Posts Tagged ‘épigénétique’

Preuves à l’appui

jeudi, septembre 13th, 2018

L’anthropométrie ne connut pas que des heures glorieuses, la phrénologie en est un exemple patent. Basée dés le XVIII° siècle sur la théorie du neurologue autrichien Franz Joseph Gall, elle répond au concept selon lequel aux multiples fonctions cérébrales correspondent des zones cérébrales différenciées. Sur le papier le plan était fort beau mais l’enthousiasme aidant et l’inaltérable besoin humain de trouver une explication à chaque chose, firent que des chemins de traverse ne se firent pas attendre  comme  celui dévolu à l’anthropométrie criminelle selon Eugène Vidocq mais aussi pour prendre une très mauvaise direction comme celle mise au service des théories nazies. Plus glorieuse fut l’application qu’en fit Bertillon reposant sur l’utilisation de nombreux facteurs, mensurations, particularités physiques auxquelles vint s’ajouter plus tard la dactyloscopie. Dans leurs enquêtes policières les pédiatres furent grandement aidés lorsque fut mise au point la détermination radiologique de l’âge osseux. Sa connaissance s’avérait en effet indispensable par exemple au regard de possibles  anomalies de croissance. Ainsi l’anthropométrie était-elle particulièrement compétente dans deux domaines l’un judiciaire, l’autre médical. Aujourd’hui cette détection radiologique vient de laisser sa place à une autre méthode probablement plus exacte, basée sur  la  méthylation de l’ADN et relevant du domaine de l’épigénétique (étude des changements d’activité des gènes — donc des changements de caractères — qui sont transmis au fil des divisions cellulaires ou des générations, sans faire appel à des mutations de l’ADN). Mais étant donnée la modification des flux migratoires, la détection de l’âge osseux s’est déplacée du domaine médical vers le domaine sociétal du fait de l’importance de l’âge des jeunes demandeurs d’asile (Molecular test of age highlights difficult questions, http://www.nature.com/articles/d41586-018-06165-y?WT.ec_id=NATURE-20180906&utm_source=nature_etoc&utm_medium=email&utm_campaign=20180906&spMailingID=57316706&spUserID=MTUyNTcxOTczMTcwS0&spJobID=1480796497&spReportId=MTQ4MDc5NjQ5NwS2, Can epigenetics help verify the age claims of refugees?, https://www.nature.com/articles/d41586-018-06121-w). Si cette nouvelle technique consiste en une amélioration dans le domaine du diagnostic médical il n’en reste pas moins que son intrusion dans le domaine politique l’implique différemment. Quand au fil des temps, on se souvient combien médecine et politique ont  fait plus que flirter, il n’est pas inutile de faire preuve d’une vigilance sans faille dans les domaines d’utilisation de cette avancée technique. Ce ne serait pas la première fois que l’utilisateur détournerait un outil de sa fonction initiale dans un but peu recommandable !

Pour que la mémoire ne flanche pas !

dimanche, mai 20th, 2018

Comme tout objet mystérieux, cette boite noire qu’est le cerveau, reste au plus haut point attractive, et les suppositions vont bon train la concernant depuis …. En effet que n’est-il pas capable d’effectuer, de résoudre, d’imaginer, et sa capacité d’abriter pour  restaurer n’est pas la moindre de ses qualités. Pour démêler ce merveilleux écheveau le plus simple était d’attribuer à chacune de ses fonctions un site précis selon une cartographie. Mais au fur et à mesure des avancées de la physiologie, les frontières devinrent moins précises, des chevauchements se firent jour et le temps vint de changer l’échelle d’observation : la macroscopie laissa place à la microscopie avec le rôle prépondérant des synapses mais celles-ci a leur tour s’effacèrent devant la molécule. Et que croyez vous qu’il advint ? La génétique dut s’accommoder de partager son champ de responsabilité  avec l’épigénétique. C’est ce qui semble avoir été mis en évidence chez l’escargot de mer. Les  gastéropodes, dont ils font partie, sont largement représentés (quatre vingt mille espèces)  ; comme de nombreux mollusques ils possèdent des neurones géants et ce sont eux qui sont impliqués dans l’étude que rapporte l’article, RNA Moves a Memory From One Snail to Another (https://www.the-scientist.com/?articles.view/articleNo/54565/title/RNA-Moves-a-Memory-From-One-Snail-to-Another/&utm_campaign=TS_OTC_2018&utm_source=hs_email&utm_medium=email&utm_content=62922981&_hsenc=p2ANqtz-_wZt4Q7o38w_Q7lcmlPAmAD6VlKjAk0y1VbhemuhFqmczDm9lgRH1cQk2IuU4enfUcZwNnMsQdMHIdqaE–UuLCugbBQ&_hsmi=62922981). Si selon le traité de Rome en Europe, il est interdit de faire souffrir l’animal, en Californie on peut apprendre à l’escargot à conserver une attitude défense au regard de chocs électriques qui lui ont été appliqués antérieurement. L’ARN extrait des neurones des escargots stimulés injecté à des congénères non stimulés entraine ces derniers à se conduire comme les premiers ! Et c’est la méthylation de l’ADN, principale modification épigénétique réversible qui serait indispensable à ce transfert de mémoire sans implication synaptique.  Augmenter le nombre de ses synapses ne semble plus aussi impératif, il suffira de se faire injecter un cocktail de mémoires choisies parmi les meilleures. Reste néanmoins à préciser de quel ARN il s’agit et être sûr que ça marche !

