Homéostasie sociale

juin 17th, 2026

L’homéostasie sert à maintenir un facteur dans un état d’équilibre tel que le système auquel il appartient persiste sans changement dans la durée. Claude Bernard en définissant le terme au XIXème siècle ne faisait que reprendre un concept dont on parlait déjà au Vème siècle av. J.-C. Pour maintenir cet équilibre il est indispensable que l’organisme sache qu’il y a péril en la demeure et il faut donc qu’il soit capable d’y remédier, ce qui implique une réception de l’information, un décodage et une réponse adaptée en retour. La régulation de la température en est l’image la plus simple mais il existe un domaine plus inattendu qu’explore l’article Neuroscientists are searching for the ‘cellular substrate of loneliness’, celui de l’homéostasie sociale. En d’autres termes le vivant, animal et humain, a-t-il besoin d’évoluer dans un équilibre devenu nécessaire entre solitude et compagnie ? S’appuyer sur une structure anatomique qui telle un thermomètre serait à même de mesurer le phénomène serait la plus convaincante des preuves ! C’est le résultat des études rapportées dans l’article cité : il existerait bien des neurones dévolus à ce processus dans le tronc cérébral et dans l’hypothalamus et appartenant à un même système. Mais deux constatations sont particulièrement intéressantes : l’importance du sens tactile dans les rapports sociaux, ce dont on avait une connaissance empirique, mais surtout (peut-être) de la différence, à retenir, entre mâles et femelles dans les situations d’isolement prolongé !

Savoir choisir

juin 15th, 2026

Choisir le plus grand bien, met l’âne de Buridan dans un profond dilemme, ce dont Aristote avait déjà traité en envisageant la difficulté à faire choisir l’homme entre l’eau et la nourriture. Le choix est un moment important, qui n’a rien d’unique puisqu’il peut se répéter un nombre incalculable de fois dans une même journée. Si certains des individus manifestent une quasi impossibilité à se décider, un nombre bien plus grand en est tout à fait capable et ce qu’ils effectuent dans un temps relativement court relève pourtant d’une démarche qui n’a rien d’irréfléchi et qui répond à la théorie de l’arrêt optimal ou de l’arrêt anticipé :  » maximiser le plaisir cumulatif « . En 1970, Richard Feynman (Physicist Richard Feynman’s forgotten notes on ‘the restaurant problem’ finally deciphered after 50 years) transforme ce choix en un problème mathématique qu’il transcrit sous forme d’une équation mathématique. Ainsi si ce problème spécifique du choix et donc de la décision est connu pour appartenir au domaine philosophique on voit qu’il peut également être traité dans le cadre des sciences cognitives quand on s’attache à explorer le cadre de la stratégie optimale. Et la conclusion inattendue est la suivante : si l’humain ne choisit pas rationnellement, il utilise néanmoins au mieux ses ressources qui sont nécessairement limitées. D’où il en ressort que la machine pour ressembler à l’humain doit abandonner une pure rationalité !

Écologie et locution

juin 12th, 2026

Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. Bien que cette phrase n’a pas été prononcée dans le but de faire comprendre l’importance de la relation entre écologie et locuteur, elle peut parfaitement être utilisée pour en faire la démonstration. Si l’origine de l’écriture peut être approximativement connue il n’en est pas de même pour l’origine du langage à propos de laquelle les avis sont nombreux. Pour Rousseau, les premières langues furent chantantes, et le gazouillis du petit enfant s’apparente bel et bien à celui de l’oiseau. Ce qui est certain c’est que la langue est représentation du monde et qu’une langue qui n’a pas son écriture est d’une extrême richesse, car l’abondance des termes rend compte de la variété de la nature. Ce dont il est question aujourd’hui c’est de l’appauvrissement des langues dont on s’aperçoit qu’elle va de pair avec les signes d’atteinte de l’environnement (Language loss is an environmental issue), thème particulièrement cher aux écologistes. Mais comme rien n’est simple, l’équation ne se résout pas à établir une égalité entre ces deux termes. Il faut au contraire savoir tenir compte des langages et de leur maintien, tout en jouant habilement de la nécessité d’une compréhension qui tendrait vers l’universel. De même qu’il faudrait pouvoir, tout aussi habilement, ouvrir des routes entre des contrées qui sauraient garder leur individualité ! Si l’article ne résout pas la formule, il permet tout au moins den cribler les différents facteurs pour pouvoir y réfléchir.

