
En l’An VIII de la République, Xavier Bichat faisait paraître un ouvrage intitulé » Traité des membranes en général » ce qui fit de lui (très probablement) le premier histologiste digne de ce nom au regard de l’avenir de cette nouvelle science. Si les organes étaient connus depuis les temps les plus anciens grâce aux dissections et même si des erreurs avaient été commises en raison de démarches analogiques entre l’animal et l’homme, leur analyse n’avait pas réellement prospéré. L’idée développée par Bichat fut de classer ce qu’il appelait les membranes « normales » en trois types fondamentaux : les muqueuses, les séreuses, les fibreuses. Ainsi à la fin du XIX° siècle le temps n’était pas encore venu de faire confiance aux descriptions histologiques du tissu conjonctif. Si l’on décrivait des cellules et des fibres l’accord ne s’était pas fait sur « le reste » : « substance tout à fait anhiste et transparente » , « aucune matière intercellulaire cimentante » mais aussi « substance fondamentale homogène ou fibreuse « . Aujourd’hui, non seulement on a identifié la matrice extracellulaire (MEC) mais on n’en finit plus de dénombrer ses rôles (Matrix mimics shape cell studies, https://www.nature.com/articles/d41586-019-00681-1?utm_source=Nature+Briefing&utm_campaign=779b52bb69-briefing-dy-20190227&utm_medium=email&utm_term=0_c9dfd39373-779b52bb69-43241421). Elle est devenu un environnement incontournable où les relations se sont établies dans les deux sens entre elle et les cellules qu’elle renferme. De simple échafaudage elle tient maintenant le rôle d’une mère qui informe et dirige d’où se terme qui avait été si bien trouvé de MATRICE.
Des discussions enflammées, des séminaires à l’infini, des publications à ne plus savoir que lire, tels sont les manifestations que provoque le thème actuel de l’Intelligence Artificielle. Pas de salut sans avoir choisi entre le Pour et le Contre. Pour choisir entre ces deux extrêmes de quels arguments dispose-t -on ? Des bienfaits tout autant que des méfaits supposés de l’une ou l’autre de ces deux attitudes et contrairement à ce que l’on pourrait penser le Candide serait bien en mal de trancher au vu et au su des confrontations entre spécialistes. Contrairement à ce que R. Poincaré préconisait, le scientifique n’est pas toujours le mieux placé pour traduire en termes compréhensibles le fait scientifique. Mais peut-être est-ce parce qu’il n’y a rien de scientifique dans ce domaine ! Comme cette affirmation est à tout le moins compatible avec la définition d’une oxymore pourquoi ne pas lire l’article Officially Intelligent de Bob Gran (
C’est parce que l’homme a connaissance de sa finitude contrairement (probablement) à toutes les espèces vivantes, que son avenir est objet de toute son attention. Ainsi recherche t-il pour les interpréter (depuis ?) toute manifestation devenant signe d’un possible éclaircissement de ce futur tout autant attendu que redouté. L’invisible a toujours existé mais les progrès techniques le rendent progressivement visibles. Pourtant il reste encore (heureusement ?) des pans entiers d’ignorance dont l’imagination s’empare comme elle l’a toujours fait exprimant espoirs et craintes comme elle l’a toujours fait. Fukuyama avait déjà exprimé, dans son ouvrage « La fin de l’homme », ses inquiétudes face aux progrès techniques et en particulier ceux touchant à la biotechnologie, aujourd’hui c’est Yuval Noah Harari qui rivalise d’inventivité avec son « Homo deus ». Il y est question d’une troisième phase de l’humanité qui verrait l’homme devenir l’égal des dieux antiques. A ce stade, ce pourrait être l’occasion de relire Nietzche mais c’est aussi l’occasion de se pencher comme Jean-Gabriel Ganascia sur une interprétation dévoyée des progrès de la technique conduisant à des conclusions qui ne laissent aucune place à la discussion. Des progrès techniques, il en existe dans tous les domaines et ceux dont parlent l’article Organs on Chips (
