Ce peut être une suite….

août 12th, 2024

Il s’agit aujourd’hui de regarder avec attention la provenance des aliments destinés à nourrir chatbots IA (dialogueurs ou agents conversationnels) ou des articles de seconde génération, véritables Moloch des temps modernes. Car il se trouve nécessairement des propriétaires au regard de ces informations. Des chercheurs ont publié les résultats de leurs recherches originales et les ont soumis à des revues qui ont accepté de les publier, la valeur qui leur est accordée étant fonction de la revue et des comités de lecture. Ces articles vont donc (comme il a été écrit dans l’article précédent) venir grossir le stock des informations indispensables au rôle du dit chatbot. La question se pose donc de savoir s’il est juste de vendre/acheter aux propriétaires leurs données qui deviendront des réponses pour autrui ou bien dans la mesure où elles ont été portées a la connaissance de tous, elles ne leur appartiendraient plus. Il ne s’agit ni plus ni moins que du problème du droit d’auteur, débat aussi vieux que le sont les auteurs et leurs œuvres ! La différence vient de l’intermédiaire : une machine (https://www.chemistryworld.com/news/should-scientists-be-paid-when-ai-chatbots-use-their-work/4019894.article?utm_source=cw_weekly&utm_medium=email&utm_campaign=cw_newsletters). Mais comme rien n’est simple, il n’est pas inutile de rappeler que l’auteur a (presque) obligatoirement consulté un chatbot pour initier sa bibliographie. Quant à la machine son premier repas lui est certes apporté par un humain mais elle est faite pour tirer ses repas ultérieurs de ce qu’elle vient d’absorber. Alors si tel est pris qui croyait prendre, comment peut-on réguler ces utilisations pour que les pratiques soient inéquitables ?

IA vue par l’IA

août 9th, 2024

Si l’on scrute avec attention le rapport entre l’Homme et sa création, l’IA, le temps est venu de scruter l’IA et l’IA. Au commencement était l’homme qui alimentait l’IA, mais comme cette dernière peut également s’auto alimenter, l’homme en est venu à se demander ce qui se passait quand une IA parlait à une autre IA ? Consternation, puisque la réponse est : des absurdités ! AI fed AI-generated data spews nonsense. C’est ce que les scientifiques appellent l’effondrement des modèles. L’étude proposée par l’article porte essentiellement sur des modèles linguistiques qui nourrissent l’IA. Ce n’est pas tant la quantité totale d’informations fournie à la machine que la proportion de chaque donnée portée dans chaque apport. Ainsi une donnée peut-elle disparaitre parce qu’insuffisamment présente. Mais un mot par ce qu’il est courant peut à l’inverse être sur représenté. Ainsi par le jeu de surexpressions et sous expressions d’origine statistique, l’apport primitif devient alors tronqué ou gonflé lors de la deuxième étape, phénomène qui ne peut que s’amplifier au fur et à mesure. Mais ne s’agit-il pas en l’occurrence d’un processus normal d’accumulation d’erreurs successives ? Dans l’état des choses le traitement statistique du mot par la machine est incompatible avec la richesse de l’expression humaine qui sait donner par un seul mot le sens exact. Il est satisfaisant d’en prendre conscience pour apprendre mieux à la machine mais chaque enseignant sait combien il est difficile de se bien faire comprendre par ceux que l’on enseigne.