HAL 9000

juin 9th, 2026

HAL 9000 est un robot qui n’a pas connu Isaac Asimov ! Quand il se trouve devant une situation qui oppose ses deux programmations, réussir sa mission et ne pas mentir, le conflit auquel il est soumis lui fait choisir sa propre protection contre celle de son équipage, « Je suis désolé Dave, mais je ne peux pas accéder à votre demande« , ce qui est totalement inacceptable au regard des lois de la robotiques. Mais en 1968, Stanley Kubrick et Arthur C. Clarke, mettent en scène un ordinateur félon dont on peut se demander s’il n’est pas l’ancêtre de ceux dont parle l’article ‘The best solution is to murder him in his sleep’: AI can learn violent tendencies from each other despite zero references to violence in training data. Il y est question des déviations que peuvent entretenir les grands modèles de langage (LLM). Il s’agit d’un mode d’apprentissage profond qui repose sur une immense quantité de données qui à partir  » d’une architecture de réseaux de neurones appelée Transformer , excelle dans la gestion des séquences de mots et la capture des schémas dans le texte« . L’exemple proposé concerne le sous entrainement d’une machine sous élève, connu sous le nom d’apprentissage subliminal, mais dont les scientifiques ne comprennent pas encore totalement le mécanisme, d’où de probables/possibles problèmes ! Et ce d’autant plus qu’il existe une possibilité de transmission de ce que les scientifiques nomment un désalignement même après des procédures de vérification de l’homme. Il existe donc un réel pouvoir de nuisance quand des données d’entrainement auront été polluées par des informations perverses. Qu’il s’agisse d’une volonté affirmée ou d’erreurs non intentionnelles, le jeu s’apparente à celui dont s’amuse, mais seulement pour un temps, l’apprenti sorcier !

Attention : danger

juin 1st, 2026

Si la vérité est accord de la pensée (ou du discours) avec la réalité, la réalité elle, est un fait, indépendant de la pensée. Le danger (extrême) est donc de mettre sur un même niveau un concept et ce qui existe en dehors de toute perception. On a par le passé (pas encore si ancien) accordé le statu de vérité aux images véhiculées par les systèmes de prise de vue, ce qui avait permis la formule si célèbre du magazine Paris-Match en 1978 Le choc des mots, le poids des photos. En 2026, rien ne va plus, AI-generated images are making it impossible to distinguish truth from fiction. We need laws and AI watermarks to protect our shared reality. ! La distinction entre le vrai et le faux est devenue IMPOSSIBLE ! Les conséquences en sont incommensurables à commencer par le devenir de la société en général au regard de ses gouvernants. Quand le terme de démocratie illibérale évoque les réductions de liberté individuelle et publique, il est urgent de ne pas s’exposer/être exposé à des outils liberticides à moins que ceux-ci ne soient encadrés par une démarche volontaire et réfléchie de la société elle-même. Mais corollaire non moins pervers, la possibilité existe de discréditer une image véridique puisque l’image est falsifiable ! Qui croire et que croire ? C’est le dividende du menteur qui pointe du doigt les vulnérabilités cognitives humaines. Si la discussion reste indispensable elle n’est possible qu’à partir d’un socle commun de faits et d’expériences. Il est donc urgent de ne pas attendre une catastrophe programmée.

