Prométhée était celui qui pensait « avant » , il était donc prévoyant (jusqu’à un certain point !). Epiméthée son frère, à l’inverse, pouvait être qualifié d’étourdi (plusieurs faits en attestent !). C’est ainsi qu’il se trouva que des poissons ne manifestaient pas la même vélocité en fonction des eaux dans lesquels ils évoluaient. C’était il y a bien longtemps et depuis, si l’on peut dire que de l’eau a coulé sous les ponts, on doit aussi reconnaître que cette eau se réchauffe ce dont alertent les écologistes qui en sont parfaitement conscients. La vitesse de déplacement d’un animal est un point non négligeable pour sa survie par rapport à la vitesse de son prédateur ! Au froid se rattache une certaine lenteur que le réchauffement inverse (Warming Weather Could Make Arctic Fish Faster, https://www.the-scientist.com/news-opinion/warming-weather-could-make-arctic-fish-faster-65382?utm_campaign=TS_DAILY%20NEWSLETTER_2019&utm_source=hs_email&utm_medium=email&utm_content=69289185&_hsenc=p2ANqtz-_87HOtdkZNptcCPCFpzw-O5_TSIV9CDOR-cNtJonYPdrqftwdg9G6DWmHbMCgLnEUxMNXhko_OeBwAsmOS2n_NzBy0Zg&_hsmi=69289185 ) (Why Whales, Seals, and Penguins Like Their Food Cold, https://www.theatlantic.com/science/archive/2019/01/why-whales-seals-and-penguins-thrive-cold/581149/). L’explication est simple : le prédateur protégé du froid par sa physiologie même attrape facilement sa subsistance qui va lui échapper quand cette dernière bénéficiant du réchauffement pourra se déplacer plus vite ! Ainsi la richesse des récits mythologiques peut elle être prise en défaut en ce qui concerne la prévisibilité ou bien ne serait-ce pas plutôt que l’homme a franchi le cadre qui lui avait été attribué ?
Reprendre le titre d’une publication de Marcel Detienne (tel gallimard, 2012, 252 pp), ne constitue pas la provocation d’un détracteur du sujet, pas plus que l’affirmation péremptoire d’un savant fou. Cet auteur a ouvert une sorte de boîte de Pandore en dévoilant la polysémie du terme même de Mythe auquel se rattache celui de mythologie tout autant que celui de mythologue. Sa signification a évolué au fil des siècles et ce n’est pas son étymologie qui l’éclaircit totalement. Les auteurs grecs classiques insistaient sur la différence entre le logos, emprunt de vérité et le muthos beaucoup plus mensonger. Quant aux exégètes du XIX° siècle, ils insistaient sur ces invraisemblances qui ne pouvaient que bafouer la rationalité des pères de la philosophie. Une récente publication va ajouter une nouvelle signification à ce mot, celui de prédiction. En effet l’article Mini-Monsters with Multiple Heads Created in the Lab (https://www.livescience.com/64536-hydra-with-multiple-heads-created.html?utm_source=ls-newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=20190118-ls) rapporte ce que la science vient d’être capable de créer : une hydre miniature ! De toutes les têtes du monstre qu’Héraclès eut à affronter (quelqu’en fut le nombre !) une seule était immortelle. Ce que viennent de trouver les modernes c’est ce qui empêche cette régénération : non pas un enfouissement (cf le Héros) mais un équilibre entre activation et répression de certains gènes dont Wnt3 fait partie. Quelques millénairs auront suffi à expliquer le phénomène !