Un seul être vous manque …

juillet 31st, 2024

Comment se peut-il qu’un être vivant n’ayant aucune connaissance de l’environnement dans lequel il se trouve établisse des rapports privilégiés avec sa génitrice. La question a déjà et s’est déjà posée de la nature de l’amour maternel essentiellement en référence à une idée retenue par la société selon laquelle une femme ne pouvait pas ne pas en être pourvue. Comme il était évident que le dit amour n’était pas distribué de façon équilibrée à chacune, son absence était non seulement montrée du doigt mais encore particulièrement vilipendée. Heureusement l’ocytocine est venue remettre les pendules à l’heure. Aujourd’hui c’est au tour du nouveau né de faire les fruits des interrogations concernant la perception qu’il peut avoir de sa mère (‘I feel good with mum’ neurons discovered). Il existe des neurones situés dans une zone sous thalamique, tellement mal connue antérieurement qu’elle porte le nom de zona incerta, qui s’activent lors de la rencontre de souriceaux nouveaux nés avec leur mère. Et là encore il est question d’hormone, il s’agit de somatostatine, connue pour de nombreuses autres fonctions dans l’organisme. Mais c’est là où se pose une nouvelle question car il semble bien que ces neurones ne soient pas doués de stabilité dans leur fonction ! En effet chez l’adulte, ils sont activés dans les processus d’anxiété et de peur ! S. Freud en aurait certainement tiré des conclusions pour expliquer certains complexes de l’adulte bâtis sur la prime jeunesse !

Ô temps suspends ton vol …

juillet 24th, 2024

C’est encore un histoire de temps, mais qui questionne plus encore qu’il n’est habituel puisque « Time might be a mirage created by quantum physics, study suggests » : cette supposition n’ayant en effet rien d’évident. Mais chacun sait que rien n’est plus étonnant que le temps ! Or donc le temps fut d’abord cyclique, eut égard à la répétition immuable d’un certain nombre d’évènements. Puis il devint linéaire allant du passé vers le futur, ce qui également semble une évidence. Mais en combinant les deux, il n’est pas impossible que le premier en se répétant avance également suivant une flèche qui (jusqu’à présent) ne se dirige que dans un sens. Et quand aujourd’hui le temps ne pourrait être qu’une « création » de la physique quantique, la théorie selon laquelle la réalité de notre monde peut être mise en question, n’ a peut-être plus rien d’absurde ! En fait ce qui est en jeu, c’est « la théorie du tout » : « théorie physique  susceptible de décrire de manière cohérente et unifiée l’ensemble des interactions fondamentales« , qui s’inscrit dans la démarche unificatrice de la physique en général. L’aporie résulte en effet de la confrontation entre la théorie de la relativité générale d’Einstein et la mécanique quantique. Pour sortir de l’impasse il faut, mais suffit-il (?) que deux objets soient intriqués de façon quantique : ainsi le temps émerge pour l’un quand l’autre devient son horloge, Schrödinger devient alors compréhensible à tout un chacun ! Tout repose in fine sur le passage indispensable de la physique de l’infiniment petit à la physique de l’infiniment grand. C’est pourquoi la communauté scientifique reste suspendue à la théorie de la réfutabilité de Karl Popper.

Indispensable ?

juillet 22nd, 2024

La question ne date pas d’aujourd’hui ! Existe-t-il un rapport entre l’absorption de « drogue » et la création poétique ? L’un ne va-t-il pas sans l’autre ? Toute création poétique est-elle nécessairement tributaire d’un ingestion de drogue ? Des exemples célèbres sont connus pour confirmer ou infirmer cette assertion. Parmi les textes écrits sous hallucinogènes, « Au dessous du volcan » de Malcom Lowry pourrait être étudié comme cas clinique tout comme la nouvelle « Morphine » de Mikhaïl Boulgakov. Quoiqu’il en soit, indispensable ou pas, c’es la physiopathologie qui est aujourd’hui à l’honneur (Your brain on shrooms). Comme dans le roman de Malcom Lowry, c’est la psilocybine des champignons hallucinogènes dont il a été tenu compte. En fait ce ne sont pas les neurones pris individuellement qui subissent des modifications, mais les circuits neuronaux. La synchronisation habituelle, fait place à une désynchronisation avec dans le même temps des modifications de l’hippocampe antérieur. Il est néanmoins possible d’atténuer cet effet de désynchronisation en demandant au sujet d’exercer son attention sur une action précise. C’est justement cet effet de désynchronisation qui pourrait être impliqué dans les bienfaits thérapeutiques potentiels de la psilocybine, sans que l’on connaisse encore précisément le mode d’action. C’est le consul, Geoffrey Firmin, qui aurait été content de comprendre pourquoi son addiction au mescal lui permettait d’évacuer ses remords !

