Le monde hypothétique

septembre 18th, 2022

Pourquoi ne parle-t-on que de monde virtuel et jamais de monde hypothétique ? Le premier est « un monde artificiel crée par un logiciel informatique » que plusieurs utilisateurs peuvent partager. Les lois qui le régissent peuvent être celles du monde ordinaire mais aussi s’en émanciper totalement. Le second est la propriété exclusive de chacun « il inclut tout ce que nous savons ou pensons savoir. Cela inclut notre interprétation du passé et nos attentes pour l’avenir, nos projets et nos préjugés. » (https://traumatheory.com/the-assumptive-world-theory-of-trauma/). Or si le premier n’a normalement que peu d’impact sur la vie quotidienne, le second en a au contraire beaucoup car il est constitutif des relations para-sociales. Aujourd’hui le décès d’une souveraine connue dans le monde entier est la cause d’un chagrin qui s’exprime publiquement « urbi et orbi » (Why are people grieving for a queen they never met?) riche en signes d’une affliction réelle. Bien qu’il s’agisse d’une personnalité hors d’atteinte pour le commun des mortels, ceux-ci ressentent un véritable sentiment de deuil, de perte comparable à la perte d’un proche. Ainsi ce deuil d’une souveraine est-il la partie émergée de de ce monde hypothétique avec lequel chacun vit sans le savoir. Inconnu de chacun il constitue pourtant une bulle de vie qui se manifeste par sa rupture quand survient un évènement qui brise les hypothèses sur lesquelles il s’est construit. Ce monde hypothétique serait alors l’équivalent de barrières protégeant l’individu d’une liberté absolue et terrifiante selon Kierkegaard (https://traumatheory.com/the-assumptive-world-theory-of-trauma/). Ce qui retient l’attention dans le concept de traumatisme, c’est que perte de sens est synonyme de disparition du monde hypothétique ! A-t-on vraiment besoin d’explorer des mondes virtuels ?

C’est quoi le mieux ?

septembre 9th, 2022

Deux nouvelles possibilités à expérimenter si l’on veut vivre plus dangereusement mais sans pour autant adopter un masque de réalité virtuelle. Si l’on veut « doper » ses capacités mémorielles, on peut dors et déjà faire appel à l’utilisation du courant électrique (Electrically Zapping Specific Brain Regions Can Boost Memory). Cette technique pourrait à certains, parmi les plus anciens, rappeler de mauvais souvenirs (sans jeu de mot) car ils ne peuvent avoir oublié la technique de l’électro choc pratiquée dans certaines circonstances en psychiatrie. Méthode « barbare » dont on ne connaissait pas le mode d’action et dont les résultats peuvent toujours être considérés comme variables ! La différence avec la méthode utilisée est le choix de la zone stimulée et la fréquence parfaitement définie. Mais si contrairement à la sismothérapie, les résultats sont convaincants on ne sait rien du/des processus responsable(s). On peut également jouer à se faire peur (How Fear Restructures the Mouse Brain) et là, ô miracle, la capacité de stockage des informations augmentent, mais attention, il ne s’agit encore que de la souris ! Quoiqu’il en soit, a condition de préciser exactement de quelle mémoire il s’agit, ce qui est indispensable, il existerait deux techniques pour agir sur les capacités mémorielles : une stimulation électrique, mais pas n’importe laquelle ou bien une mise en situation de peur, mais peut-être pas non plus n’importe laquelle ! Le choix va s’avérer cornélien !

Rencontre avec son double !

septembre 2nd, 2022

Bien que, ou peut-être parce que justement une telle rencontre est peu fréquente, la vulgate assumait qu’il était particulièrement peu recommandé de rencontrer son sosie, sous peine d’une mort imminente. Quand il s’agit de jumeaux, l’avenir est moins noir, encore que la gémellité chez les anciens s’accompagne souvent d’avenirs brisés, dont le plus connu est peut-être celui de Romulus et Remus, mais dont Clytemnestre et Castor sont également des représentants malheureux. Dans l’étude « Look-alike humans identified by facial recognition algorithms show genetic similarities » (https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2211124722010750), aucun mauvais présage à redouter mais une information, peut-être pas si inattendue que cela. Aujourd’hui, le thème est à la mode puisque la recherche de ses ancêtres se double de celle de ses sosies, à partir de sites dédiés. Mais existe-t-il « une explication génétique de ces étonnantes paires d’individus semblables » ? L’étude repose sur l’utilisation de logiciels de reconnaissance faciale à partir desquels a été pratiquée une analyse génétique comparative. Les résultats ont montré que plus les morphotypes de deux individus sont proches, plus ils partagent de similitudes génétiques. Heureusement, ces individus étudiés n’avaient pas d’ancêtres communs. L’échantillonnage est encore petit, néanmoins, il semble bien que les différences relèvent des processus de méthylation de l’ADN, ainsi que du microbiome de chacun , deux données qui s’inscrivent dans le domaine de l’épigénétique. Sans entrer dans l’étude d’autres propriétés que celle qui s’intéresse à la construction corporelle, voilà une nouvelle façon d’aborder la problématique de l’inné et de l’acquis !

