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La Mort en question

mardi, janvier 9th, 2024

C’est peut-être un article un peu “trop long” (https://arxiv.org/pdf/2306.03009.pdf) dans son intégralité, ce qui est dommage car le titre en est particulièrement prometteur “Using Sequences of Life-events to Predict Human Lives” puisqu’il cache plusieurs thèmes d’actualité. Trois points de réflexion en particulier peuvent en être extraits : la Vie, la Mort et leur accointance avec l’IA. La Mort a aujourd’hui tellement perdu de sa réalité qu’elle passe de l’état de sujet à celui d’objet dont on serait en mesure de prédire la date de survenue, ce qui peut être intéressant pour un tiers mais à tout le moins point d’achoppement pour l’intéressé. La Vie quant à elle peut être assimilée le plus simplement du monde à une suite d’évènements qui du fait de leur similitude avec des séquences, autorise l’utilisation d’un algorithme puisque défini par “la description d’une suite d’étapes permettant d’obtenir un résultat à partir d’éléments fournis en entrée“. Personne n’a pourtant oublié Malraux pour qui si “La vie ne vaut rien, rien ne vaut une vie “. A l’évidence réifier la Mort comme la Vie ne posent aucun problème aux auteurs de l’étude. Et donc se pose LA question : ont-ils connaissance du mot magique, ETHIQUE et du domaine auquel il s’applique ? Alors pour en terminer, mieux vaut se référer à la conclusion “pleine d’humour” de l’article du JIM “IA : la mort est son métier”(https://www.jim.fr/medecin/jimplus/e-docs/ia_la_mort_est_son_metier_200205/document_jim_plus.phtml). A suivre ?

Si ce n’est pas lui, si ce n’est pas elle !

mercredi, décembre 27th, 2023

Le sommeil, état physiologique indispensable à tous les êtres appartenant au règne animal, reste encore pour partie terra incognita. Et ce d’autant plus que si on a pu lui appliquer les qualificatifs de “petite mort” , il n’en est rien à l’évidence. L’être qui dort respire, son électroencéphalogramme est loin d’être plat, ses constantes biologiques suivent leur cycle nycthéméral normal. Une phase est tout à fait particulière, celle du sommeil paradoxal correspondant aux phases où tandis que le sujet rêve, des modifications diverses interviennent. Une des questions posées concerne le(s) responsable(s) de cet état. Furent incriminés en première ligne le Système Nerveux Central et une hormone la mélatonine sécrétée par la glande pinéale qui a eu l’honneur de porter le nom de troisième oeil ! Parce que le sommeil peut être perturbé et qu’il devient alors source de pathologies, la connaissance du responsable reste d’actualité. Sujet de l’article intitulé The Body, Not the Brain, Regulates Sleep, il existe de toutes nouvelles informations sur l’implication de trois tissus périphériques par le biais de trois gènes, sel-1, sel-11 et mars-1. Pour les deux premiers le processus en cause concerne des protéines au sein du Réticulum Endoplasmique où doivent s’équilibrer les protéines pliées et les protéines dépliées (UPR, https://www.mdpi.com/2079-7737/10/5/384), tandis que le second s’adresse à d’autres phases de la biosynthèse des protéines. Ainsi l’intervention du système neuronal se fait-il en aval de ces voies, s’il est bien sollicité c’est pour répondre à des informations venues de l’infiniment petit des organites intra cellulaires : le Réticulum Endoplasmique.

Qui est au courant ?

samedi, décembre 16th, 2023

Aujourd’hui toute vérité ne s’avère pas nécessairement bonne à dire, tant est remis en question le concept même de vérité mais sans qu’il soit discuter sereinement du sujet et même sans qu’il en soit discuté tout simplement. Aujourd’hui donc comment les différentes “communautés” vont-elles accueillir cette intrusion humaine dans le monde animal “Inside the minds of farm animals“. On sait que les néoruraux sont particulièrement attentifs à leur confort et qu’ils tiennent peu compte de l’animal qui vivait depuis des siècles (des millénaires) dans cet environnement qu’ils se sont accaparés. Cet article est donc pour eux. Si les interprétations proposées, d’empathie, d’optimisme, de conscience intéroceptive appartiennent au vocabulaire humain (il peut difficilement en être autrement ! ), la démarche témoigne d’une recherche de cet anthropomorphisme qui anime l’homme depuis bien longtemps. Dans le règne du vivant, l’animal a précédé l’homme et s’ils se sont d’abord côtoyés, ils ont fini par tisser des liens, au moins pour certains d’entre eux. Qu’ils y aient trouvé un avantage réciproque est presque une certitude et adoucir leurs conditions de vie n’est peut-être pas une attitude à rejeter. Alors, puisque n’est pas K. Lorenz qui veut, et qu’il n’y a pas d’autres façons de s’exprimer qu’avec des “mots” on peut se mettre d’accord sur le fait que les animaux ne sont pas indifférents les uns aux autres, qu’ils peuvent exprimer par leurs attitudes une compréhension de l’autre. Dès lors pourquoi ne pas imaginer qu’ils souffrent de l’incompréhension que l’homme manifeste à leur égard ?