Espèce, vous avez dit espèce ?

juillet 7th, 2024

Parce que le terme de spécisme est aujourd’hui employé dans mille et une occasions, il peut être bon de revenir sur le concept d’espèce. Le dictionnaire de l’Académie Française définit l’espèce comme : « Unité de classification groupant les êtres vivants qui ont les mêmes caractères morphologiques, histologiques, cytologiques, sont féconds entre eux et présentent des comportements communs. » Ce que l’on exprime également de la façon suivante par : « ensemble des individus au génotype (l’ensemble des gènes) et phénotype (l’expression des gènes) suffisamment semblables pour pouvoir se reproduire entre eux et avoir une descendance viable et féconde dans un milieu naturel.« . Le concept biologique premier repose sur l’isolement reproductif auquel s’ajoute celui de viabilité du produit de la conception. Lorsque surgit l’antispécisme philosophique et moral dans les années 1970, il n’était question que de la vision et du traitement que l’homme se devait de porter sur le règne animal et ses individus. Mais aujourd’hui c’est la définition même d’espèce qui agite le milieu des scientifiques animaliers :What defines a species? Inside the fierce debate that’s rocking biology to its core. Il semble bien qu’il faille reprendre le ménage qu’avait fait Carl von Linné à partir de ses études sur les plantes dès 1732. Les classifications encore en honneur ne sont pas exemptes d’exceptions et de nombreuses hybridations existent de par le monde. Si l’on peut se poser la question du bien fondé d’une classification rigoureuse, car son absence n’interdit pas les études, il n’en reste pas moins vrai qu’elle est nécessaire à la théorie de l’évolution et a sa part dans le dénombrement et la protection des espèces en voie de disparition. Les outils actuels d’études rendent en fait plus difficile une définition univoque : l’amélioration technique n’est pas synonyme de simplification. Il faut savoir ne pas parler impunément de biodiversité !

Scientifique ou pas scientifique ?

juillet 4th, 2024

La question se pose depuis des temps immémoriaux : comment aborder simultanément deux domaines caractéristiques de l’humain mais qui semblent parfaitement antithétiques, à savoir la foi et la raison ? La science gage de progrès du XIXème siècle et qui se doit de cheminer vers la vérité se refusait à aborder ce problème, car comment passer de l’observation à la reproduction par le biais d’une expérience construite pour établir une loi universelle ? Le défi semble de taille dans la mesure où on suppose qu’il existe des sciences plus exactes que d’autres. Les neurosciences, étude de la structure cérébrale et de son fonctionnement, ont été regardées comme des sciences peu exactes jusqu’à l’utilisation d’une technologie appropriée. C’est le sujet qu’aborde l’article, Why neuroscientists should study religion. Pour rappel, si les voix entendues par Jeanne d’arc avait déjà été mises sur le compte d’une épilepsie, temporale, il a pu être décrit « un point de Dieu » dans ce même lobe temporal ! De même a-t-il peu être rapporté un rôle du système sérotininergique. En réalité les zones et les circuits sont multiples et LA question reste quand même toujours de savoir faire la différence entre corrélation et cause. En réalité, l’article pose plus de questions et propose plus d’expériences qu’il n’apporte de certitudes conclusives. Il lève également le voile sur un grand danger, celui d’un pouvoir de manipulation à grande échelle !

