pourrait avoir un double avantage : tout effacer, tel un reset, mais aussi (et surtout ?) échapper à l’ultime étape celle de la mort. Il ne s’agit pas de discuter du bien fondé de ces trois éventualités mais de se poser la question de savoir si l’homme est en capacité d’aborder ces trois problématiques. Comme il en a l’habitude, c’est vers la nature qu’il se tourne. Celle dernière n’aurait-elle pas une solution à lui proposer ? Peut-être comme l’envisage l’article An “Immortal” Jellyfish Offers Clues into Biological Aging. A l’évidence les différences sont flagrantes entre la Turritopsis dohrnii et l’humain, mais chez cette très petite méduse de seulement un cm de diamètre « les adultes   reviennent au stade juvénile en cas de stress pour éviter le vieillissement et la mort ». Ce n’est pas le stress qui serait à rechercher, chez l’homme il est consubstantiel, mais les processus génétiques et moléculaires responsables, dans l’idée que leur connaissance permettrait une application à l’homme. Mais comme on le sait, il n’y a pas de manipulation génétique sans conséquence, et depuis Thomas d’Aquin la doctrine du double effet n’a toujours pas de solution.

Socrate et l’IA

septembre 30th, 2025

Parce que l’esclave du Ménon (qui n’a pas de nom !) ne connaît rien de la géométrie, Socrate démontre par le biais de la maïeutique que «  la vérité des choses est en nous « . La question qu’il lui a posé « comment faire pour doubler la surface d’un carré » il y a presque deux mille cinq cents ans est justement celle qui a été choisie pour être posée à l’IA, (Scientists asked ChatGPT to solve a math problem from more than 2,000 years ago — how it answered it surprised them). Si « Socrate parvient finalement à faire accoucher l’esclave de la connaissance des propriétés géométriques » qu’en est-il de la machine, quand on ne sait pas trancher entre l’inné et l’acquis ! Et imaginer que la machine pourrait apporter une réponse peut sembler assez cocasse ! Néanmoins il est vrai que la réponse de la machine exprime sa capacité à utiliser ses données, soit directement car elle a déjà la réponse, soit par un jeu de réseaux neuronaux. Réponse de la machine : il n’y a pas de solution géométrique à la question posée. S’il est ainsi prouvé que l’innéité n’est pas le propre de la machine, le résultat invite surtout à apprendre aux utilisateurs des différentes IA que savoir poser la question est le temps essentiel de la démarche, et qu’il faut ne jamais perdre de vue que ses réponses peuvent être fausses. Méfiance et circonspection !

Alfred n’y avait peut-être pas pensé !

septembre 28th, 2025

Parce qu’il avait inventé la dynamite, il œuvra pour la paix, et s’il n’y a pas de récompense pour les mathématiques c’est qu’il en existait déjà une en Suède a cette époque, remise par le roi. Aucune femme en cause, il n’était pas marié ! Mais très bonne nouvelle, il n’est plus nécessaire d’être extrêmement sérieux pour espérer obtenir le prix Nobel (Zebra Cows Repel Flies and Win Ig Nobel Prize), il faut simplement (quand même) avoir quelques idées de celles qui flottent dans l’air du temps ! Quelques mots d’explication sur le Prix Nobel Ig : l’acronyme est déjà un jeu de mots entre « prix Nobel » et l’adjectif  « ignoble » en anglais. Le concept en est à retenir, puisque l’objectif déclaré de ces prix est de « récompenser les réalisations qui font d’abord rire les gens, puis qui les font réfléchir ». Dans l’article cité, les auteurs, qui n’imaginaient pas concourir pour le prix Nobel, ont découvert « que les vaches noires peintes de rayures blanches verticales étaient moins attirantes pour les mouches piqueuses que leurs congénères ne ressemblant pas à des zèbres ». A priori, le travail avait toutes chances d’être classé dans le domaine des espiègleries d’adolescents, sauf que les mouches ont bel et bien tendance à éviter les surfaces rayées ! S’il s’avère effectivement que la peinture n’altère pas la santé des vaches zèbres, le fait qu’elles soient moins attirantes pour les mouches piqueuses ajoute à leur bien être, sans compter que s’ouvre également la question de savoir si les zébrures de l’Hippotigris constituent une amélioration évolutive ?

χείρ : jeu de main !

septembre 19th, 2025

Jeu de main mais pas jeu de vilain comme le dit une expression populaire datant du XVIème siècle. En effet il ne s’agit pas du jeu de paume auquel se référait la dite locution, mais de la particularité géométrique qui s’attache à cet organe si riche en fonctions dont la préhension n’est pas la moindre. Dans le monde dans lequel vit l’humanité, règne « la chiralité : caractéristique du vivant, propriété d’une molécule de ne pas être superposable à son image dans un miroir« . C’est la qu’intervient la main, χείρ, la main droite n’étant pas superposable à la main gauche. Le mélange en proportions égales des deux formes droite et gauche d’une molécule donne le mélange racémique et ces deux formes peuvent avoir des propriétés biologiques très différentes. Toujours capable du meilleur comme du pire, l’apprenti sorcier humain pourrait dans peu de temps « donner vie » à des molécules non chirales mais parfaitement symétriques. Le point d’achoppement réside dans le fait que l’univers ne connaît pas ce type d’élément ! Mais toujours prêt à plus, une partie de la communauté scientifique se pose la question de savoir ce qu’il en serait de microbes miroirs, tandis qu’une autre partie semble y être farouchement opposée ( Mirror Microbes: Understanding the How and Why of Hypothetical Life, Debate heats up over ‘mirror life’) ! Dans la mesure où deux énantiomères peuvent ne pas avoir les mêmes propriétés biologiques, qu’en serait-il de microbes miroirs inconnus de la nature ? Actuellement on débat encore de plusieurs problématiques : la faisabilité est en cours de solution, les effets bénéfiques vs les effets délétères sont en discussion. Dans ces conditions, écrira-t-on un monde utopique ou dystopique ? Ce dont on peut être certain, c’est que ce ne peut être une uchronie !

