
Longtemps considéré comme un organe totalement dépourvu de tout renouvellement cellulaire, le cerveau a récemment changé de camp et se retrouve comme (pratiquement) tous les autres, fier de montrer qu’il existe une zone plus particulièrement dédiée à cet effet. Ce ne fut pas sans mal effectivement que put être démontrée la présence d’une neurogenèse dans le cerveau humain adulte (Neurogenèse adulte chez l’humain : la fin d’une polémique ?, https://lejournal.cnrs.fr/nos-blogs/aux-frontieres-du-cerveau/neurogenese-adulte-chez-lhumain-la-fin-dune-polemique-0) localisée au gyrus denté de l’hippocampe. On sait par ailleurs depuis beaucoup plus longtemps (Rudolf Virchow, 1846) qu’il existe une population cellulaire dite gliale (glie pour glue pour colle ! ) comportant elle-même deux types que leur taille fit tout d’abord distinguer au temps de la morphologie : certaines sont de grande taille, c’est la macroglie, d’autres de petite, c’est la microglie, jusque là tout est parfaitement logique. Mais les petites n’appartiennent pas à la famille des grandes car se sont des macrophages. Aujourd’hui parmi les acteurs en présence, on choisira des neurones qui se renouvellent et des cellules qui n’en sont pas mais qui vivent à côté. Pour faire bonne mesure on se posera la question de savoir s’il ne pourrait pas exister « quelque chose » entre la matérialité des cellules et la virtualité de la mémoire. En d’autres termes peut-on adosser la mémoire à des cellules ? Réponse :How Immune Cells Make the Brain Forget. Parce que se sont des macrophages ces cellules seraient en capacité de « grignoter » certains souvenirs ! Mais la neurogenèse elle même ne serait pas exempte d’implication dans ces phénomènes d’oubli (What Do New Neurons in the Brains of Adults Actually Do?). Il est vrai que la mémoire est complexe et puisqu’il existe des mémoires, pourquoi ne pas effacer de plusieurs façons !
Se rappeler/se souvenir que de discussions à leur propos quand on peut dire en effet que l’on se rappelle des souvenirs. La seule certitude est d’ordre grammaticale : l’un est transitif direct l’autre ne l’est pas ! Autre pierre d’achoppement la mémoire et le souvenir aux quels on accole des concepts très différents en fonction de ceux qui les ont explorés. Deux faits sont néanmoins certains c’est qu’il s’agit d’une exploration du passé que l’homme partage avec un grand nombre d’animaux. Si pour certains le souvenir peut résulter de l’acte par lequel il s’extrait de la mémoire pour affleurer au présent, Freud n’est pas, et de loin, le premier à s’être intéressé à ce domaine. C’est en effet à la suite de ses travaux que la mémoire a été affecté à l’inconscient. Les souvenirs ont fait par ailleurs l’objet d’interrogations toutes particulières après que l’on se fut aperçu qu’il était possible d’induire ce que l’on peut qualifier de « faux souvenirs ». Mais il est également intéressant de noter que les études ont cherché à mettre en évidence le « centre de la mémoire » plutôt que celui des souvenirs ! Devant un sujet aussi complexe, peut-on penser avancer dans le domaine à la lecture de cet article Forgotten Memories Brought Back in Mice (
Pourquoi cet article Are These Dots Purple, Blue or Proof That Humans Will Never Be Happy? (
Comme tout objet mystérieux, cette boite noire qu’est le cerveau, reste au plus haut point attractive, et les suppositions vont bon train la concernant depuis …. En effet que n’est-il pas capable d’effectuer, de résoudre, d’imaginer, et sa capacité d’abriter pour restaurer n’est pas la moindre de ses qualités. Pour démêler ce merveilleux écheveau le plus simple était d’attribuer à chacune de ses fonctions un site précis selon une cartographie. Mais au fur et à mesure des avancées de la physiologie, les frontières devinrent moins précises, des chevauchements se firent jour et le temps vint de changer l’échelle d’observation : la macroscopie laissa place à la microscopie avec le rôle prépondérant des synapses mais celles-ci a leur tour s’effacèrent devant la molécule. Et que croyez vous qu’il advint ? La génétique dut s’accommoder de partager son champ de responsabilité avec l’épigénétique. C’est ce qui semble avoir été mis en évidence chez l’escargot de mer. Les gastéropodes, dont ils font partie, sont largement représentés (quatre vingt mille espèces) ; comme de nombreux mollusques ils possèdent des neurones géants et ce sont eux qui sont impliqués dans l’étude que rapporte l’article, RNA Moves a Memory From One Snail to Another (
Pour une fois où la vulgate populaire est prise en défaut, il convient de s’y arrêter. La linotte, passereau granivore, appartient au genre Carduelis. Parce qu’elle construirait son nid au vu et au su de ses prédateurs, elle a été jugée sans cervelle d’où l’idiotisme animalier au quel le titre ci dessus se réfère. Sans qu’il soit fait nommément référence à ce charmant petit oiseau qu’il faudrait donc inclure dans une prochaine étude, on sait que le pigeon (genre Columba) lui, est loin de répondre à ce qualificatif. Comme le décrit l’article Pigeons Can Switch Tasks More Quickly than Humans (
Si l’on peut encore vouloir faire du passé table rase en chantant à l’unisson avec l’Internationale d’Eugène Pottier (répression de la commune), l’expression a bien d’autres champs de résonnance. Il ne s’agit pas tant de la sphère philosophique, quand on considère le versant ontologique ou méthodologique de la connaissance, que d’une sphère de rayon infiniment supérieur quand il s’agit de la mémoire de l’humanité. Si l’aède et le ménestrel ont parfaitement joué leur rôle de passeur de la dite mémoire, l’homme avait depuis longtemps compris l’importance d’un socle transmissible des connaissances : en témoignent la mise en place de bibliothèques comme celle de Ninive, considérée parmi les plus anciennes ou celle d’Alexandrie comme la plus connue. Rien ne change en fait si ce n’est la quantité et le support des informations aux quelles on peut avoir accès mais qui, aussi, seraient dignes d’intérêt. Si l’on s’accorde volontiers sur l’accélération de l’acquisition des connaissance tout autant que sur celle des techniques il semble difficile d’établir une formule mathématique de la première tout autant que de la seconde d’où une difficulté certaine à les comparer ! Comme par ailleurs l’acquisition de nouveautés en entraine de précédentes dans les limbes du Léthé, la mise en place d’une mémoire absolue devient prégnante. Voilà d’une certaine façon, une partie du sujet abordé dans Rescue old data before it’s too late, (
Ce n’est plus un mystère pour personne, le genre oiseau est tout sauf dépourvu de cervelle ! D’où lui vient donc ce qualificatif ? Probablement de la taille de l’organe incriminé quand on imaginait encore une proportionnalité entre le contenant et le continu. L’épithète crâne de piaf n’est pas plus laudateur, l’étourneau pas plus que la linotte ne sont pas connus pour être plus étourdis que d’autres ! Héra seule avait pensé à orner le paon des yeux d’Argos. Heureusement la gente aviaire se réapproprie progressivement les capacités qu’on lui avait déniées. Aujourd’hui c’est de leur mémoire dont il est question (Opinion: A Tale of Two Hémisphères, 

