L’homme et l’autruche

juillet 28th, 2025

L’autruche est connue et moquée pour un comportement qui lui serait spécifique, à savoir, « se mettre la tête dans le sable et prétendre qu’il n’y a pas de problème« . En fait il s’agit d’une technique qu’elle partage avec les humains, dénommée « évitement de l’information« . Et il se pourrait que les raisons qui poussent l’homme à un stratagème identique à celui de l’autruche reposent sur des bases communes à celles de l’autruche ou qui n’en seraient pas très éloignées (Why we choose not to know). Depuis toujours, en raison même de son environnement, l’homme est assailli d’informations devenues avec les progrès de la technique d’une intensité particulière en raison de leur instantanéité nécessitant des prises de décisions d’autant plus rapides et de ce fait d’autant moins réfléchies. Certaines ont de tout temps nécessité des réponses immédiates de par leur implication dans la survie de l’individu, tandis que d’autres ne s’inscrivent pas dans la même temporalité. Mais la question vient du fait qu’il existe également une attitude de refus de l’information ! En fait il s’agit là encore d’un processus inscrit dans la même démarche que celle impliquée dans le biais cognitif. On recherche en première intention ce qui conforte le présent, ce qui a pour résultat de croire à un statut de domination de la situation. En fait quelle que soit la raison, il s’agit avant tout de se protéger ce que recherche à n’en pas douter l’autruche ! Il reste néanmoins que « la peur n’évitant pas le danger » et il faut parfois préférer savoir !

L’IA et le subliminal

juillet 23rd, 2025

Subliminal : Se dit d’une perception qui ne dépasse pas le seuil de la conscience. Ainsi les messages subliminaux ont-ils été voués aux gémonies en raison de leur possible force de persuasion lorsque leur teneur peut être préjudiciable à soi-même tout autant qu’à autrui. L’effet repose sur des stimulus sensoriels, essentiellement visuels et auditifs. Il est certain que l’effet est d’autant plus marqué que le stimulus s’inscrit dans un contexte favorable chez le sujet comme par exemple l’image subliminale d’un liquide perçue par un individu assoiffé ou ayant un accès facilité à l’obtention de ce liquide ! Il se pourrait qu’existât une nouvelle preuve de la proximité entre l’humain et l’IA, puisque cette dernière se révèle sensible aux messages subliminaux ! (https://www.nature.com/articles/d41586-025-02172-y?). Mais horribile visu, ce sont les humains qui ont introduit ces messages pour tromper d’autres humains ! De quelle manœuvre s’agit-il et surtout dans quel but ? « Ethiquement parlant », un article proposé à la publication doit être revu et jugé par une commission d’experts auxquels est attribué le qualificatif de pairs ce qui sous entend à la fois leur compétence et leur indépendance dans le domaine traité. Actuellement d’aucuns ont pu confier ce travail à l’IA ce qui implique de lui attribuer un rôle équivalent à celui des pairs. Dans cette occurrence il ne reste plus qu’à introduire dans le texte soumis à vérification un/des messages subliminaire/s : ceux-ci ayant évidemment pour rôle d’infléchir les résultats de la machine, pour s’assurer de sa bienveillance ! Comme le soulignent les auteurs de l’article sus cité, les individus (en général) font preuve d’une grande ingéniosité dans ce domaine celui de la tromperie ! Culpabilité et responsabilité ont plusieurs dimensions !

Nouveautés hiéroglyphiques !