Art et Science

mai 18th, 2026

Au premier, la liberté, au second la rigueur. S’il existe des codes pour chacun des domaines dans lesquels l’homme exerce ses activités artistiques, chacun sait que ceux-ci sont régulièrement ignorés pour être remplacés par d’autres. De même que si la science ne peut s’abstraire de la rigueur, elle peut aussi avoir comme point de départ une intuition, une démarche apparemment dépourvue de toute rationalité. Deux articles sembleraient pouvoir démontrer la proximité/continuité de ces deux activités humaines (A Rare Glimpse into the Artistic World of Eminent Scientists, Genome Music: Rare Disease Sequences Turn Into Songs). Dans le premier, ce sont d’éminents scientifiques qui apparaissent comme une nouvelle espèce de cyborgs, n’inspirant aucune peur mais plutôt un sentiment de poésie contrôlée tendue vers l’efficacité pratique, parce que la recherche ne va pas sans un départ hors des sentiers battus. Mais ce qui est plus inattendu, comme le rapporte le second article, c’est la transposition à laquelle certains d’entre eux se sont adonnés Faire d’un code génétique les gammes d’une nouvelle composition musicale ! Le but en est encore plus surprenant ! Faire passer un message : accéder à un dysfonctionnement de la nature pour le faire connaître/reconnaître. Faire qu’une maladie orpheline ne le soit plus. Quel beau message !

Vous savez dit « paradoxal » ?

mai 14th, 2026

Pourquoi le dieu du sommeil, Hypnos est-il le frère du dieu de la mort, Thanatos ? Tandis que Morphée apporte les rêves en prenant les endormis dans ses bras ! Cet état, le sommeil, que partage à tout le moins le règne animal est riche d’histoires, d’interprétations tant il est mystérieux. Qualifié de « petite mort » car on l’imaginait tout autant inutile qu’indispensable à la vie, il ne cesse de poser question. L’étudier reste néanmoins difficile car s’il existe depuis 1920 avec l’EEG de Hans Berger des examens qui se sont affinés, c’est l’adéquation entre ceux-ci et la perception qu’a le dormeur de son sommeil qui reste difficile. S’il a pu être mis en parallèle la période dévolue aux rêves et un aspect spécifique de l’enregistrement électrique (EEG), le sommeil en tant que tel est encore matériel d’étude. C’est l’objet de deux articles qui l’abordent différemment. Le premier Why humans sleep so little, se demande pourquoi l’homme dort si peu. Le second Sleep linked to slower ageing: huge study pinpoints the right amount, apporte UNE réponse à la question concernant le pourquoi du sommeil. La privation de sommeil entraîne des altérations, variables en fonction de son importance, au niveau des différents organes d’un être vivant : c’est donc la preuve de son indispensabilité ! Mais l’homme dormirait beaucoup moins que ce dont il devrait avoir besoin et le regard porté sur l’homme et les grands singes invite à tenter une comparaison entre les deux en ce qui concerne ce besoin physiologique et son rôle. Moins attendu est le bienfait décrit dans le second article, celui du rôle bénéfique sur le vieillissement à condition de respecter une durée idéale, sous entendu, dormir ni trop ni trop peu. Même si les tous les organes ne vieillissent pas selon la même temporalité, même s’il existe des différences entre les populations et le sexes, il existe certainement une durée idéale. Ainsi est-il possible, au vu et au su de ces deux articles d’écrire sur la tête de son lit « Il faut dormir pour vivre et non pas vivre pour dormir !

Y croire ou pas

mai 12th, 2026

C’est un domaine qui, s’il ne déclenche pas les passions, permet néanmoins des débats contradictoires. Peut-on parler raisonnablement voire scientifiquement de l’effet placebo/nocebo au XXIème siècle ? C’est le sujet de l’article Placebo Power: How Belief Can Heal the Human Body, dont l’auteur Phil Starks est docteur en philosophie, et professeur agrégé de biologie. Bizarre, certes non car la double casquette démontre la double appartenance du sujet traité. En 2003, « … le docteur Jean-Jacques Aulas, psychiatre à Saint-Étienne, crée le premier placebo officiel. Cette spécialité, vendue sous le nom de Lobepac — anagramme de placebo — et déclarée « élixir psycho-actif », est présentée comme sédative (bleue) ou tonique (rouge)« . Mais les résultats sont peu encourageants et la spécialité est rapidement retirée de la vente. Pourtant l’effet positif du placebo, bien que non constant, est connu, reconnu, même chez les animaux ce qui pose question. On est donc en droit de s’interroger sur le non effet du Lobepac. L’article sus cité, s’il examine les modifications physiologiques responsables de l’effet placebo et qui sont bien réelles, propose également un facteurindispensable à cette action. L’environnement sociétal auquel ne peut échapper le patient et qui conditionne le résultat. Une autre preuve, s’il en est besoin, que l’un ne peut pas vivre sans l’autre !