Sujet à discussions

samedi, décembre 2nd, 2023

Ci après, deux articles parus respectivement le 21 novembre (AI could find research ‘blind spots’, in Nature briefing) et le 23 novembre (ChatGPT generates fake data set to support scientific hypothesis, in Nature). Tous deux volent sur les ailes de l’actualité puisqu’il y est question d’IA. Pourtant les chemins suivis divergent considérablement et l’on est même en droit d’y reconnaître quelques discordances. D’une part l’association robotique/intelligence artificielle est à même de procéder à la “découverte” de nouveaux matériaux susceptibles d’apporter des améliorations dans le domaine de la technologie. C’est ainsi que si des milliers de matériaux inorganiques ont été créés, des milliards pourraient également voir le jour. Cette création d’abord virtuelle doit franchir le cap de la réalisation pratique. Cette deuxième étape indispensable n’est pas nécessairement vouée à la réussite mais tel l’humain, l’IA apprend de ses erreurs et est en mesure de les corriger, d’où l’efficacité inégalée de l’association. Même s’il s’agit d’un domaine différent, la médaille a son revers puisqu’il s’agit également de l’utilisation de l’IA. A partir d’une affection cornéenne connue pour laquelle il existe deux traitements, il a été demandé de démontrer la supériorité de l’une de ces méthodes en s’appuyant sur l’analyse comparatives de deux séries. D’une façon tout à fait comparable à la réalisation d’une étude basée sur deux cohortes, l’IA a “construit” des ensembles de données plausibles mais “fausses”. Seule une analyse approfondie est à même de détecter qu’il s’agit de données générées par l’IA. Il est évident que l’on s’adresse là encore à des avancées techniques humaines dont la finalité répond à leur utilisation. Ainsi en est-il du marteau qui est une arme par destination et non pas par nature ! Ce qui atteste de la liberté de l’homme.

Ensemble, pour le meilleur et pour le pire

samedi, novembre 18th, 2023

Le pediculus capitis, vulgairement dénommé poux de tête, est présent probablement depuis environ deux millions d’années, et les traces les plus anciennes du genre Homo remontent à plus de deux millions d’années (Homo habilis 2Ma,8). Qu’on le croit ou non le premier accompagne le second depuis autant de temps ! L’action du premier sur le second ne devait pas être fondamentalement différente de son action actuelle et peut-être les Homines habiles cherchaient-ils les poux dans la tête de leur parentèle. Mais là n’est pas le propos. Cette association, à but non lucratif, se révèle particulièrement intéressante dans le domaine de recherche des migrations de populations (Head lice invaded the Americas alongside the 1st humans). Ainsi les analyses génétiques des poux d’Amérique du Nord et des poux d’Amérique Centrale ont montré des différences qui permettent d’interpréter les mouvements des populations primitives. Il est en effet possible de distinguer des déplacements depuis la Sibérie du Nord et l’Asie de l’Est vers le continent américain. Mais l’histoire du poux ne finit pas avec les premiers habitants puisque des phénomènes de colonisation peuvent être suivis jusqu’à la seconde guerre mondiale. Ainsi peut-on se poser la question de savoir s’il convient d’éliminer les poux étant donné leur importance scientifique ?

