Des biais pour tous

février 6th, 2021
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L’étymologie n’en est pas connue avec certitude, mais le terme évoque la notion d’obliquité, la perte d’une direction droite. Ainsi en est-il en couture : pour faire un biais, on doit couper en diagonale ce qui donne de l’élasticité au produit obtenu. En statistique, un biais est une démarche qui introduit une (des) erreur(s) dans le (s) résultat(s)s d’un étude. Quant au biais cognitif (très à la mode) il concerne une déviation de la pensée logique. Quelque soit le sujet auquel on se réfère quand on évoque un biais, on sous-entend une mauvaise direction cause d’une finalité dévoyée. Les études scientifiques ne sont pas exemptes de ce défaut et on insiste sur l’importance des biais de recrutement d’où une altération des résultats avec comme corollaire la possibilité d’un problème éthique sous jacent. Aujourd’hui ce problème éthique est évoqué à propos des études en éthologie animale (ICYMI: STRANGE Framework Addresses Bias in Animal Behavior Research) ayant abouti à la mise en place du cadre STRANGE : Social background; Trappability and self‐selection; Rearing history; Acclimation and habituation; Natural changes in responsiveness; Genetic make‐up; and Experience. Le protocole ainsi défini est particulièrement ambitieux et en complète deux autres qui l’ont précédé : PREPARE et ARRIVE. Tous les amoureux de la nature, augmentés ou faisant partie des amoureux de l’exactitude des protocoles expérimentaux animaliers ne peuvent que se réjouir. Néanmoins on se pose la question suivante : par exemple, comment était-il possible d’ignorer que la capture d’animaux sauvages modifiait leur comportement ? De la même façon, comment était-il possible d’ignorer que le recrutement de sujets exclusivement masculins et caucasiens n’était pas représentatif ? D’où des résultats biaisés dans les deux cas. Quelle signification doit-on attribuer à une si longue « ignorance » ?

Le Doute et l’Incertitude

janvier 26th, 2021
Citation Jean-Paul Sartre doute : Je préfère le désespoir à l'incertitude ....

Parce que la faillibilité est consubstantielle à la nature humaine, s’il est absolument indispensable de ne pas assimiler doute et incertitude, il est tout aussi indispensable de reconnaître qu’ils sont indissociablement liés. Si le doute est le principe moteur pour Descartes puisqu’il le conduit à la preuve de son existence, l’incertitude est la base de la physique quantique : on ne peut donc leur nier une incontestable valeur même s’il s’agit de deux champs quelque peu éloignés. Aujourd’hui l’humanité confrontée à de nouveaux défis se doit de douter dans ce moment d’incertitude extrême pour faire front et mettre en oeuvre un indispensable acte de résistance (Uncertainty can sharpen our thinking). L’incertitude convoque la réflexion et élargit le champ des investigations, le doute autorise la remise en question : tous deux travaillent de concert. L’épistémologie est la preuve de l’efficacité de cette association mais aussi de son absolue nécessité. Il est à la fois impératif de bannir à jamais la vulgate populaire selon laquelle « Dans le doute abstiens toi » pour faire sienne cette autre « Il faut douter de tout, c’est la seule certitude ».

Le Complot en question

janvier 21st, 2021
VIDÉO - Les 10 théories du complot les plus répandues

Que l’on se réfère à la définition donnée par le Dictionnaire Littré ou celui de l’Académie Française, le terme « complot » a pour sens « une action secrète qui a pour but de nuire ». L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers justement parce qu’il est raisonné, n’est-on pas au siècle des Lumières, ajoute à la définition plusieurs domaines dans lesquels peut s’exercer ce qui porte aujourd’hui le nom de théorie du complot, complotisme ou conspirationnisme. Qu’il se situe dans le registre de la morale, de la logique ou du droit commun selon Diderot et D’Alembert, le complot appartient tout autant au passé, au présent qu’à l’avenir car il est à l’évidence terriblement attractif (What makes conspiracy theories so appealing?) et peut-être est-ce la raison pour laquelle il défie le temps. Un groupe d’individus qui adhère à la théorie du complot est en quête d’une explication à un état de faits qu’il n’accepte pas. L’irrationalité ressentie appelle une démonstration qui se veut rationnelle mais dont les arguments ne le sont pas. C’est l’épistémologie qui renseigne le mieux sur cet autre biais cognitif : l’individu ne possède qu’un très petit nombre d’outils du savoir, néanmoins une grand partie des informations qui sont en sa possession sont vraies et donc de nouvelles informations deviennent-elles facilement acceptables comme l’étant parce qu’elles se noient dans les précédentes. Comme par ailleurs l’individu a tout autant que la nature horreur du vide, il préfèrera une explication quel quelle soit à son absence ! Dès lors comment faire, sinon reconnaître l’existence et la force du doute positif. !