Seraient-ce des tabous ?

mai 3rd, 2026

Ne pas parler d’un sujet ne le fait pas pour autant disparaitre, comme il en est de la poussière sous le tapis. Il est de fait que l’histoire des sciences, l’épistémologie, est rarement enseignée si ce n’est dans une branche de la philosophie, la philosophie des sciences. Or peut-être ne serait-il pas inopportun d’avoir un regard sur la démarche scientifique car un déroulé au long cours en apprend plus que chaque étape vue à l’aune de la contemporanéité (How much history should there be in science education?). Par ailleurs cette vision aurait également l’intérêt de montrer que l’erreur est inhérente à la démarche et hautement didactique (We need to talk about failure in science). En fait il est évident que l’histoire marche de paire avec l’erreur ! Replacer chaque marche de l’ascension vers le but, celui de la Vérité, dans son contexte est indispensable à la compréhension et efface ce qui des siècles plus tard serait taxé d’erreur. Il n’en reste pas moins vrai que des erreurs ont existé, existent et existeront et qu’il est indispensable de les reconnaître pour rétablir le droit chemin. Deux auteurs ont été et restent particulièrement impliqués dans cette vision dynamique des sciences. C’est le cas de Claude Bernard (Introduction à l’étude de la médecine expérimentale) et de Gaston Bachelard (concept de rupture épistémologique). Au premier revient le rôle d’avoir codifié (pour toujours ? ) la vérification de l’hypothèse par l’expérience quelque soit le degré de technicité. Au second, revient l’acceptation du changement radical de paradigme. L’un ne va pas sans l’autre : expérimenter rigoureusement sans s’interdire le saut dans l’ailleurs !

Paroles d’évangile

mai 1st, 2026

Quand l’IA est en but à toutes les critiques (le mot est faible !) un article entrevoit un tout autre aspect la concernant. Paroles d’évangile n’est peut-être pas la meilleure des expressions dans la mesure où on peut se poser la question de savoir si elle est énonciatrice de « propos indiscutables, et de vérité absolue« . Mais c’est pourtant la question qui pourrait être posée quand une médaillée Fields rapporte « qu’un amateur vient de résoudre un problème mathématique vieux de a cinquante ans — en interrogeant une IA : « L’IA de ChatGPT a prouvé une conjecture grâce à une méthode à laquelle aucun humain n’avait pensé (Fields medallist: AI makes us rethink maths),  Erdős problem #1196 as a notable success story) ». D’où l’idée pas si absurde selon laquelle « les experts estiment qu’elle pourrait avoir d’autres applications« , car il est évident que dans cette occurrence, l’IA a bien émis un propos indiscutable, une vérité absolue. Et plus même puisqu’elle autorise à repenser le concept de démonstration en mathématiques, ce qui n’est pas rien d’autant plus que la démarche suivie par l’IA pourrait être appliquée à d’autres problèmes encore non solutionnés. Alors que va-t-il se passer quand deux IA conversent entre elles sans intervention humaine (Be quiet, the AIs are talking) ? Vont-elles pouvoir s’échanger ce qu’elles auront découvert comme par exemple la démonstration décrite dans l’exemple précédent ? Au quel cas auront-elles l’outrecuidance de se gausser de leurs concepteurs ? Quand la réalité dépasse la fiction !