L’art et l’écriture

janvier 10th, 2023

Avant le temps de l’histoire, c’est la préhistoire et la frontière intangible entre les deux époques, c’est l’écriture. Mais, et c’est là toute l’ironie de cette frontière, si l’on ne doit pas y toucher, on ne peut pas non plus la toucher ! En effet il est encore impossible de la situer dans le temps avec précision. L’activité humaine que l’on est en droit de qualifier d’art, puisqu’il s’agit d’une production non naturelle, est connue grâce à ce que l’on nomme les artéfacts que l’on s’attache à dater au moyen de techniques de plus en plus sophistiquées. Encore faut-il qu’elles aient défié les attaques du temps, c’est à dire que leur support ait pu résister pour avoir été retrouvés et reconnus comme telles. Les peintures pariétales ou rupestres font partie de ces manifestations humaines de la préhistoires essentiellement animalières, les hommes y étant rarement représentés. La plus ancienne d’entre elle, un porc sauvage, daterait de quarante cinq mille cinq cents ans av. J.-C. Lorsque la datation est possible, les mains pariétales sont datées de vingt sept mille ans. Mais il est des mains qui ne comptent pas cinq doigts et la question se pose déjà de savoir s’il s’agit d’anomalies innées ou acquises. Une autre possibilité existe : celle d’une signification donnée à cette anomalie. Est-ce l’indication d’un nombre ou d’une direction ? En d’autres termes, si le mot n’est pas écrit, cette main porte-t-elle un sens autre que celui d’être une main ?. Des points, traits et figures en Y surchargeant des représentations animalières vont plus avant (20,000-year-old cave painting ‘dots’ are the earliest written language, study claims. But not everyone agrees). Il pourrait s’agir d’indications portant sur des comportements saisonniers d’animaux sauvages, proies des chasseurs du paléolithique. Si cette hypothèse est confirmée, ce qui n’est pas encore le cas, la complexité de ces dessins s’accroit puisque l’homme a trouvé le moyen de donner plusieurs informations à partir de sa représentation picturale. Si ce ne sont pas des mots, celui qui voit le dessin en comprend la complexité. Ce qui invite à poser l’hypothèse d’une « proto écriture » vieille de vingt mille ans quand on date l’apparition de l’écriture à trois mille cinq cents av. J.-C. ! Les points, lignes et figures en Y valent-il déjà concept de nombre ou de repères dans le temps ?

Une vie de transparence !

janvier 3rd, 2023

Vivre au vu et au su de tous et de chacun ne peut être nécessairement considéré comme une sinécure. A vrai dire, on ne connait pas de cas chez l’humain et la maladie dite des os de verre ne signifie pas que les dits os sont transparents (comme le verre) mais particulièrement fragiles. Chez les animaux au contraire, la situation est loin d’être rare. Qu’on en juge : vingt d’entre eux sont répertoriés sur la toile, principalement des animaux marins. Celui dont il est question, est une grenouille, famille des Centrolenidae , dont il existe, quand même cent cinquante six espèces. Un des problèmes de la vie des amphibiens, mais pas qu’eux, concerne les prédateurs auxquels ils ont à faire face. Si la transparence de leurs organes n’est pas en cause, c’est la non transparence de son système vasculaire qui pose problème. En effet les hématies qu’il renferme vont trahir leur présence et le danger s’accroit avec l’immobilisme couplé à l’absence de défense durant la phase de repos de l’animal. Il est évident que si Épiméthée n’en avait pas été conscient, les grenouilles de verre n’auraient bénéficié que d’une très courte existence ! Mais ce n’est pas le cas, puisqu’il les a dotées d’une capacité qui leur permet de parer à ce défaut. Elles deviennent exsangues (Glass frogs hide their blood when they sleep) : plus de sang, plus de visibilité ! La séquestration est efficace. Reste une question à laquelle les scientifiques ne savent pas « encore » répondre. Comment peuvent-elles dormir sans hématies et survivre ?? Ce n’est plus « mirabile visu » mais « mirabile [non] visu« 

