Une nouvelle parentèle ?

avril 13th, 2026

C’est en 1920, que JosephČapek, crée le terme de « robot » pour la pièce de science fiction de son frère Karel,  R.U.R (Rossum’s Universal Robots). Dans cette œuvre il s’agit déjà de machines biologiques d’apparence humaine, mais dépourvues de sentiments, sentiments qu’ils acquerront plus tard. Les auteurs de science fiction ont parfaitement accepté ce nouvel arrivant et les scientifiques leur ont emboité le pas en allant de plus en plus loin dans leur sophistication. Ainsi la famille s’est-elle agrandie depuis les robots industriels, avec des robots domestiques, médicaux, militaires : tous construits sur le modèle (très schématique) d’un dispositif alliant mécanique, électronique et informatique. Mais la recherche ne s’est pas interdit d’aller plus loin, c’est ainsi que vient de naitre le robot biologique ou xénobot (Neurobots: Biological Robots with A Simple Nervous System). Cette grenouille qui a spontanément et largement donné son corps à la science depuis des décennies est remarquable par ses pieds étranges d’où son qualificatif de xénope (ξένος : étranger) : de ce fait on peut raisonnablement affirmer sans se tromper que le xénobot est doublement étrange ! Cette entité est assurément remarquable puisqu’il s’agit d’un neurobot, c’est à dire, comportant des structures neuronales : »les neurobots affichaient un profil avec un nombre significativement plus élevé de gènes différentiellement exprimés, dont beaucoup étaient liés au développement du système nerveux« . Bienvenue à ce nouveau né dans le monde des robots puisqu’il a pour fonction essentielle d’avancer dans la compréhension des mécanismes fondamentaux du développement normal et des pathologies neurodégénératives.

Les images aussi !

avril 10th, 2026

Comme tout texte peut être illustré, se poser la bonne question, c’est à dire chercher à établir la véracité du propos n’est plus suffisant. Il est en effet devenu tout aussi indispensable de poser la même question à propos de l’image. Il n’y a en effet aucune raison pour qu’existât une différence de traitement entre un texte et une image en ce qui concerne l’IA. Si l’homme est bien à l’origine de ses connaissances, il n’en reste pas moins vrai qu’elle a dépassé le premier stade, celui de l’apprentissage pour aborder les rives du raisonnement. Si l’introduction de fausses références dans un texte par exemple, est aujourd’hui parfaitement connue, la forme parfaite mais imaginaire donnant naissance à des réponses est maintenant à l’ordre du jour. Or il existe plusieurs domaines, dont celui de la médecine n’est pas le moindre, qui adossent leurs résultats à la description de l’image (AI ‘mirages’ mean tools used to analyze medical scans could fabricate their findings). En fait l’IA utiliserait plus volontiers les schémas en sa possession pour résoudre le problème posé, que les éléments factuels qui devraient lui permettre d’apporter la solution à la question posée. L’illusion d’optique humaine résulte de façon similaire d’une interprétation erronée des information qui lui parviennent. Le danger est que la réponse de l’IA est tenue pour plus péremptoire qu’ouverte à discussion et qu’elle aurait ainsi tendance à faire foi, il est donc urgent d’être en mesure de vérifier l’intégration intermodale régissant le fonctionnement de l’IA.

Imposture intellectuelle

avril 9th, 2026

En 1996, la revue de sciences humaines Social Text publie un article scientifique Transgresser les frontières : vers une herméneutique transformative de la gravitation quantique. Le but des auteurs n’était pas tant de dévaloriser certains travaux scientifiques contemporains que de montrer la vacuité de l’utilisation de différents concepts portés par le postmodernisme à propos des discours scientifique et philosophique. En France il initia des discours passionnés surtout dans la mesure où il fut pris au pied de la lettre et non pas comme un pastiche scientifico-philosophique. Dans la deuxième moitié de XVIIIème siècle une autre supercherie avait aussi enflammé les milieux littéraires à propos d’un barde écossais du IIIème siècle Ossian, et de ses poèmes qui s’avérèrent être des faux, ce qui devait grandement troubler les tenants d’une identité gréco-romaine et non pas celtique. C’est pourquoi, si en l’an de grâce 2026, des scientifiques inventent une nouvelle maladie, la bixonimanie ( Why scientists made up a fake disease), il n’y a vraiment aucune raison de s’inquiéter ! Les auteurs avaient dissimulés dans l’article, tels des signes de piste, des informations qui permettaient de conclure à la contrefaçon, mais tels des lecteurs antérieurs l’IA reproduisit l’article qu’elle référença tout à fait comme un humain lambda dans des travaux ultérieurs. En réalité ce qui est important dans les trois exemples précédents n’est pas l’intrusion de l’IA dans le paysage, mais que dans toute situation, il faut savoir poser la BONNE QUESTION, savoir interroger la réalité du propos. Même si les erreurs de l’IA ne reposent pas sur les mêmes processus que l’erreur humaine, in fine elles peuvent avoir la même traduction !