Peut-être cette découverte sera-t-elle en mesure de rassurer les opposants à l’IA augmentée. En effet ceux qui actuellement s’y intéressent de près, viennent de se heurter de nouveau à une aporie formulée il y a déjà près de quatre vingt dix ans. En 1930, Gödel, mathématicien autrichien âgé de 25 ans à l’époque, énonce deux théorèmes dits « théorèmes d’incomplétude », dont seul le premier sera détaillé (!!) : « il existe des énoncés mathématiques vrais, mais indémontrables » ! (Le théorème d’incomplétude de Gödel, https://sciencetonnante.wordpress.com/2013/01/14/le-theoreme-de-godel/). La question est d’importance : tout ce qui est vrai est-il forcément démontrable mais aussi, ce qui n’est pas démontrable est-il faux ? Dans l’article, Mathematicians Discovered a Computer Problem that No One Can Ever Solve (https://www.livescience.com/64469-unsolvable-math-problem.html?utm_source=ls-newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=20190113-ls) il s’agit de traiter du problème de l’apprenabilité. Or comme celle ci repose sur la quantité de données fournies, elle se situe donc dans le cadre de l’hypothèse du continu (voir la théorie des ensembles). Attention, si l’hypothèse du continu ( Hypothèse du continu,https://www.techno-science.net/definition/6080.html) n’est pas reconnue par tous les mathématiciens et si elle est particulièrement difficile a comprendre pour un béotien en la matière, il n’en reste pas moins vrai qu’il est intéressant de savoir qu’il existe encore des barrières à la progression de l’IA. Pour autant quelle(s) est (sont) la(les) différence(s) entre les barrières humaines et celle(s) des machines à l’apprenabilité ?
La prédiction a toujours été au menu des quêtes humaines, et l’art divinatoire a pu être pratiqué à partir de tout et de n’importe quoi. Les anciens pouvaient tirer de multiples informations des viscères animales, de la direction du vol des oiseaux, le plus difficile restant l’interprétation des signes observés. Malgré les risques que l’on connaît comme celui de n’être jamais cru comme le vécut Cassandre, la prédiction reste un sport largement pratiqué. L’un des derniers en date concerne la possibilité d’établir un diagnostic reposant sur un algorithme facial. La société FDNA (FDNA was incorporated with a mission to give hope to chidren with rare diseases and their families, https://www.face2gene.com/fdna) s’est donnée pour but d’aider les cliniciens (ceux qui ne seraient pas suffisamment avertis !) dans leur diagnostic de maladies rares. C’est le sujet de l’article : With just a photo, this algorithm can do more than spot a possible genetic condition – it can suggest a cause ( https://www.statnews.com/2019/01/07/algorithm-spot-genetic-mutation-photo/?utm_source=STAT+Newsletters&utm_campaign=03601aafa5-Daily_Recap&utm_medium=email&utm_term=0_8cab1d7961-03601aafa5-150897645), sujet repris par ailleurs pour analyse dans d’autres publications, ce qui peut témoigner soit de l’intérêt de la découverte soit de l’existence d’un questionnement sous-jacent non exprimé. Si à la technique en soi ne se rattache aucune valeur morale, l’attribution d’une finalité change totalement la vision que l’on peut en avoir. Peut-on être certain que l’algorithme ne sera dévolu qu’au diagnostic de maladies orphelines ? Le faciès reste un sujet sensible !
C’est en se référant au développement du cerveau qui influerait sur la forme du crâne que Franz Joseph Gall proposa le crâne phrénologique éponyme. Même si François Magendie osa l’épithète de pseudo science, il n’en reste pas moins vrai que les idées développées à partir de cette théorie vécurent leur heure de gloire au XIX° siècle, irriguèrent la littérature de Balzac et furent à l’origine d’expressions telles que la bosse des maths ou celle du commerce. Si aujourd’hui cette référence semble entachée d’une certaine puérilité elle n’a pas perdu de son actualité en vertu du principe bien connu de causalité, comme en témoigne l’article : Are the Brains of Transgender People Different from Those of cisgender People? (https://www.the-scientist.com/features/are-the-brains-of-transgender-people-different-from-those-of-cisgender-people-30027). Si l’homosexualité a été incluse dans le DSM III de 1987 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux promulgué par l’Association Américaine de Psychiatrie) elle en a disparu dans la version V et le fait que la dysphorie de genre n’y soit pas répertoriée signe l’acceptation d’une vision différente de cet état de fait. Pourtant même si le terme de dysphorie exprime qu’il existe un malaise douloureux, une souffrance clinique qui s’oppose au sentiment d’euphorie, il n’en reste pas moins vrai que le clinicien cherche à l’aide de la biologie et de l’imagerie neuro anatomique une/des cause(s) à cet effet. Trouvera-ton simultanément la/les cause de l’homosexualité et celle(s) de la dysphorie de genre ? On ne peut s’empêcher de constater que quelque soit l’époque le déterminisme reste la règle, imprimé qu’il est dans le raisonnement humain ! Pourquoi ?