Subjectivité sensorielle

vendredi, novembre 10th, 2023

Se méfier de ses perceptions est un étape indispensable à l’exercice du doute. Le monde dans lequel vit l’homme est-il ou non une réalité ? Cette question sans âge mais pas sans intérêt, est la première marche à la mise en place du doute rationnel. La perception du temps représente le paradigme de la subjectivité. D’expérience courante, l’attente dans des conditions différentes mais dans un temps d’horloge identique ne semble pas s’écouler de manière identique ! Ce qui porte à croire que le temps peut tout aussi bien ralentir que s’accélérer ce qui par ailleurs est du domaine courant au fur et à mesure du vieillissement humain : avec l’âge le temps court de plus en plus vite. La question est donc la suivante “Comment le cerveau traite-t-il le temps ? ” En fait la perception du temps est consubstantielle à la perception de l’environnement de l’individu en cause (Why does time slow down in near-death experiences?). Comme par ailleurs le cerveau a enregistré des faits antérieurs eux-mêmes inscrits dans un environnement sensoriel il ne s’agit jamais d’une perception première, entachée qu’elle est d’un avant. L’idée de l’auteur est que l’adaptabilité du temps s’inscrit dans une démarche d’amélioration de la survie de l’individu. Ainsi la sensation “subjective” d’un allongement du temps permettrait une meilleure prise en compte des informations permettant d’éviter des actions trop rapides et de ce fait inadaptées. Si l’on adhère à une vision finaliste de l’existence de l’être vivant il est logique d’imaginer que les processus adaptatifs se succèdent dans le but d’une amélioration progressive même si la finitude reste de rigueur !

Le locuteur et le linguiste

mercredi, octobre 25th, 2023

Si le passage de l’oralité à la scripturalité a été largement investigué, l’apparition de la parole chez l’homme est un sujet particulièrement pauvre en données exploitables. Dans ce domaine les spéculations vont bon train. Rousseau avait quant à lui une théorie selon laquelle la parole est apparue après ce qu’il nommait “le cri de nature”, quand l’homme a rencontré l’homme, quand il devenait indispensable de comprendre son voisin autrement que par une gestuelle corporelle. Une deuxième étape dans ce processus de la parole se reproduit avec le nouveau né qui doit acquérir une expression orale compréhensible. Des théories modernes supposent que le babillement comparable à celui des oiseaux, signe la naissance du langage chez le petit d’homme. Outre les questions portées par l’apparition du langage, il en existe d’autres en particulier celles qui s’inscrivent dans le domaine de la linguistique. Même s’il s’agit d’une science descriptive elle n’est pas exempte d’interrogations. Et cerise sur le gâteau un article récent How grammar influences perception, pointe du doigt une nouvelle facette, l’exploration, les rapports entre la langue et la perception. C’est assez dire que l’on aborde un champ encore plus complexe puisque de la perception à la parole primitive on passe de la parole à la perception seconde ! On sait déjà qu’il existe une cinquantaine de mots pour parler de la neige chez les inuits, la neige qui tombe n’étant pas celle qui va tomber, il ne s’agit donc pas de la même neige et il n’est pas inexact de la nommer différemment ! Mais il s’agit encore dans l’article sus cité d’un autre aspect, à savoir l’influence de la grammaire sur la perception de celui/ceux qui utilise(nt) la dite grammaire. La question de fond étant de savoir si tous les hommes perçoivent le monde de la même façon ! En fait ce qui semble se détacher des enquêtes menées à partir des langages australiens indigènes (cf l’article cité) c’est l’existence de nombreuses boucles rétroactives liant pour le meilleur, la langue, la culture, le savoir. Ainsi serait-il illusoire de vouloir envisager séparément ce tout qui pourrait définir l’humanité.

La bibliothèque invisible !

lundi, octobre 16th, 2023

Pline l’Ancien commandait la flotte romaine à Misène lorsqu’il fut témoin de l’éruption du Vésuve en l’an 79 apr. J.-C. Il vogua alors pour porter secours à la population mais décéda sans que l’on connaisse exactement les conditions dans lesquelles il perdit la vie. Déjà connu pour ses qualités d’écrivain le personnage s’inscrit également, bien que de façon indirecte, dans cet épisode en suivant un chemin assez tortueux. Pline l’Ancien était un naturaliste compétent auteur d’ une monumentale encyclopédie intitulée Histoire naturelle. Il y décrivit entre autres, plusieurs types de gastéropodes marins très appréciés des Romains puisqu’ils étaient utilisés pour la teinture de leurs toges dont chacun connait la teinte pourpre. Le Bolinus brandarisfut, objet de ses propos, proche de Hexaplex trunculus également connu sous le nom de murex trunculus. Pour en revenir à l’éruption du Vésuve, si celle-ci réduisit en cendres les villes de Pompéi et d’Herculanum, elle ensevelit sous les éjectas volcaniques habitants et habitations parmi lesquelles des bibliothèques renfermant des centaines de manuscrits. Devenus illisibles parce que carbonisés et donc “indépliables” les rouleaux semblaient narguer les chercheurs. Cette étape a été franchie First glimpse inside burnt Roman scrolls et le résultat donne le frisson a d’innombrables amoureux des textes de l’antiquité gréco-romaine. Pour ce faire il faut trouver “les zones de papyrus recouvertes d’encre”, “numériser”, “mettre en commun les informations”, appliquer “l’ALGORYTHME“. C’est alors qu’apparait le mot magique “πορφύρας,”,violet, dont il a été question plus haut. Ce mot ou un autre, ce n’est pas l’affaire …, le merveilleux tient à la possibilité de “lire” l’illisible. Grâce en soit rendue à la technique et à l’envie des passionnés de textes anciens de se lancer des défis !