Un pour tous, tous pour un

janvier 16th, 2021
Vecteurs pour Coopération, Illustrations libres de droits pour Coopération  | Depositphotos®

Elle appartient à la classe des Electrophoridae ou Gymnotidae, du genre electrophorus : c’est un poisson d’eau douce, l’anguille électrique. Elle appartient à la classe des Insecta du genre Abeille Européenne, l’abeille mellifère. La première se caractérise par sa capacité à produire des décharges électriques à partir de plaques électriques situées dans la partie postérieure. Isolément une anguille peut émettre des décharges atteignant 860 volts mais elles peuvent aussi se regrouper jusqu’à cent individus entourant leurs proies (Electric eels can supercharge their attacks by working together). Une dizaine suffira à étourdir les heureux élus grâce à une décharge de 8600 volts ! L’anguille électrique suit donc, sans la connaître, la loi universelle d’additivité des tensions dans un circuit en série. L’abeille mellifère possède un microbiote intestinal, ce n’est pas vraiment étonnant. Ce qui l’est plus c’est qu’il influe sur le CHC (hydrocarbures cuticulaires) permettant d’identifier des individus hostiles (Honeybee Microbes Shape the Colony’s Social Behavior). Ainsi le microbiote joue-t-il un rôle dans la biologie sociale de l’abeille dont on connaît depuis longtemps la vie en colonie avec ses trois castes. L’éthologie animale est loin d’avoir livré tous ses secrets, sa complexité est plus la règle qu’une quelconque simplicité.Est-on pour autant autorisé à parler de culture animale comme on parle de la culture humaine (D.Lestel, https://fr.wikipedia.org/wiki/Dominique_Lestel) comme on parle de la culture humaine ?

Même pas besoin !

janvier 12th, 2021
Visage déstructuré ( mauve) - Vente de bijoux fimo en ligne - VISAGES fimo

EEG ou Electro-Encéphalo-Gramme : technique d’enregistrement de l’activité électrique cérébrale spontanée. La moins invasive se pratique à travers le scalp et les enveloppes méningées : elle nécessite la pose d’électrodes au niveau du scalp en regard de zones privilégiées. Ce type d’exploration a permis de mettre en évidence l’existence d’ondes spécifiques de l’état de veille et de celui du sommeil. Comment qualifier l’enregistrement d’une activité électrique comparable à celle du sommeil quand l’animal, chez lequel cet examen est pratiqué, ne possède pas de structure cérébrale (https://www.livescience.com/sleep-brain-evolution-hydra.html?utm_source=notification) ? Et donc, comme le dit si bien l’article sus cité « Notre cerveau a besoin de sommeil pour fonctionner correctement. Mais il s’avère que vous n’avez pas besoin d’un cerveau pour dormir » . Quel peut-être l’intérêt d’une telle découverte ? Postuler la possibilité que la nécessité physiologique du sommeil ait précédé la structure cérébrale en tant que telle et qu’il y ait eu disjonction entre l’évolution de la structure et l’état physiologique périodique qu’elle sous-tend. Cela suggère de modifier un mode de pensée trop habituel. Faire aller de pair structure et fonction dans le champ spatio-temporel !