Quand manquent les mots !

août 27th, 2022

On ne le dira jamais assez, l’homme ne voit le monde qu’à travers SON image, incapable qu’il est d’avoir trouver des mots appropriés à d’autres règnes que le sien ! Ainsi en est-il du vocabulaire employé dans l’article Prokaryotes Are Capable of Learning to Recognize Phages. Et donc, des organismes unicellulaires, dépourvus de noyau, on la faculté d’apprendre à reconnaître des virus spécifiques de bactéries. On parcourt un monde du petit, et même s’il ne s’agit pas de l’infiniment petit, le procaryote dépourvu des organites spécifiques de l’eucaryote, est pourvu de la capacité d’identifier. Mais il ne faut pas se méprendre, le système qui lui apporte cette fonction, repose sur des récepteurs de reconnaissance. Il existe différents types de récepteurs mais de façon très générale, un récepteur, peut être assimilé à une serrure sur laquelle fonctionne une clef. : la bonne clef initie un message spécifique. Ce message sera suivi d’effet(s) selon une suite de réactions en cascades. Comme l’aurait dit un célèbre fabuliste  » … savoir quoi ce n’est pas l’affaire, Ni de quel juge l’on convint … » ce n’est pas tant l’étude des similitudes des protéines structurelles des systèmes de défense des procaryotes et des eucaryotes qui interroge, encore que pour les scientifiques l’intérêt soit réel (!), mais la pauvreté des mots adaptés et donc disponibles dans le domaine scientifique. On pourrait se poser la question suivante  » Utiliser le langage courant aide-t-il à comprendre ce qui n’est pas courant ?  » Mais il est plutôt vraisemblable que fidèle à lui-même depuis la nuit des temps, l’homme soit resté autocentré : s’il sait que la terre n’est pas le centre du monde, il est resté celui autour duquel tout tourne, d’où un langage anthropocentré !

ONIROLOGUE : un métier d’avenir

août 19th, 2022
Peinture onirique : le rêve dans l'art - Magazine Artsper

Il existait plusieurs mots en grec ancien pour le mot français « rêve ». C’est le plus ancien « ὄναρ » lui-même à l’origine de « ὄνειρος » , qui est a donné naissance aux mots de la famille du terme « onirique ». En fait « ὄναρ« , c’est le songe nocturne, celui que les dieux offrent à l’homme comme outil de médiation, c’est un message divin. L » « ὄνειρος » est animé, c’est la personnification de l' »ὄναρ« . Comme on peut le constater, dès l’antiquité le rêve n’est pas une entité simple puisqu’il se rapporte à un message personnifié. Mais qu’il ne soit pas simple peut être considéré comme normal, puisqu’il reproduit de façon plus ou moins altérée ce que vit l’homme lorsqu’il est éveillé. Le sommeil n’a-t-il pas été qualifié de « petite mort », ce qui est par ailleurs tout a à fait logique quand on se souvient qu’Hypnos, dieu du sommeil était frère jumeau de Thanatos, dieu de la mort. Quoiqu’il en soit, il fallait bien que le sommeil et ses rêves servent à quelque chose et c’est une des raisons pour lesquelles il fut le sujet d’études dans bien des domaines dont le domaine scientifique en particulier par le biais des enregistrements électro-encéphalographiques dont les chats furent les premiers « bénéficiaires » dès 1958. N’en déplaise, une fois encore à Descartes et son animal machine, il se pourrait bien que le sommeil des animaux partage beaucoup de caractères communs avec celui de l’homme. Si personne ne s’étonne que le chat ait servi de modèle dans l’étude du sommeil chez l’homme, c’est maintenant le chemin inverse qui s’écrit quand c’est le sommeil des animaux qui interroge sur leur faculté de rêver (When Animals Dream/https://irishtechnews.ie/when-animals-dream-by-david-m-pena-guzman/, Sweet dreams, spidey: Arachnids experience REM sleep, and may even dream) à l’instar de cette capacité humaine qui ne lui serait donc pas réservée en propre !