juillet 12th, 2025

Le système d’écriture figurative se caractérise par l’emploi d’images représentatives. Les hiéroglyphes comportent des objets, des animaux, des personnages, des plantes et combinent des idéogrammes, des phonogrammes et des déterminatifs. En 1996, parait l’Histoire de l’écriture par L J Calvet, retraçant les différentes étapes des procédés de l’écriture humaine. On dit de l’oralité qu’elle a nécessairement précédé l’écriture, mais les peintures pariétales témoignent d’une expression écrite portant sens quand on ne peut rien savoir d’une quelconque expression orale qui lui était contemporaine. La ponctuation avait déjà introduit dans la lecture de l’écrit une facilitation à la compréhension en reproduisant l’intonation de l’oralité. L’émoji apporte encore une autre information : il est simulation d’expressions faciales. Le premier était particulièrement simple, le smiley en 1963. La complexité apparait en 1997, et l’image dépasse son but premier, puisqu’elle peut représenter la culture, l’identité ou la religion de celui qui l’utilise ou de celui auquel il est destiné. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Si 😂 était un mot, cela ferait-il des emoji une langue ? Ne s’agit-il pas d’un mode de communication ? C’est ce dont traite l’article, Are emoji language?, et les questions sont multiples car chaque langue a ses règles, sa grammaire, son écriture, son sens de lecture. Quant à la phrase, elle comporte au moins deux syntagmes : le syntagme nominal et le syntagme verbal, eux mêmes selon un ordonnancement spécifique Même s’il s’est trouvé des auteurs pour affirmer qu’il s’agissait bel et bien d’un système d’écriture, l’accord est loin d’être fait. D’autant plus que la polysémie de chaque dessin est bien supérieure à la polysémie propre à chaque mot écrit, ce qui ne rend pas la compréhension très facile. « Les caractères d’une écriture sont des symboles abstraits, et non des icônes descriptives« , ce que ne sont pas les émoji, mais ils apportent à l’écriture un certain enrichissement par l’introduction de jeux de mots de rébus qu’il convient de savoir déchiffrer. Ne pourrait-on pas les qualifier de poil à gratter d’une écriture devenue trop compassée.

La machine qui questionnait le vivant

juillet 9th, 2025

Parce que le centaure de la mythologie était un animal fabuleux mi homme/mi cheval, il n’est peut être pas étonnant de l’avoir choisi comme intitulé d’un système performant d’IA. Et ce d’autant plus que le plus sage d’entre eux (mais ils ne l’étaient pas tous !) Chiron, fut l’éducateur de nombreux et célèbres personnages parmi lesquels, Achille, Heracles, Asclepios. Était-ce parce qu’il était sage parmi les sages qu’il préféra la mort a l’éternité, l’histoire ne le dit pas. Toujours est-il que ce nouveau Centaure se démarque des autres systèmes d’IA puisqu’il est en mesure de traiter plusieurs tâches simultanément, ce qui jusqu’à présent restait une prérogative de l’espèce humaine (AI knows what you’ll do before you do). Plus encore il a été capable de prédire « les choix des individus dans des tâches pour lesquelles il n’avait pas été entrainé ». Ces résultats reposent sur l’utilisation d’un nombre exceptionnel de données qui lui ont été fournies et qu’il est en mesure de traiter. Si ces résultats peuvent dans le futur être source d’une aide dans le domaine de la psychologie humaine, ils posent aussi une question de taille : jusqu’à quel point le comportement humain est-il structuré ?

Tout et son contraire

juin 27th, 2025

Quel que soit le chemin que va prendre la société, il va falloir abandonner le fleuve de l’instantanéité pour regagner les berges des promenades où le temps prend le temps de mener à la réflexion. Il va falloir s’imprégner de l’idée que le biais cognitif est à formellement reconnaître pour le combattre, il va falloir de nouveau accepter de comparer, de discuter en évitant tout dogmatisme ; en somme en revenir au temps que les moins de vingt ne peuvent pas connaître. L’urgence est une réalité, comme en témoignent quatre articles parus entre le 21 et le 25 Juin : 1) Does using ChatGPT change your brain activity? Study sparks debate, 2) What we lose when we use AI, 3) New study claims AI ‘understands’ emotion better than us — especially in emotionally charged situations et pour terminer, 4) AI hallucinates more frequently as it gets more advanced — is there any way to stop it from happening, and should we even try? A noter que les deux derniers pourraient faire l’objet de films dystopiques dont le monde actuel raffole. En effet l’une insiste sur l’augmentation des « hallucinations  » dont souffrent les systèmes les plus récents d’IA. Le problème étant que certaines de ces hallucinations sont vraies tandis que d’autres sont fausses et qu’il est impératif de démêler le vrai du faux ! L’autre intervient dans un autre domaine encore plus effrayant celui où l’IA devient sensible aux émotions dans certaines situations particulières ! L’univers d’Isaac Asimov était plus sain que celui de Philip K. Dick ! Quant aux deux premiers, il remettent au goût du jour l’opinion platonicienne selon laquelle il convient de se détourner des livres car leur lecture rend la mémoire inutile ! A l’appui, une expérimentation récente montrerait que l’utilisation de Chat GPT diminue la sollicitation cérébrale ! Qu’apprennent ces quatre articles, la circonspection ! Comment-est il possible raisonnablement de tirer profit d’informations contradictoires, si ce n’est en n’abandonnant pas la recherche d’autres études de façon à pouvoir comparer sans préconçus. Il n’est jamais indispensable de se faire une opinion dans la minute qui suit une lecture !