Persiste et signe !

janvier 10th, 2021
Comment éviter la pensée de groupe - A man in the arena

C’était il y a deux ans, Avi Loeb présentait Oumuamua, preuve de l’existence d’une vie extra terrestre et aujourd’hui, il aimerait beaucoup être pris au sérieux (An alien machine already visited us, Harvard astrophysicist still contends). Alors, pourquoi donc ne le croit-on pas ? Et pourquoi est-il si personnellement atteint par ce refus de la communauté scientifique des astrologues ? A la première question se rattachent des explications scientifiques d’ordre physique quant à l’objet incriminé comme sa forme à partir de sa lumière, ou bien sa vitesse de déplacement. Avec la seconde question on entre dans le domaine de la psychosociologie, ce qui est au moins tout aussi intéressant ! L’auteur évoque en effet ce qui est appelé « la pensée de groupe« . Les biais cognitifs étant actuellement à l’honneur, il semble bien que ce concept (1952) en fasse partie : le groupe devenu prévalent impose sa vision, ses décisions et ainsi se conforte. Et donc ce mystérieux petit cigare interstellaire autorise l’auteur à acquérir la dimension du héros seul contre tous. Même si le biais cognitif est une distorsion qui introduit l’irrationalité dans une démarche, il a pour fonction chez celui qui le pratique, de rationaliser sa perception en rétablissant sa posture par rapport à ses semblables. Mais attention, le bouc émissaire rode en embuscade !

Intéressant …

décembre 30th, 2020
Chloroplaste: définition, structure, rôle

Cette célèbre comptine, « Mon beau sapin, roi des forêts, tu gardes ta parure » composée en allemand (1824) par Ernst Anschütz, et abondamment traduite, pose une question intéressante : pourquoi le sapin de Noël garde-t-il si bien sa verdure qu’il soit ou non coupé en cette période qui lui est souvent fatale ? Certes, chacun sait que passé un certain temps, le tapis sur lequel on l’a dressé se jonche de ses épines qui restent encore pour longtemps toujours aussi vertes. Mais dans cet occurrence, rien que de très normal. Ce qui l’est moins et qu’avait donc remarqué  Ernst Anschütz c’est la persistance inaltérable de la couleur verte au fil des mois, avec ou sans ensoleillement. Et c’est justement cet état de fait qui aurait du interroger tous ceux qui entonnent en choeur la comptine citée plus haut. Mais à partir d’aujourd’hui ils pourront chanter apaisés, car la science peut leur fournir la réponse (Conifers can be green because of a photosynthetic short-cut, https://www.sciencedaily.com/releases/2020/12/201223125739.htm). Il ne s’agit ni plus ni moins que d’un raccourci dans la machinerie qui gère la photosynthèse, un simple problème entre la température et les réactions biochimiques ! Un simple changement au niveau des membranes, particulières aux chloroplastes (connus depuis 1862), autorise un raccourci qui assure la photosynthèse dans ces conditions particulières. Simple, mais il fallait y penser !

Agents moraux artificiels

décembre 21st, 2020
https://www.philomag.com/sites/default/files/styles/newsarticle1x1/public/images/web-machine-niv-3.jpg
  1. Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger, 2 : Un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi : 3) Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi. Il s’agit là des trois lois de la robotique selon I. Asimov. En 1942, tous les robots à cerveau « positronique « se doivent d’obéir impérativement à ces principes qui s’apparentent à une conscience en fait assez proche de celle des humains. Aujourd’hui certains se posent la question de savoir s’il n’existe pas un biais de recrutement à visée thérapeutique en raison de l’utilisation d’algorithmes. Ce biais se traduit par un choix défavorisant la population noire au regard d’une donnée biologique affectée d’un « facteur de correction basé sur la race » (Is a racially-biased algorithm delaying health care for one million Black people?, https://www.nature.com/articles/d41586-020-03419-6) . Et c’est alors qu’intervient le concept d’algorithme équitable (What Does a Fair Algorithm Actually Look Like?, https://www.wired.com/story/what-does-a-fair-algorithm-look-like/). Or l’algorithme, un des piliers de l’intelligence artificielle, a pour finalité un acte décisionnel qui doit être le plus juste, voire plus juste que celui qu’un homme pourrait prendre. Une éthique de l’intelligence artificielle a donc vu le jour : elle doit répondre à des agents moraux artificiels en fonction des quels la machine deviendrait responsable mais comment ?