 

Lamarck n’avait peut-être pas tort sur tout !

lundi, janvier 12th, 2015

22543_484791300112_419219510112_11302828_931935_nComme l’explique de façon à la fois didactique et humoristique les faiblesses de la théorie de l’évolution selon Lamarck “… Comme il était simple de démontrer que des souris auxquelles on a coupé la queue ne donnent pas naissance à des souris sans queue, sa théorie s’est peu à peu couverte de ridicule …” (Dossier: l’épigénétique, On 16.09.2010, in Dossiers, by Alan Vonlanthen, http://www.podcastscience.fm/dossiers/2010/09/16/dossier-l-epigenetique/), on a rapidement jeter aux orties le bain et l’eau du bain ! Et aujourd’hui retour sur investissement avec l’article, Stress Fractures (http://www.the-scientist.com//?articles.view/articleNo/41708/title/Stress-Fractures/). On savait depuis une dizaine d’années déjà, qu’il existait un facteur de transcription nommé Ikaros, (appartenant à la famille des facteurs de transcription en “doigt de zinc”) impliqué de façon large dans le système immunitaire mais dont des altérations chez les femelles gestantes murines reproduisaient chez leurs nouveaux nés des conditions de stress identiques aux leurs. Maintenant, on sait également que chez l’homme des affections induites par de grandes situations de stress, se retrouvent non seulement chez les enfants mais aussi dans leur descendance, c’est à dire au delà de la deuxième génération. S’il est indispensable d’avoir des preuves de ce que la communauté médicale suggérait à la communauté scientifique en terme d’interrelation stress/affections, il n’est pas moins important d’insister sur le couple épigénétique/génétique, dont on découvre progressivement l’immense palette de rôles. Dans ce sens un projet (2010) ambitieux de longue haleine a été créé.  Baptisé : EpiTwin – The role of epigenetic factors in the aetiology of common complex diseases using twins, et ” … qui va s’intéresser aux différences d’expression génétiques de quelque 5’000 jumeaux en raison de leur style de vie et de leur hygiène alimentaire ... ” il aura l’immense avantage de pouvoir comparer deux à deux des individus armés d’un patrimoine génétique identique. Ainsi va s’éteindre cette autre  querelle des anciens et des modernes, pour une marche en commun des deux protagonsites !

Le Naturalisme en question ……..

samedi, juillet 19th, 2014

imageSoit une première réflexion de tous les jours (ou presque) : deux jumeaux homozygotes, élevés dans des milieux différents vont progressivement acquérir des caractères qui leurs sont propres au fil du temps, soit une seconde réflexion plus sophistiquée sous forme de métaphore (explicite) : la génétique renvoie à l’écriture des gènes, l’épigénétique à leur lecture. Alors, armés de ces deux entrées en matière, on entreprend la lecture de l’article : Gestational Malnutrition Affects Offspring´s sperm (http://www.the-scientist.com/?articles.view/articleNo/40465/title/Gestational-Malnutrition-Affects-Offspring-s-Sperm/). Après quoi on se dit que, sans le savoir évidemment, la théorie dite du “Naturalisme” dont Zola fut l’un des tenants, trouve un exemple de poids. Peut-être aujourd’hui pourrait-il sembler plus intéressant, dans un premier temps, de se pencher sur certaines des questions posées par l’article, en particulier celle soulevée par la non transmission de la modification qu’a subie le processus de méthylation. Mais dans un second temps, une autre lecture permet de constater qu’une fois encore des idées apparues à l’aube de la révolution technologique trouvent aujourd’hui une part d’explcation. Cl Bernard, A. Comte et H. Poincaré ont oeuvré sinon dans le même sens tout au moins vers un but commun : que tout phénomène puisse être gouverné par des lois invariables, des lois qui sont la façon que le scientifique a d’exprimer le fait scientifique. A la fin du XIX° siècle, du fait de leur nombre encore restreint, on pouvait croire que dans un proche avenir tout phénomène serait à tout le moins en voie de solution. Qu’en est-il aujourd’hui ? Les faits scientifiques se bousculent, les facteurs se somment, les questions soulevées sont devenues plus nombreuses que celles qui ont été résolues mais c’est aussi la seule façon que l’homme a de survivre.

Malédiction !

mercredi, décembre 11th, 2013

En l’absence d’une descendance connue de M. Proust il est difficile de savoir si l’odeur de sa petite madeleine se serait transmise comme le laisse penser l’article : Fear of a smell can be passed down several generations ( http://www.newscientist.com/article/dn24677?cmpid=NLC%7CNSNS%7C2013-1205-GLOBAL&utm_medium=NLC&utm_source=NSNS&#.UqSU2tLuJOI), encore que dans ce cas l’association ne serait pas faite avec un ressenti de peur. Dans le même esprit on sait également depuis longtemps que si les pères ont mangé des raisins vert, les dents des fils sont agacées(Ezéchiel, XVIII, 2 ). Et même sans tenir compte du fait que l’on disait de cette transmission qu’elle se manifestait jusqu’à la troisième génération, il n’en reste pas moins vrai qu’il se pourrait bien que l’on puisse enfin trouver une explication, par le biais de l’épigénétique, à un texte ô combien ancien, tout autant qu’à une très célèbre évocation littéraire. Pour l’instant seule l’étude des spermatozoïdes a mis en évidence des modification de l’ADN telles qu’elles puissent expliquer cette transmission, encore que la transmission de la transmission demande un éclairage dont on ne dispose pas encore. Ceci étant, il est une fois encore étonnant de constater combien la vulgate populaire est instructive. Elle serait même suffisamment riche pour initier de nombreux sujets de thèse.