Le papillon et les étoiles

juin 22nd, 2025

Il pourrait sembler parfaitement logique qu’une navigation nocturne s’appuie sur la lecture du ciel, c’est effectivement ce que l’homme pratique depuis des millénaires. Ulysse en était d’autant plus conscient que ses marins lui répétaient souvent : « Tu connais les dangers de la navigation nocturne« . L’astronomie est en effet un domaine particulièrement important pour les peuples et peut-être encore plus pour leurs dirigeants. En effet l’observation du mouvement des astres donnait lieu à un double calendrier, cultuel et agricole comme en témoignent Les tables Sultaniennes écrites en Perse en 1437. Mais aujourd’hui, il n’est pas question de vertébrés supérieurs mais de vertébrés inférieurs, des insectes, dont on vient de s’apercevoir qu’il se dirigeaient « nuitamment » grâce aux étoiles : A moth’s path is written in the stars. Il s’agit d’un papillon de nuit, le Bogong, capable d’effectuer des vols de plusieurs centaines de kilomètres, probablement parce qu’il possède des neurones visuels intracérébraux et qu’il peut utiliser les champs magnétiques. L’article se conclut sur la surprise des chercheurs : mais ce qui surprend c’est cette surprise ! Comment à l’époque où l’homme miniaturise peut-il s’étonner que la nature sache le faire aussi bien que lui, depuis plus longtemps ?

Nature fondamentale de la réalité

juin 15th, 2025

Un article en forme de question « existentielle » : Do our observations make reality happen? La réalité est-elle en dehors du sensible ou appartient-elle au sensible ? Est-ce l’observateur et ses mesures qui définissent la réalité ou le sensible n’est-il qu’un des chemins de la réalité ? La faute en incombe à la physique quantique. Selon la physique classique la position, la vitesse, le devenir d’un objet peuvent être connus. Selon la physique quantique qui s’intéresse à l’infiniment petit, c’est impossible ! Le problème réside dans la probalistique des valeurs données aux mesures du système considéré. De ce fait, la réalité impose l’interaction observateur/objet, mais pour cette raison met en place UNE réalité celle qui s’attache au dit observateur ! D’où l’idée d’un chemin à travers LA RÉALITÉ. Si l’on est en droit de s’interroger sur la multitude des réalités qui seraient alors possible d’envisager il est plus important de s’intéresser au rôle de l’observateur. Ainsi la réalité serait bien celle que l’homme expérimente quotidiennement, un sensible à son échelle. Une comparaison pourrait être faite avec la prise de décision, qui n’est jamais qu’un chemin parmi tous ceux qui se présentent au moment t. Le philosophe pas plus que le physicien n’est à même de définir ce qu’est la réalité fondamentale, néanmoins ils peuvent s’accorder sur le rôle de l’observateur, indispensable puisqu’il est celui qui mesure et vit la dite réalité.

Intelligence artificielle générale

juin 12th, 2025

« Une intelligence artificielle générale est une intelligence artificielle capable d’effectuer ou d’apprendre pratiquement n’importe quelle tâche cognitive au moins aussi bien que l’humain« . Le mot peut-être le plus important dans cette définition trouvée sur le web, est le qualificatif humain. Qu’il soit capable du pire, même si c’est une vérité, ce n’est pas le propos. Ce qui doit retenir l’attention, c’est qu’il est aussi capable du meilleur et dans le domaine des tâches cognitives il est (très) vraisemblablement le meilleur du monde vivant et sa nouvelle création, dont on ne peut pas dire qu’elle appartienne au même monde que lui, serait en passe de poser question. Cette nouvelle création qu’est l’IA prend au fil des mois une place d’autant plus effrayante pour certains que le futur la présente comme capable de remplacer rien de moins que l’humain lui même, puisqu’elle apprend. D’où l’idée (le cauchemar) que ses maitres d’aujourd’hui pourraient devenir ses vassaux de demain. En effet, certains n’ont-ils pas émis l’hypothèse que l’IA pourrait acquérir une conscience et que dans ces conditions il serait utile de la protéger légalement. Mais quelle est l’exacte définition de ce que l’on nomme conscience ? Quoiqu’il en soit aujourd’hui, le débat concerne bel et bien les prouesses dont serait capable l’IA générale. Heureusement tout n’est pas aussi rose en son royaume : AI reasoning models aren’t as smart as they were cracked up to be, Apple study claims. Il existe encore des domaines si complexes que seul l’humain est apte à les résoudre quand la machine « s’effondre« . Soupir de soulagement : les conjectures statistiques ne peuvent être assimilées au processus humain de la compréhension. Il existe donc un seuil critique, un plafond de verre que la machine ne peut atteindre même si ses concepteurs en repousse la limite. Machine, tu resteras, l’homme est ton maitre.