Changement de paradigme

décembre 10th, 2020
Perseverance préparé pour le 30 juillet - Cité de l'Espace

« … m’inspirant un divin langage pour me faire chanter le passé et l’avenir, elles [les muses] m’ordonnèrent de célébrer l’origine des bienheureux
Immortels
… » C’est par ces mots qu’Hésiode certifia la vérité des propos qu’il tenait concernant la naissance du monde  » … Au commencement exista le Chaos, puis la Terre à la large poitrine …  » Gaia, la Terre, est la première des divinités chtonienne ou tellurique. Cette origine de la vie que l’homme cherche depuis Hésiode à tout le moins, a donc d’abord été dévolue à la terre mais les avancées de la science, surtout depuis Ch. Darwin en 1871, attribuèrent à l’eau le berceau de la vie  » … l’étincelle de vie d’origine peut avoir commencé dans une petite mare chaude … ». Le concept de la soupe primordiale gagna ses lettres de noblesse en 1953 après les expériences de Miller-Urey et l’eau en était toujours le facteur premier. Aujourd’hui il semblerait bien que la terre reprenne la place qui lui avait été ravie (Was the cradle of life a puddle?) ! Car l’eau ne serait pas si innocente qu’elle en a l’air puisqu’elle tout autant meurtrière que bénéfique. Le processus privilégié serait donc un séchage intermittent, associant humidité et sécheresse, ce qui constitue un phénomène simple et ordinaire. Certains imaginent même par ailleurs une analogie avec la théorie darwinienne telle que les molécules les plus fragiles seraient détruites dans la phase aqueuse au bénéfice des plus robustes ! Et c’est donc à la recherche de fossiles d’avant la vie que depuis 1960, des missions partent pour Mars, la planète tellurique qui pourrait redonner à Gaïa ses lettres de noblesse.

Est-ce une question d’actualité ou pas ?

décembre 3rd, 2020
ETHIQUE DE CONVICTION, ETHIQUE DE RESPONSABILITE. - saint-lô citoyens

N’en déplaise aux anti-vaccins, les vaccins sauvent des millions d’individus de par le monde, nombre heureusement en progression constante depuis la vaccination anti variolique au XVIIIème siècle par Jenner. Depuis l’antiquité on avait pris conscience du fait que les individus ayant souffert de certaines maladies, qui se sont révélées être de nature infectieuse, ne présentaient plus les mêmes symptômes. Edward Jenner inocule la vaccine des vaches et les sujets ainsi traités préventivement ne contractent pas la variole lors des épidémies. Pasteur met au point le premier vaccin atténué et les vaccins de nature différente vont ainsi se succéder au fil des décennies. Sans l’expliciter, on se sert bel et bien depuis le début de ce que l’on appelle une population témoin. Sans témoin, pas de comparaison possible et donc pas de résultat, mais il est certain que la notion même de témoin peut poser éthiquement question. En effet, pour le bien de tous, ne met-on pas en place un possible sacrifice de quelques uns, même s’il est choisi ? On pourrait de plus se poser des questions quant au choix lorsque ce dernier repose sur une rémunération du sujet d’expérience. Aujourd’hui vient s’ajouter un espace temps qui d‘incompressible devient » par la force des choses « compressible (Why emergency COVID-vaccine approvals pose a dilemma for scientists, https://www.nature.com/articles/d41586-020-03219-y?WT.ec_id=NATURE-20201203&utm_source=nature_etoc&utm_medium=email&utm_campaign=20201203&sap-outbound-id=187E851760EC1E3FAF86DFDAEBCD5B88A04F8705). Cette urgence dans l’obtention du résultat obère peut-être sa validité même puisque dans le même temps il existerait une autre urgence un taux de mortalité statistiquement prévu. Lorsque deux temporalités s’entrechoquent, c’est le processus décisionnel qui s’en ressent. Le fait qu’il s’agisse dans le cas présent d’une décision collective et non individuelle est un autre bras de la réflexion. Mais ce n’est pas un arbre décisionnel, il n’y a toujours que deux options, Max Weber l’avait parfaitement exprimé : l’éthique de responsabilité, celle de l’homme d’action, et l’éthique de conviction, celle du respect d’une valeur.