Ou bien encore « A qui la faute ? » Il se pourrait bien que les moines copistes du moyen âge aient fait des émules (sans le vouloir !) à l’ère de l’IA. Ne leur arrivait-il pas de faire des erreurs de transcription en recopiant les manuscrits qui leur étaient confiés ? Ce pourrait être aujourd’hui une explication à une anomalie relevée dans les courbes de mortalité et que l’on aimerait bien être en mesure d’expliquer (New Study Questions Wether Death Rate Level Off in Old Age, https://www.the-scientist.com/news-opinion/new-study-questions-whether-death-rate-levels-off-in-old-age-65264?utm_campaign=TS_DAILY%20NEWSLETTER_2018&utm_source=hs_email&utm_medium=email&utm_content=68563686&_hsenc=p2ANqtz-8Jw8nKSrXdkvabA3K99rJBSAOs338k0sB8YX_U8CqwlfTPgL-gGF86mcezh866y-NGSNBhfrQB6v0KiwYoVtZBZrsIcg&_hsmi=68563686 ). Pour les démographes une question en effet se pose au vu et au su des courbes de mortalité qui affichent un plateau à partir d’une centaine d’année. Deux hypothèses (fort éloignées l’une de l’autre !) se font face : 1°) en accord avec certains modèles étudiés, mouche ou vers, le vieillissement humain marque le pas après cent cinq ans, 2° il s’agit tout simplement d’erreurs sur les dates de naissance et/ou de décès. La bataille fait rage depuis plusieurs décénnies. Dans la première hypothèse, si le vieillissement s’arête, la mort n’est plus théoriquement inévitable (ou alors très, très très tard). Dans le second cas, il faut s’adresser aux officiers d’état civil. Dans quel sens faut-il interpréter les neuf cent soixante neuf printemps de Mathusalem ?
Pour Théocrite comme pour Alphonse Daudet, le combat de leur petite chèvre aura été le même, car à l’évidence la première, tout autant que la seconde, n’avait pas compris la mise en garde délivré par son maitre. Pourtant l’un comme l’autre avait certainement accompagné leur avertissement oral d’un jeu adapté de physionomie. Capra, la chèvre en latin, a donné le substantif caprice en français, ce qui laisse à penser que l’un des traits de caractère de cet animal qui peut par ailleurs être charmant (!), pourrait être changeant. Sa domestication très ancienne, datant probablement de l’ère de la révolution néolithique, a conduit à un animal sociable, curieux dont on sait depuis longtemps qu’il est capable de compréhension vis à vis de son environnement (Les chèvres sont-elles comme les humains ou les humains comme les chèvres? http://www.protection-animaux.com/publications/animaux_de_rente/infothek/comportement/comportement_chevres.pdf). Aujourd’hui ce comportement se rapprocherait même de celui du meilleur ami de l’homme, dans la mesure où la chèvre serait à même de comprendre l’expression du visage humain lui faisant face(Goats Prefer Happy Human FacesGoats Prefer Happy Human Faces, https://www.the-scientist.com/notebook/goats-prefer-happy-human-faces-65081?utm_campaign=TS_DAILY%20NEWSLETTER_2018&utm_source=hs_email&utm_medium=email&utm_content=68224316&_hsenc=p2ANqtz-_dY4vqb8OPUyPqEwoEWIiKeeE5JyMwJLH-7KgXdXmGgu6Sm2Cp5SvNWEhRYNWJIkBRQJtmAWWMk9E_R0LSYFUF63dl7g&_hsmi=68224316). Que l’on puisse améliorer les conditions de vie et surtout de sacrifice de ces animaux du fait de cette capacité est une option que l’on est en droit de choisir, ce qui ne résout pas au moins deux questions : la domestication est-elle acquisition, acquisition est-elle amélioration ou appauvrissement. En d’autres termes : qu’apporte la domestication à l’animal ? Et là, ce n’est plus de la chèvre de Monsieur Seguin mais du Loup et le Chien de Monsieur de La Fontaine dont il est question.