Un bon principe : celui de simplicité

décembre 24th, 2022

Pour ceux qui auraient besoin d’étayer ce principe, il n’est besoin que de se référer à Guillaume d’Ockham qu’il ne faut pas confondre avec Guillaume de Baskerville, le personnage fictif crée par Umberto Eco, même s’ils évoluent tous les deux au XIVème siècle. Si le second se situe plutôt dans la lignée des moines enquêteurs médiévaux, le premier est un moine philosophe reconnu, dont la devise « Pluralitas non est ponenda sine necessitate » soit encore « les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité » sert de sujet à l’article What is Occam’s razor?. Beaucoup moins connue que la théorie du « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué », la théorie du « rasoir d’Occam/Ockham » est donc beaucoup moins suivie. Et pourtant ! Nombreux furent ceux qui vantèrent les bienfaits de la simplicité, toutes choses étant égales par ailleurs. Quelques siècles auparavant, Aristote et Ptolémée ne disaient pas autre chose, et quelques siècles plus tard, Einstein en était d’accord. Mais attention, rechercher la simplicité ne signifie pas nier la complexité ! En fait, ce qu’il faut c’est avoir conscience de la possible inutilité de la complexité, et ce n’est certainement pas le plus simple dans une démarche explicative d’un phénomène encore inconnu. Il convient donc d’utiliser le dit rasoir avec circonspection pour ne pas entraver la résolution de problèmes naturellement complexes. Ce que Wittgenstein a ainsi exprimé : « Si un signe n’a pas d’usage, il n’a pas de signification. Tel est le sens de la devise d’Occam ».

Instructif !

décembre 17th, 2022

Les nuages ont ceci de bien, c’est que leur nom reflète parfaitement leur aspect dans le ciel. Le cirrus évoque une boucle de cheveux, le stratus une étendue, le cumulus une boursouflure. S’ils peuvent sembler plus ou moins éloignés, c’est qu’ils se situent à des hauteurs différentes de la stratosphère. Pour les philosophes de l’Antiquité, la nature humide des nuages est acquise puisqu’ils émanent de la mer et des cours d’eau. Parce qu’il peut être plus ou moins vaporeux ou menaçant, il n’est pas vraiment incongru de se demander quel peut bien en être le poids ? Jusqu’à aujourd’hui il pouvait sembler difficile de répondre à la question à moins que de peser des millions de gouttelettes ! Mais ce n’est plus le cas puisque l’article How much does a cloud weigh? donne la solution. En assimilant, pour le cumulus par exemple, la forme du nuage à celle d’un cube et en tenant compte de la densité des gouttelettes d’eau, Margaret LeMone estime le poids à environ cinq cent cinquante tonnes , soit à peu près le poids correspondant à cent éléphants. on comprend que les gaulois aient eu peur que le ciel ne leur tombe sur la tête ! D’où la question corollaire : pourquoi ces cinq cent cinquante tonnent ne tombent-elles pas sur les épaules de la pauvre humanité au décours des épisodes pluvieux ? Pour ne pas être pris de panique, il n’y a qu’à penser à la taille des gouttelettes dans le nuage, aux courants des vents et à la convection thermique. Après quoi, toute inquiétude aura définitivement disparue …

Comme quoi !

décembre 4th, 2022

L’archéologie est un merveilleux domaine en ce qu’il offre à celui qui s’y consacre une lucarne sur le passé qui a conduit à l’homme d’aujourd’hui. Si la première étape consiste en des difficultés matérielles lors de la mise a jour de l’artefact, la seconde n’en est pas moins périlleuse. C’est celle de l’interprétation de la « chose découverte » et depuis que l’homme arpente son histoire, nombreuses furent les explications proposées, récusées, modifiées sans qu’il soit possible d’être certain que la dernière exégèse soit la bonne et donc garde sa place. En témoigne l’exemple suivant Ancient Egyptian mummification was never intended to preserve bodies, new exhibit reveals. Il était établi que l’homme était le « seul » du règne vivant reconnu pour enterrer ses morts. Certains animaux pourtant suivent des procédures spécifiques envers leurs congénères morts, comme les insectes, les éléphants, les chimpanzés. Pourtant ils ne suivent pas de processus rituels comme ceux dont l’homme fait preuve et dont il semble bien être le seul capable. Une manifestation de ces pratiques consiste dans le procédé de momification que l’on a retrouvé sous différents cieux. Le titre de l’article sus cité interroge d’emblée. Pourquoi expliquer la momification « uniquement » par le besoin de conserver les corps quand ceux-ci sont accompagnés à tout le moins d’objets de la vie courante du défunt ? Est-il difficile d’imaginer qu’une vie autre que terrestre est envisagée et que dans cette hypothèse, le mort a besoin de partir dans l’au delà avec une partie de ses biens. Peut-on vraiment croire que l’on procédait à la momification des corps comme on procédait à la conservation des poissons en se basant sur une similitude des produits utilisé pour ce faire ! D’où vient donc une telle interprétation, qui a jamais pu croire que l’on gardait les corps comme on conservait le poisson, sous entendu, pour le déguster plus tard ? Honte aux chercheurs victoriens. Par contre, la découverte de momies aux langues d’or (Gold tongues found in 2,000-year-old mummies in Egypt) peut-être parce que les temps sont autres propose d’emblée une interprétation plus conforme à l’idée de divin attaché au précieux métal. Que faut-il retenir ? Le poids de l’époque au regard de l’interprétation et/ou le rôle de l’origine de celui qui interprète ? Quoi qu’il en soit savoir ne pas se précipiter.