Il y a robot et robot !

mars 28th, 2026

Darwin et sa théorie évolutionniste n’en ont pas fini d’irriguer la science comme le démontrent les nouveaux robots modulaires dont il est ici question : AI compressed billions of years of evolution into seconds to create ‘Lego-like robots’ that can recover even when they lose . Peu élégants mais particulièrement performants, ils sont une nouvelle espèce, construits comme un jeu de Lego® et ne souffrant pas d’être endommagés, ils poursuivent sans état d’âme ce pour quoi ils ont été programmés. Mais là n’est pas ce qui constitue l’exception de ces « machines » : elles utilisent un algorithme évolutif, dont fait partie l’algorithme génétique. C’est là qu’intervient le concept de sélection naturelle selon Darwin : « En pratique, cet outil informatique génère des milliers de configurations virtuelles, teste leur capacité de déplacement dans un simulateur, conserve les plus performantes et élimine les moins efficaces. Les survivantes sont ensuite croisées ou mutées pour engendrer une nouvelle génération de designs. » (Science et Vie, Ariane Polge). Ainsi ces robots sont-ils à même d’intégrer les milliards d’années d’évolution pour en dégager les meilleures des solutions, comme leur déambulation dans des conditions extrêmes et la perte de leur intégrité. Et en raison même de leurs qualités, dont la plus impressionnante reste l’expression de la théorie de l’évolution, il n’est pas interdit de penser qu’ils pourront modifier la vision de l’évolution qui prédomine à ce jour.

Prométhée

mars 24th, 2026

On le sait depuis longtemps déjà, Prométhée était celui qui voyait loin, très loin : on peut même dire sans se tromper « qu’il en savait des choses ! ». Ainsi en fut il de quelques esprits novateurs, parmi lesquels, on ne citera qu’Archimède (le plus connu) et Leonard de Vinci (non moins connu) tandis que plus récemment, Jules Vernes ne fut pas en reste. Les visionnaires s’accomplirent lorsqu’ils se doublèrent de scientifiques véridiques comme Isaac Asimov. Ce domaine plut tellement qu’il s’accapara le cinématographe avec pour premier représentant, Georges Méliès, et ses effets spéciaux magiques. Aujourd’hui la technique a rendu facile la conjugaison de la science et des images donnant crédibilité ce qui, il y a encore peu d’années, appartenait au pur domaine de l’imagination. Si l’on fait abstraction du thème du héros solitaire sauveur de la vie sur terre, il n’en reste pas moins que la science est à l’œuvre dans le film Project Hail Mary (Science to the rescue in Project Hail Mary). Il est bon que le divertissement quel qu’il soit permette de rendre compte auprès de tous de la réalité de la science. Que celle-ci devienne compréhensible, qu’elle se démystifie, qu’elle fasse jaillir des appétences pour les domaines qu’elle arpente et qu’elle permette de poser DES questions qui deviendront LES questions à propos desquelles il sera possible de débattre parce qu’elle aura apporté les arguments manquants aux néophytes. Ce pourrait être le cheminement vers le démantèlement de la pseudoscience et l’abord rationnel de l’inconnu. En quelque sorte, allier l’utile à l’agréable.