Il est curieux de constater les allers et retours que le regard de l’homme a porté sur la place de l’animal dans le règne du vivant. Depuis l’antiquité il est passé d’une reconnaissance d’existant même s’il se situait à un niveau inférieur à celui de l’homme à celui d’être « responsable » si l’on se réfère aux différents procès qui lui ont été intentés au moyen âge. La vision mécaniste cartésienne a fait de l’animal une machine qui n’agit que selon un principe de causalité en raison de l’absence même de la possibilité de raisonnement. Depuis 1978, il existe une Déclaration Universelle des Droits des Animaux (révisée en 1989) qui représente une charte éthique car dépourvue d’implication juridique. Sont en cause le bien être animal et la préservation des espèces sauvages. Et c’est justement du bien être animal dont il est question dans l’article « Is it Unethical to Give Your Cat Catnip » (https://www.livescience.com/64360-catnip-ethics.html?utm_source=ls-newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=20181220-ls). A l’heure où la dépénalisation du cannabis fait la une des médias, il est on ne peut plus normal de se poser la question de savoir s’il est éthiquement soutenable de fournir à son chat de l’herbe à chat ! La Nepeta cataria dont il est question est une plante ornementale mais aussi médicinale qui renferme un terpène. C’est ce dernier qui est en cause dans la mesure où il agirait sur la production de phéromones sexuelles dans le cerveau du dit animal, ce qui comme il a été prouvé par l’expérience est loin d’être anodin. La question est d’importance puisque la réponse qui y sera apportée exprimera la vision qu’à l’homme de son animal de compagnie. Mais quid de la vision qu’a l’animal de son humain de compagnie ?
Selon la vulgate populaire, il y a un temps pour tout et quiconque a requis l’attention d’une assistance sait qu’il existe une durée de temps limitée pendant laquelle l’attention est à son plus haut niveau. Or les entrées sensorielles sont multiples et leur gestion semble le plus souvent répondre parfaitement à un ordre qui hiérachise les priorités.
C’est ce dont traite, Brain Rhythms Guide How Humans Pay Attention (https://www.the-scientist.com/notebook/brain-rhythms-guide-how-humans-pay-attention-65082?utm_campaign=TS_DAILY%20NEWSLETTER_2018&utm_source=hs_email&utm_medium=email&utm_content=68459783&_hsenc=p2ANqtz-8lCwYSzlNu0tRuA0yJlnF5AY_uqrOk9HVrRzdzr912SSpb3ANBNRAf1a_XIcE95xV1NzRifVV_KJ2jCGPTN-31vNIHQA&_hsmi=68459783). Que les zones fronto pariétales soient impliquées dans le processus de l’attention n’est pas une découverte. Ce qui l’est plus, c’est l’existence d’une discontinuité imperceptible par le sujet lui-même lorsqu’il doit effectuer plusieurs tâches. L’explication n’en est pas encore claire : il s’agit même plutôt d’une hypothèse. Le cerveau n’accomplirait pas plusieurs actions simultanément mais serait en mesure de sauter de l’une à l’autre. Possible, mais cette discontinuité n’altèrerait en rien les perceptions et leurs conséquences : elle n’efface donc pas l’instant précédent puisqu’elle le représentera à la demande. On imagine donc une rémanence d’un type particulier, particulier parce que l’élément causal n’a pas disparu. Mais si tel est le cas, on ne sait rien de ce qui rend possible ce phénomène, cellules, circuits ? Voici encore une micro discontinuité non perceptible dans une fluence temporelle déjà éminemment subjective !