Parlez-vous extra terrestre ?

novembre 13th, 2022

On dit d’Anaximandre, philosophe présocratique qu’il fut le « premier » à envisager une pluralité de mondes extra terrestres habités. Cette croyance en des vies extraterrestres fut nourrie de plusieurs signes interprétés comme des « preuves » avant que des études archéologiques sérieuses n’en démontre l’origine parfaitement humaine. La littérature devait également s’en emparer mais il s’agissait dans ses débuts d’oeuvres à portée philosophique ou politique. La scientifisation de la société qui devait commencer avec le XVIII ème siècle, autorisa le genre littéraire dit de science fiction qui allait prendre un envol qui n’a toujours pas pris fin. Mais le clou de l’aventure est du à l’affaire de Roswell en 1947 dans la mesure où elle initie le règne des Objets Volants Non Identifiés, les trop fameux OVNI. Que l’on parle de Mythe ou d’Ufologie (ou ovniologie) la communauté scientifique continue à se poser la question de savoir si l’humanité est prête à établir le contact avec ces « autres venus d’ailleurs ». En 1970, « Pioneer 10 transporte un message de l’humanité dans les étoiles. Gravé sur une plaque d’aluminium anodisé à l’or de quinze centimètres sur vingt-deux, le message commémore la Terre et indique à quiconque le trouvera comment nous trouve » (https://www.nationalgeographic.fr › espace › 2020/09) . En 2022 l’Université Sait Andrews élabore un programme de coordination des recherches centrées sur la vie extra terrestre et ses rapports possibles avec l’humanité ( https://news.st-andrews.ac.uk/archive/do-you-speak-extra-terrestrial-research-hub-considers-response-to-life-beyond-earth/). On voit que la tentation reste grande de retourner au paradoxe de Fermi  » alors qu’environ deux cents milliards d’étoiles existent dans notre galaxie, et que très probablement, comme nous le savons assez précisément aujourd’hui, plusieurs centaines de milliards de planètes orbitent également autour d’elles, comment peut-il se faire que nous n’ayons pas encore été visités par de (nombreuses) civilisations d’extraterrestres ?« 

150 : Nombre fatidique !

octobre 31st, 2022

Des chiffres et nombres signifiants, il en est de connus : 7, 13. Des chiffres et des nombres essentiels, il en est de connus : 3,141, 2,718. Mais qui connait le numéro de Dunbar ? « nombre maximum d’individus avec lesquels une personne peut entretenir simultanément une relation humaine stable » (Are humans limited to 150 friends?). C’est le résultat auquel a abouti l’anthropologue Robin Dunbar en 1992 à partir d’un étude portant sur la taille du néocortex de différents primates comparée au nombre d’individus de leurs groupes respectifs. Ces résultats ont ensuite été extrapolés aux humains chez lesquels cette zone se caractérise par sa très grands complexité et son implication dans les fonctions cognitives supérieures. Entretenir des relations humaines stables est un processus qui a du se modifier au fil du temps, dépendantes qu’elles sont de la richesse de la société dans laquelle se situe l’individu étudié, du maintien de son intégrité eu égard à l’agressivité de l’environnement. De même l’expression de « relation humaine » peut recouvrir une large palette de perceptions sensorielles et tout autant d’expressions pouvant aller de l’empathie à un simple comportement social. Plus encore et même peut-être premier point, chaque individu se caractérise par son attitude de repli ou d’ouverture à l’autre. On voit donc combien ce nombre, dont « l’inventeur » a dit lui-même qu’il n’était qu’un nombre moyen, doit être retenu avec précaution. A l’heure des réseaux sociaux, la question se pose avec plus d’acuité encore : que sont les « followers » individus réels d’un groupe virtuel et les participants réels d’une rencontre festive ?