Elle sait prendre son temps !

août 4th, 2022
Mythologie grecque : Gaia

Un pingouin qui a des ailes pour voler (Over 60 million years ago, penguins abandoned flight for swimming. Here’s how) et un requin qui marche dur terre (‘Walking sharks’ caught on video, astound scientists) ! La nature n’en finira pas d’étonner celui de ses habitants qui parle le plus fort, l’homme. C’est lui, le créateur de l’anthropocène, cette nouvelle ère incluse dans le cénozoïque et qui, si les prédicateurs de l’apocalypse ont raison, pourrait aussi être celui qui y mettra un terme. Pourtant si l’on en croit les études sus citées, il y a soixante millions d’années, les pingouins volaient tandis qu’aujourd’hui les requins Hemiscyllium ocellatum, peuvent grimper sur des récifs et regagner l’élément liquide quand la profondeur en redevient suffisante. Autre merveille, inspirante, l’immortalité possible de la Turritopsis dohrnii qui a la possibilité de redevenir polype avant de reprendre sa forme de méduse (The longest-living animals on Earth). Mais les découvertes n’ont pas encore dit leur dernier mot ! Une méga faune marine vient en effet d’être découverte au fond de l’océan pacifique dont des espèces parfaitement inconnues (‘Gummy squirrel’ found in deep-sea abyss looks like a stretchy half-peeled banana). Ne serait-on donc pas en droit de se poser la question de savoir si toutes ces projections défaitistes ne sont défaitistes que parce qu’elles ne tiennent pas compte (mais le peuvent-elles ?) des échelles de temps consubstantielles aux systèmes évolutifs. Si des extinctions biologiques ont bel et bien eu lieu, à l’évidence aucune d’entre elle n’a été définitive ! La théorie selon laquelle la Terre se comporte comme une entité autorégulatrice (Gaia Theorist James Lovelock Dies at 103) pourrait ne pas être totalement absurde !

Bis repetita placent .., vraiment ?

juillet 25th, 2022
Dessin d'une personne vêtue d'une robe, d'un masque à bec, d'un chapeau haut de forme et de lunettes portant un bâton maigre

C’est ce qui devrait se produire, malheureusement ce n’est que rarement le cas et il arrive bel et bien que l’exemple ne devienne pas matière d’expérience. Que l’on en juge (Masking Up, 1619 to present). Charles de Lorme, fils du médecin de Catherine de Médicis et lui-même médecin de plusieurs membres de la famille royale fut à l’origine du costume des médecins « de la peste » au XVIIème siècle : »le costume comprenait un bec rempli de parfums et un chapeau et des vêtements en cuir levantin, tous destinés à empêcher un médecin de tomber malade de la peste bubonique lors de la visite de patients malades en quarantaine« . Peu seyant certes il jouait probablement un certain rôle dans la protection d’autant que le porteur du masque était également tenu à observer une certaine distanciation par rapport à son malade. Il est intéressant de noter que déjà en ce siècle des critiques s’élevèrent contre ceux qui adoptaient la dite tenue. Les germes n’étaient pas connus et donc si responsable il y avait c’était le médecin que l’on moquait pour son goût du lucre ! Avec la connaissance des germes et de quelques uns des modes de contamination, le masque devait acquérir une certaine légitimité mais dans des limites identiques à celles qui se sont fait jour avec la survenue de la pandémie de Covid 19 (novembre 2019, Wuhan). A la suspicion d’inefficacité de ce moyen de protection est venue s’ajouter la théorie d’un complot mondial que la vaccination mise sur la marché « trop rapidement » n’a fait qu’amplifier. Les processus cognitifs de l’humanité dont les biais sont une plaie pour son amélioration ne changent pas. Pire, ils se servent des progrès de la technique pour les amplifier et ne sont donc pas prêts de disparaitre !

Responsable mais pas coupable

juillet 19th, 2022
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Bien sûr, cinq cent trente ans représentent une durée suffisamment longue pour que les responsables aient disparu et que par ricochet leur culpabilité se soit effacée d’elle même ! Et pourtant il n’en est rien, puisque l’on apprend toujours que ce furent Christophe Colomb et les occupants de ses trois navires après son premier voyage en 1492, qui eurent l’insigne honneur de rapporter en Europe un mal inconnu mais porteur d’un bel avenir. Il est donc temps de remettre les pendules à l’heure. L’Europe connaissait déjà le mal, qui aurait donc été précolombien (Manuscripts and Art Support Archaeological Evidence that Syphilis Was in Europe Long Before Explorers Could Have Brought It Home From the Americas). Dans la mesure où il existe des lésions anatomiques, macroscopiques, leur constatation permet d’établir un diagnostic a posteriori, merveille des documents. Que ce soit l’étude de modifications squelettiques, que ce soient des modifications artéfactuelles que sont les oeuvres d’art, toute preuve est bonne à prendre. Si l’article cité n’évoque aucunement l’origine géographique du mal, il est intéressant de s’arrêter sur ce que l’auteur considère comme une preuve de que ce mal ne peut être confondu avec deux autres maladies comparables mais non sexuellement transmissibles. Que l’on considère donc dans ce tableau datant de 1400, les deux tortionnaires de Jésus. Ceux-ci sont affublés d’un « nez en selle » caractéristique d’une syphilis congénitale. Et donc si l’on reprend le raisonnement suivi par l’auteur : 1) les hommes ayant torturé le Christ sont « forcément » des pêcheurs, 2) ils ont un « nez en selle », 3) ils ont forcément une syphilis congénitale ce qui sous-entend sexuellement transmise DONC la syphilis existait en Europe avant 1492. CQFD. Le lecteur est-il en droit d’en conclure que l’auteur est un chrétien intégriste .. Heureusement pour lui, il existe aussi des signes de syphilis osseuse sur des squelettes datant du XIIIème siècle ce qui est peut-être plus scientifique que le raisonnement émis à propos du tableau !