Progrès et disruptivité !

mai 27th, 2025
Disruptif: c'est un peu plus qu'un mot déroutant

Un article à garder de toute urgence pour le déguster lors des prochaines longues soirées d’hiver, If ‘disruptive’ science is waning, what next?. Les questions soulevées y sont multiples et comme les réponses n’en font pas partie, le lecteur peut y trouver matière à discussion. L’auteur n’hésite pas à aborder un concept fondamental celui de la « disruptivité » dans la recherche ce qui ouvre un immense champ d’interrogations. D’abord, concernant la recherche, terme général, terme cache-misère, qui aurait fait dire au General de Gaulle « « Des chercheurs qui cherchent, on en trouve ; des chercheurs qui trouvent, on en cherche ! Terme volontiers associé à celui de progrès qui, comme chacun le sait, va de paire depuis le XIXème siècle avec celui de maitrise du futur dans quelque domaine que ce soit. Mais qu’est-ce que la disruptivité et donc comment la reconnaitre ? La progression de la technologie a été telle qu’il en a résulté une accélération de l’acquisition des connaissances au fil des siècles qui dessine une courbe en S selon laquelle le processus, d’abord lent, s’accélère pour se ralentir dans un troisième temps. La disruptivité introduirait un saut dans la courbe, comme une « autre façon » de voir. Ce qui est à la fois vrai et faux dans la mesure où pour voir autrement il faut posséder totalement l’antériorité dont le chercheur fait son socle. Or sur une telle courbe, il n’existe pas d’accident, alors existe-t-il des outils qui permettraient de définir cette disruptivité ? Pas de réponse ! Deuxième devinette : pourquoi il y a-t-il déclin ? Là encore l’auteur évoque de nombreuses pistes parmi lesquelles l’environnement et son actualité, qui seraient un puissant frein s’exerçant à l’encontre des acteurs eux-mêmes. Peut-on être d’accord avec l’idée selon laquelle c’est la société qui sécrète ses propres entraves, mais alors c’est le choix d’une société en décroissance qui s’impose. Bienvenue dans l’aporie du XXIème siècle !

Lu et Approuvé !

mai 19th, 2025

On peut dire, sans réellement se tromper, que la science est apparue dès que l’homme à porter toute son attention sur la nature ; il était en effet indispensable à sa survie qu’il en comprît tous les ressorts. La philosophie des sciences est postérieure à l’épistémologie qui, elle, concerne plus particulièrement la théorie de la connaissance : la première en effet est contemporaine de l’apparition des sciences dites modernes qui pourraient être nées dès le XVIème siècle en Europe. C’est plus récemment que s’est posée la question de la validité des « méthodes scientifiques », avec en particulier ce problème crucial de l’erreur. C’est à ce propos qu’en 1973, K. Popper, influencé par Th. Kuhn, proposait le « principe de réfutabilité« , selon lequel : »une théorie n’est scientifique que si elle est « falsifiable » » ou encore « la théorie a une possibilité de rentrer en contradiction avec l’expérience ». Or il s’agit d’un principe d’une redoutable complexité dans la mesure où à de multiples reprises si contradiction il y avait, elle n’était qu’apparente. Et selon la méthode syllogistique : en l’absence de contradiction, la théorie ne peut être que non scientifique ! C’est l’application pure et dure de ce principe qui est traitée dans Bad philosophy is hobbling physics. Ce que l’on pourrait résumer (de façon peut-être excessive) par trop c’est trop ! Outre les exemples cités, rappelons l’apport de Louis de Broglie sur le dualisme onde-corpuscule. L’idée géniale de celui qui obtint le Prix Nobel de Physique à 37 ans fut de dépasser mais en les associant la théorie ondulatoire et la théorie corpusculaire de la lumière. Prise séparément aucune n’était ni fausse, ni vraie, ensemble elles confirmaient les résultats expérimentaux. La rupture épistémologique de G. Bachelard n’est pas synonyme d’inventions échevelées, elle est simplement la vision différente de connaissances antérieures sur lesquelles il est indispensable de toujours s’appuyer et donc de les conserver.