L’eau et la vie

octobre 17th, 2022

Toujours posée jamais résolue est l’origine de la vie sur terre. Jamais, peut-être pas, puisque un chemin semble se dessiner depuis l’idée de « la soupe primordiale » publiée par Alexandre Oparine en 1924. Selon ce biochimiste, il y aurait eu « … synthèse prébiotique d’acides mainés, de bases azotées des acides nucléiques, de sucres et d’acides gras à partir des éléments présents dans l’atmosphère de cette époque, susceptibles de former des coacervats« . Ce qui, aujourd’hui attire l’attention, c’est ce peu connu « coacervat« . Oparine avait fait l’hypothèse de l’existence « d’une petite gouttelette sphéroïdale de particules colloïdales en suspension, dont la cohérence par rapport au liquide environnant est assurée par les forces hydrophobes du contenu« . Or s’il est maintenant établi que la vie a pris naissance dans le milieu liquide, il est aussi connu que la synthèse des protéines nécessite la perte d’une molécule d’eau ( https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/chimie-101156/). Il convenait donc de résoudre ce qui pourrait s’appeler l’aporie de la gouttelette d’eau sans eau ! Solution en vue grâce aux recherches menées par une équipe de l’Université de Purdue selon laquelle « The fountain of life: Water droplets hold the secret ingredient for building life » (https://www.purdue.edu/newsroom/releases/2022/Q4/the-fountain-of-life-water-droplets-hold-the-secret-ingredient-for-building-life.html?) : l’eau ne serait pas mouillée partout ! Il existe aux marges de la gouttelette d’eau une zone différente où les réactions de synthèse se font à une vitesse accélérée selon un processus qui ne nécessite pas de catalyseurs. Cette nouvelle approche de la synthèse des protéines ouvre plusieurs fenêtres de recherche parmi lesquelles l’apparition de la vie sur d’autres planètes mais aussi plus proches de l’homme la possibilité de synthétiser de nouvelles molécules thérapeutiques. L’origine de la vie sur Terre, c’est aussi l’amélioration de la vie sur Terre.

De quelle mémoire s’agit-il ?

octobre 9th, 2022

Il y a le mémoire, les mémoires, la mémoire …, c’est un terme qui devrait plaire à la société d’aujourd’hui puisque son genre est variable, masculin ou féminin de même que le nombre qui s’y rattache, singulier ou pluriel. Par ailleurs ce substantif, est d’autant plus singulier que même uniquement au féminin, il peut s’agir de différents types de mémoire. Le premier qui vient à l’esprit est celui qui concerne cette merveilleuse faculté de réminiscence, elle même riche de toutes les ressources sensorielles visuelle, tactile etc.. qui peuvent à leur tour être agréables ou désagréables. On pourrait presque à l’infini multiplier ce que l’homme peut mémoriser d’autant plus que cette capacité s’inscrit dans le temps, et que la mémoire est dite à court ou long terme. Il n’est donc pas étonnant qu’il s’agisse d’un sujet que l’on n’est pas près de connaître dans sa totalité. L’article dont il est question s’interroge sur un versant particulier de la mémoire : Is it possible to avoid unwanted thoughts? Les pensées dont on dit qu’elles traversent l’esprit sont en fait des instantanés d’évènements antérieurs qui ont laissé leurs traces, bonnes ou mauvaises et qui réapparaissent à l’occasion d’une situation ayant sens. Serait-il possible d’effacer celles d’entre elles qui impactent l’émotivité de celui qui la subit ? Un tel effacement se traduirait en fait par un renforcement de la pensée indésirable qui deviendrait alors « très indésirable » ! La conclusion s’impose : il faut savoir gérer consciemment ces pensées inconscientes !

La botanique dans tous ses états !

octobre 2nd, 2022

C’est environ depuis six mille ans que les humains utilisent le peyotl pour son alcaloïde, la mescaline. Son absorption induisait des phénomènes hallucinatoires que les chamans des tribus indigènes du Mexique utilisaient en différences circonstances parmi lesquelles des cérémonies religieuses ou divinatoires. Ses effets psychotropes permettait en effet à l’officiant d’assurer son pouvoir d’intercesseur auprès des dieux. Mais cet usage n’était pas le seul, car d’autres propriétés étaient déjà reconnues au Lophophora williamsii en particulier celle d’antidote à certains venins de serpents. Quant au silphium, ombellifère du genre férula, il aurait été donné aux hommes par Aristée, fils d’Apollon et de Cyrène ce qui témoigne, à tout le moins d’une certaine ancienneté. Avant d’être utilisé par les romains comme condiment, ses propriétés antalgiques avaient été utilisées par les médecins grecs. Si le petit cactus n’a pas disparu, la mescaline a été synthétisée quant au silphium, c’est probablement la férula drudeana qui le remplace. Or dans les deux cas, (Mescaline as medicine, Is this the Romans’ favourite spice?) la pharmacopée actuelle retient du règne végétal deux de ces « enfants » que les anciens connaissaient déjà. Ce ne sont pas les seuls, loin de là, la nouveauté ne concerne pas tant les effets que leur exacte composition. Mais on conduit bien une voiture sans connaître avec précision ses composants …