La mauvaise réputation

juillet 4th, 2022
La Mer

Parmi les monstres marins, le kraken est une créature terrifiante pouvant saisir la coque d’un navire, noyant les marins parfois même allant jusqu’à les dévorer. Beaucoup plus tôt, les grecs avaient frappé monnaie, le tétradrachme avec une pieuvre pour emblème. Mais loin du kraken, l’effigie choisie par les Erétriens des VI et Véme siècle av. J.-C symbolisait leur indépendance insulaire par leur choix d’un animal marin auquel ils reconnaissaient une réelle intelligence. Entre ruse et férocité, les résultats des études s’acheminent vers l’octroi à ce céphalopode, de la famille des octopodidae, d’un réelle intelligence, Octopuses may be so terrifyingly smart because they share humans’ genes for intelligence. Parler d’intelligence n’est pas faire preuve d’anthropomorphisme dans la mesure où le terme repose sur l’existence d’une famille de gènes que partage l’homme et le poulpe : les gènes sauteurs ou transposons. L’homme et la pieuvre ne sont pas seuls à se partager ces « courtes séquences d’ADN » qui peuvent se déplacer, se copier d’un endroit à un autre sur les chromosomes : on les retrouve dans nombre d’espèces, de bactéries, de végétaux. Ils sont impliqués dans le processus de l’évolution, ils peuvent être bénéfiques tout autant que délétères, en sommeil ou actifs. Ainsi certains transposons de la famille LINE ont-ils été retrouvés à la fois dans le génome de la pieuvre et de l’homme. Or « ces gènes sauteurs LINE pourraient avoir une forte implication dans des processus d’apprentissage et de la mémoire« , ils sont particulièrement actifs dans des zones impliqués dans l’apprentissage, au niveau de l’hippocampe chez l’homme et le lobe vertical chez le poulpe. Donc on peut vraiment dire de la pieuvre qu’elle partage avec l’homme certaines des qualités qui permettent de parler d’une forme d’intelligence. Mais on peut aussi réfléchir sur le phénomène de l’évolution convergente qui stipule que des organismes différents acquièrent des caractères similaires en dehors d’un ancêtre commun. L’inexplicable parvient une fois encore à être expliqué !

Il préside aux choses du temps ….

juillet 2nd, 2022
Une alimentation à mesurer à l'aune de l'horloge biologique

« Mais c’est un dieu fort inquiétant » dont, quoique l’on en dise, on pourrait se servir sans pour autant l’asservir ! En 2017 le prix Nobel de Médecine fut attribuer à deux chercheurs américains pour leurs travaux portant sur les mécanismes moléculaires régulant les rythmes circadiens, communément appelés horloge biologique. Il existe une horloge maitresse qui régule des horloges secondaires. « Les lauréats ont isolé un gène qui contrôle le rythme biologique quotidien. Ils ont montré que ce gène, qu’ils ont appelé « period », code pour une protéine (PER) qui s’accumule dans le noyau de la cellule pendant la nuit, puis se dégrade pendant le jour. Ils ont ensuite montré, en précisant l’intervention d’autres gènes et d’autres protéines, que la protéine PER bloque l’activité du gène Period au moyen d’une boucle de rétroaction inhibitrice et régule ainsi sa propre synthèse dans un rythme continu et cyclique« . Déjà connue antérieurement la biologie dite circadienne a pris un essor considérable à partir de cette date et la publication Cancer cells wake up when people sleep en est un exemple particulièrement intéressant. Non seulement la démonstration explique des erreurs qui ont pu/du se produire mais elle constitue le point de départ de thérapeutiques ciblées. Passer du prêt à porter en thérapeutique à du sur mesure a tout été le graal de la médecine curative, la médecine préventive en étant l’autre versant !