Les enfants de Jenner

mars 15th, 2026

On a su depuis longtemps, mais sans en comprendre le processus, qu’un premier contact avec certaines maladies évitait qu’une personne soit touchée deux fois par la même affection. Toujours sans plus d’explication, au XVIIIème siècle pour la première fois, on pratiqua sur plusieurs individus d’une même société une variolisation en mettant en contact un sujet sain avec le pus des pustules de la variole d’une vache : c’était la naissance officielle de la vaccination (variola vaccīna). Les fées semblaient bien s’être penchées sur cet acte de médecine préventive car son futur devait montrer toute sa richesse au fil des siècles. Mais, peu à peu, peut-être du fait même de cette richesse, le doute s’insinua faisant le lit du complot, attirant toujours plus d’individus, nécessairement éclairés, vers le côté noir de la force … A tel point qu’il ne se trouvent dans le monde des groupes persuadés de l’inefficacité au mieux, du danger au pire de cette pratique. On ne peut choisir de meilleur moment pour apprécier l’article Vaccine-carrying mosquitoes inoculate bats, puisqu’il ne s’agit ni plus ni moins que de vacciner non pas l’humain mais le vecteur de la maladie envers l’homme. Mais avant même que d’institutionaliser la vaccination des chauves-souris, un vrai problème se pose quant à la méthode elle-même. Le moustique modifié n’a pas pour unique but de ne piquer que les chauves-souris ! Et par ailleurs comment vacciner tous ces chiroptères dont certains sont certainement porteurs des virus incriminés ! On peut sans trop faire d’erreur considérer qu’il s’agit d’une étude préliminaire !

Mea culpa !

mars 13th, 2026

Battre sa coulpe :  » L’expression évoque la faute (culpa) aussi bien que les moyens de s’en repentir (se battre la poitrine). Battre sa coulpe c’est faire son mea culpa, reconnaître ses torts« . Lorsqu’il s’agissait d’un pénitent à l’expression verbale venait s’ajouter une repentance publique, dont l’effet n’était pas le moindre. Aujourd’hui le public a pris une importance dont il est difficile d’apprécier la réalité puisqu’il a largement dépassé l’environnement immédiat du pénitent. Néanmoins le cadre reste le même : toute erreur se doit d’être rectifiée, même si l’erreur par méconnaissance peut sembler moins répréhensible que la faute qui mène à l’erreur. Il n’est pas douteux que les scientifiques qui reviennent sur une publication en raison d’erreurs involontaires ne devraient pas avoir à subir les foudres de leurs collègues outrés mais au contraire les remerciements de ceux-ci (There’s no shame in the right retraction) pour cette remise dans le droit chemin utile à la communauté car elle est l’exacte réplique de la méthode essai-erreur indispensable à un apprentissage raisonné. C’est la raison pour laquelle même si on se félicite de la création du « Prix ​​Ctrl-Z  : Récompensant le courage de corriger ou de retirer un travail publié » (https://retractionwatch.com/ctrl-z-award/), on est également en droit de s’étonner qu’il faille encourager celui qui travaille à apporter des réponses aux questions que tous se posent quand il doit reconnaître ses erreurs Chaque parution d’article est un passage dans le domaine public puisqu’aucun chercheur n’espère et ne veut que son travail reste totalement inconnu de ses paires. Le mystère n’est pas son but au contraire de la vérité qui s’inscrit dans le temps.

Zénon d’Elée

mars 8th, 2026

Qu’est-ce que l’infini ? Une question mathématique ou bien une question philosophique ? Dans quelle mesure Dieu est-il impliqué dans cette problématique qui n’a pas d’âge puisque seule l’apparition de l’écriture pourrait témoigner de la première question. Zénon d’Elée dans une des premières approches, le paradoxe de la flèche, y apporte une première réponse : son impossibilité physique. Par définition, l’infini étant ce qui n’a pas de limite, la question pouvait tout naturellement s’intégrer au domaine de la théologie. Dieu en effet est seul à pouvoir être infini puisque sa finitude serait sa propre négation. Dans ces conditions, la notion d’infini ne pouvait être maitrisée par ces simples mortels que sont et ont toujours été les mathématiciens ! Cette idée ayant été abandonnée, dans sa version simpliste, on peut choisir de se tourner vers le domaine des mathématiques, ce qui autorise de se poser de nouvelles questions comme celle qui aborde l’existence possible de plusieurs infinis et donc d’infinis différents ? Cette question est l’objet de l’article, The Man Who Stole Infinity (https://www.quantamagazine.org/the-man-who-stole-infinity-20260225/). S’il est difficile de maîtriser parfaitement le cheminement ayant conduit au questionnement sur la pluralité des infinis, parce qu’il repose sur les nombres entiers et les nombres réels « Les nombres entiers sont constitués de chiffres négatifs, positifs et nuls, alors que les nombres réels sont constitués uniquement de chiffres positifs et nuls. », l’histoire n’en est pas moins didactique. Des mathématiciens complémentaires, une appropriation éthiquement contestable, un conteur aimant raconter pour ne jamais oublier l’indispensable apport de l’épistémologie !