Fausse image

dimanche, octobre 1st, 2023

Définition du Littré pour image : “Ce qui imite, ce qui ressemble, ressemblance (sens propre du latin imago)”. Comment qualifier alors l’image du Pape François, vêtu d’une élégante doudoune blanche, ayant enchanté dernièrement les réseaux sociaux ? Chercher l’erreur est une démarche difficile puisqu’il faut envisager deux façons d’aborder l’image. Puisqu’elle est “imitation, ressemblance”, elle n’est pas fausse et pourtant dans le même temps, elle l’est. Il s’agit bien du Pape François et rien n’interdit qu’il ait pu porter le vêtement incriminé. De nombreuses œuvres d’art représentent des personnages dont l’existence est prouvée mais dont les représentations ont été modifiées par l’artiste sans que l’on crie au scandale, sans que l’on aborde le thème de l’information mensongère. De même existe-t-il des pastiches célèbres dont on saisit fort bien qu’il s’agit “d’une imitation du style d’un auteur ou artiste, mais qui ne vise pas le plagiat”. Il y a donc dans l’image susdite une intention absente des deux exemples cités, celle de tromper volontairement. Aujourd’hui les outils techniques sont à ce point performants que toute image, tout discours, demande à être “testé”. La société se penche donc sur les moyens qui lui permettront de déjouer la tromperie, et il en existe. Mais comme le fait remarquer l’article “How to stop AI deepfakes from sinking society — and science“, la question à laquelle il faudrait pouvoir répondre n’est pas “comment” mais “pourquoi“. Car il s’agit bel et bien là, d’un double symptôme sociétal : la volonté de nuire du côté de l’auteur qui repose sur l’absence d’esprit critique de la part de celui auquel il s’adresse. En cause, l’absence de toute notion d’éthique, aussi bien de responsabilité que de conviction de la part du premier et la méconnaissance de la gestion de la temporalité pour le second. Les outils de détection pour déjouer la falsification ne résoudront pas les insuffisances dont souffre la société actuelle.

Un sujet de controverse

lundi, septembre 25th, 2023

En 2004, Giulio Tononi propose une théorie mathématique de la conscience sous le nom de théorie de l’information intégrée (ITT). Nul n’ignore que “la conscience reste l’un des plus grands mystères de la science” dont la nature “insaisissable” a “suscité de nombreuses théories et débats“. A l’heure de l’intelligence artificielle (IA) la question se trouve non seulement sous les projecteurs mais elle se greffe sur cette autre que pose l’état de conscience ou non des animaux d’expérimentation comme les pieuvres dépourvues de cerveau anatomiquement défini. “L’ITT suggère que la conscience émane d’un système qui génère plus d’informations en tant qu’ensemble intégré que la somme de ses parties. La mesure clé de l’IIT est appelée Φ (phi), une mesure de l’information intégrée dans un système. En termes simples, elle quantifie l’information qui est générée par l’ensemble du système, au-delà de ce qui est produit par ses parties individuelles. Plus le phi est élevé, plus le système est considéré comme conscient”. Pourtant l’ITT ne constitue pas à elle seule l’explication de ce qu’est la conscience et plus grave la théorie est aujourd’hui battue en brèche voire même réfutée jusqu’à être qualifiée de “non scientifique”. Il faudrait donc en revenir à Karl Popper, spécialiste en la matière, selon lequel “le critère de la scientificité d’une théorie réside dans la possibilité de l’invalider, de la réfuter ou encore de la tester » (Conjectures et réfutations, La croissance du savoir scientifique, pp. 64-65). Les critères retenus dans l’article pour juger de la scientificité de la théorie ITT font appel au procédé d’imagerie retenu, mais il n’est aucunement question de tester la théorie en s’appuyant sur “des expériences cruciales » toujours selon Popper. Peut-être la problème est-il mal abordé et les arguments non appropriés (Consciousness theory ‘is pseudoscience’)?