La Nature fait bien les choses

juin 29th, 2024

Il est habituel de dénombrer six types de robots parmi lesquels les robots humanoïdes constituent le sujet de l’article Self-healing ‘living skin’ can make robots more humanlike — and it looks just as creepy as you’d expect. Le terme même d’humanoïde rend compte d’un fait essentiel celui du rapport à l’homme. Si l’on considère la société humaine, les rapports sont essentiellement fondés sur des signes extérieurs émis par les protagonistes en présence à savoir : la parole, les mimiques, la gestuelle en général. Aujourd’hui le plus difficile encore concerne le domaine des mimiques. C’est la raison pour laquelle la recherche se penche sur le visage du robot humanoïde dont elle veut qu’il soit le plus proche de son modèle humain. Qui dit visage, dit mobilité, mais une mobilité adaptée c’est à dire une expressivité adaptée à la circonstance. C’est la raison pour laquelle la recherche s’oriente vers la réalisation d’un tégument plastique, d’un masque répondant aux critères indispensables pour qu’un humain éprouve des sentiments d’empathie envers cette encore-machine. La peau artificielle existe déjà mais il convient essentiellement de savoir la fixer de façon constante, voire même de la doter d’un pouvoir d’auto réparation dans la mesure où l’utilisation du robot le confronte à divers types d’altérations. Comme quoi il n’est pas si simple de masquer un visage pour faire de celui qui le porte un être différent de ce qu’il est en réalité mais dans le même temps proche de celui qu’il n’est pas !

Construire pour comprendre

juin 22nd, 2024

En 1865, Claude Bernard dans L’Introduction à l’étude de la médecine expérimentale, posait clairement les principes de « la méthode expérimentale dans les sciences de la vie ». L’épistémologie des sciences montre à l’évidence qu’il ne fut pas le premier à s’intéresser à la façon d’accéder à la connaissance depuis Aristote. Quoiqu’il en soit on peut construire l’expérience selon Claude Bernard, avec comme point de départ l’observation mais on peut aussi adhérer au concept de rupture épistémologique, saut dans l’inconnu, cher à Gaston Bachelard. Ce dont il est question dans l’article  Building Cells from the Bottom Up, c’est « de construire pour comprendre« . Tel le démiurge platonicien, il s’agit de construire une cellule synthétique mais vivante, c’est à dire capable « [d’]un cycle cellulaire fonctionnel, dans lequel la réplication et la ségrégation de l’ADN ainsi que la croissance et la division cellulaires sont bien intégrées » (https://www.nature.com/articles/s41467-021-24772-8). Mais la démonstration de la vie ne sera par ailleurs obtenue qu’ultérieurement avec la division des deux cellules filles à la fin du cycle cellulaire de la cellule mère. On le voit il s’agit d’une construction à visée dynamique qui s’oppose à la déconstruction utilisée depuis la nuit des temps : apparition des fonctions cellulaires vs disparition progressive de ces mêmes fonctions. Construire pour un futur qui comprend avec comme corollaires possibles des applications thérapeutiques encore inédites. Reste néanmoins un point essentiel. Comment explique-t-on qu’une cellule construite à partir d’éléments « non vivants » donne une cellule ayant tous les attributs de la vie ?

Le puits comportemental

juin 16th, 2024

Il y-a-t-il pire que la dystopie orwellienne brossée en 1949 dans l’œuvre, 1984 ? La réponse est oui à la lecture des résultats de l’expérience de John Bumpass Calhoun menée à partir de 1968 sur des rongeurs. Ayant à leur disposition un univers enchanteur, quatre couples de souris vont sombrer dans un univers cauchemardesque en un an. Et grâce à ce merveilleux outil qu’est le raisonnement par analogie, cet éminent éthologue américain se crut permis de décrire l’effondrement probable de la société humaine (https://www.vice.com/fr/article/j5zm4k/des-utopies-pour-souris-ont-predit-leffondrement-de-notre-societe). Heureusement rien n’est moins sûr comme l’explique l’article Universe 25 Experiment (https://www.the-scientist.com/universe-25-experiment-69941) en s’appuyant sur les dangers qu’il y a user à mauvais escient d’un anthropomorphisme débridé. Vient en outre s’y ajouter l’erreur fréquente consistant à assimiler corrélation et causalité. L’étude de la société humaine doit en effet tenir compte des caractéristiques propres à chaque individu, caractéristiques qu’il est particulièrement difficiles de dégager avec précision pour les intégrer dans une projection représentative. Il n’en reste pas moins vrai que les résultats de l’expérience avait pour but l’amélioration de certaines structures comme les prisons ou les hôpitaux au sein desquels la surpopulation pose problème. Il n’en reste pas moins vrai que le problème de fond reste la vision que chacun a de l’autre et de soi d’où la richesse des deux entités que sont l’ipséité et l’altérité.