Il n’y a pas de secret !

septembre 14th, 2025

Les sorcières sont aussi vieilles que le monde. Leurs pratiques, qui ont peu évolué au fil des siècles, s’appuient sur l’emploi de substances peu recommandables et s’accompagnent d’une phraséologie aussi obscure que possible. Pour être considérée comme efficaces, il faut et il suffit qu’elles répondent (quelque en soit la manière) aux souhaits humains, lorsque ceux-ci se trouvant dans des circonstances extrêmes, sont dans l’incapacité de leur apporter uns solution satisfaisante. Pourtant, parfois, il ne leur est pas interdit d’agir de leur propre chef. Quoiqu’il en soit si l’on fait abstraction des statuettes représentatives dans lesquelles il est de bon ton de planter des aiguilles, elles ont plutôt pour habitudes de concocter des breuvages qu’elles font ingérer à leurs victimes. L’article The forgotten chemistry behind historical witchcraft practices se plait à chercher et trouver (?) des correspondances entre ces substances « inconnues » et des substances « connues » au regard de leurs effets. Ce qu’a apporté l’avancée scientifique, c’est la possibilité d’analyser les substances en cause suite à quoi il a été possible de mettre en correspondance les composants et leurs effets sur les organismes vivants animaux et humains : les animaux ayant souvent servi de sujets d’expérience. Le cas de Circé est particulièrement remarquable dans la mesure où le texte donne à, la fois ue indication sur la substance responsable et sur l’antidote préconisé par Hermès en personne ! Mais si la sorcellerie reste l’activité principale des sorcières, ces plantes ont aussi fait partie de l’arsenal des guérisseurs et guérisseuses, qui savaient les utiliser à bon escient, c’est à dire en faire des thérapeutiques efficaces au cours des siècles. La seule différence vient de la connaissance des principes actifs dont les chimistes/pharmaciens ont fait des prescriptions médicamenteuses. Les différentes étapes de transformation des produits s’expliquent également par la nécessité d’extraire ces principes actifs pour qu’ils le deviennent réellement. Mais le point important dans l’article sus- cité est surtout la vision de la femme au moyen-âge qui ne pouvait que la faire plus sorcière et moins potentiellement scientifiques que l’homme !

La fête des mères

septembre 8th, 2025

Les fourmis, insectes hyménoptères, sont « mirabile visu » en premier lieu par leur organisation sociétale. Elles vivent en colonie de plus ou moins grande taille, pratiquent la division du travail, communiquent et résolvent des problèmes d’une certaine difficulté. Si toutes activités pourraient faire évoquer la société humaine, il n’en est pas de même pour celle traitée dans l’article « Almost unimaginable’: these ants are different species but share a mother » (https://www.nature.com/articles/d41586-025-02807-0), ainsi en est-il des Messor ibericus, mais dans des conditions bien particulières. En effet lorsqu’elles ont besoin de fourmis ouvrières robustes, elles « donnent naissance à des descendants mâles d’une espèce totalement différente« , ce qui va à l’encontre du dogme selon lequel une espèce donne naissance à une même espèce. Ce qui est commun aux hyménoptères, c’est que les œufs pondus sont ou non fécondés. Les premiers sont diploïdes, le seconds haploïdes. Les diploïdes donneront soit des ouvrières soit des reines, les haploïdes donneront des mâles. Mais chez les fourmis M. ibericus, les mâles sont de deux espèces différentes : ibericus et structor. Les mâles de la lignée M. ibericus n’ont que les génome nucléaire de leur mère, les mâles de la lignée M. structor ont le génome nucléaire du géniteur, la reine ayant éliminé son propre génome. On ne sait pas encore comment cette élimination est possible, ni à quel moment elle intervient, mais le mécanisme repose sur un stockage des spermatozoïdes du mâle lors de l’accouplement (https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/arthropodes_188038). Bien des questions posées par ce mode de reproduction n’ont pas encore trouvé de réponses, mais on peut facilement y voir un processus d’amélioration de l’espèce, et pourtant la fourmi n’est pas prêteuse …

Efficacité des fake news !

août 31st, 2025

Il est, aujourd’hui, devenu indispensable de pouvoir vérifier toute information surtout si elle semble « sensationnelle ». Il y a un certain temps, un siècle (!), la formule « Le poids des mots, le choc des photos » exprimait une réalité peu contestable car ancrée dans la réalité du temps et à peu près exempte de manipulation technique. Pourtant il existe des exemples d’influences exercées par le pouvoir en place pour imprimer sa marque. La plus connue, mais certainement pas la plus ancienne, a pour nom « Commentarii de Bello Gallico » (Commentaires sur la guerre des Gaules). Son auteur, Jules César, encore proconsul, y relate ses conquêtes mais sans implication personnelle évidente puisqu’il parle de lui à la troisième personne. La dépêche d’Ems est un autre exemple de modification voulue par le chancelier Bismarck d’un engagement de Guillaume Ier. L’article Fearmongering fuelled revolution in France, revient sur un épisode mondialement connu, celui de la révolution française de 1789, précédée de ce qui fut appelé La grande peur et cherche à identifier « scientifiquement » les facteurs en cause. Tout l’intérêt repose sur la traitement de la question posée et tient en un mot : épidémiologie. C’est ce qui permet aux auteurs de conclure que la propagations des rumeurs met plus en cause la classe éduquée que les paysans ignorants, contrairement aux idées reçus. Reste à savoir d’où sont parties les rumeurs !