L’homme, le robot et la mort

février 28th, 2026

Quand la fin de vie devient une interrogation sociétale, il peut en être de même de la vie finie. Quand la première n’est pas exclusivement autocentrée, la seconde l’est totalement. Se préparer au départ ne prépare pas celui qui reste et l’expression « faire son deuil » a une réalité, car l’absence a sa consistance et c’est elle qui se fait entendre. À ce que l’on peut qualifier de trouble psychiatrique par sa durée, et la souffrance qui s’y associe, il existe pourtant une base anatomique constituée de circuits neuronaux dont le fonctionnement est altéré (A neurobiological perspective on prolonged grief disorder).  Les zones impliquées appartiennent au système de récompense, celle-ci étant assimilée dans ce cas particulier « au fort désir de retrouver le défunt « . Ces résultats ne seraient que préliminaires, l’échantillonnage étant peu représentatif de part sa taille. Il n’en reste pas moins vrai que la douleur est réelle et qu’une solution pourrait se profiler à l’horizon (AI griefbots could change how we mourn — but there are serious risks ahead), mais avec la question suivante : « la fin justifie-t-elle les moyens  » ? Car il ne s’agit ni plus ni moins que d’une résurrection numérique, encore que le vocable de « résurrection » convienne assez peu tant est grande la possibilité de faire de cet avatar une copie non conforme à la réalité. II serait en effet tentant de modifier dans un sens comme dans un autre, un parent pour expliciter le déroulé de sa vie : Folcoche contre Madame Rosa ! Quant aux motivations, si celles du demandeur sont dépourvues de toute finalité mercantile il n’en est pas de même concernant celles du concepteur de ce « bot de la mort  » ! Ce qui interroge sur la démarche …

Vous avez dit sérendipité, bizarre !

février 16th, 2026

« Capacité, aptitude à faire par hasard une découverte inattendue et à en saisir l’utilité« . L’épistémologie regorge d’exemples en parfaite adéquation avec cette définition. Il peut s’agir d’une fulgurance qui s’impose, comme d’une constatation dont on saisit toute la portée. Sir A. Fleming et la pénicilline en sont l’Exemple le plus abondamment cité ; la question étant de savoir si cette « qualité indispensable » à l’avancée scientifique peu encore avoir cours (Can Science Still Afford Serendipity?). Poser cette question laisse entendre que la dite capacité peut ou non être, ce qui la rend contingente, d’où le fait qu’elle se situe dans une certaine plage d’indétermination ou de hasard. Le hasard fit que Sir Alexander Fleming était peu méticuleux et que dans son désordre une boite de Petri ensemencée se présenta différemment après avoir été et laissée sur la paillasse. Le hasard ne fait bien les choses que si l’homme sait exploiter ce qui sort de la routine. Mais pour ce faire il est indispensable de voir ce qui rompt avec l’usage mais aussi et surtout (?) comprendre que cette solution de continuité doit être explorer. La rupture épistémologique en à ce prix. Si la flexibilité du raisonnement est une condition sine qua non, il n’en reste pas moins vrai qu’elle demande un milieu favorable pour pouvoir s’y développer, d’où l’idée que la liberté est indispensable pour que toutes les explorations appartiennent à tous les possibles. Ainsi la rigueur ne doit pas être synonyme de rigidité, pas plus que la technicité synonyme de solitude.