Archive for septembre, 2019

La carpe et le lapin

mardi, septembre 17th, 2019

Pas si éloignés pourtant sont l’art et la science quand on s’intéresse au sensible. Les sens sont classiquement chez l’homme au nombre de cinq : tact, audition, olfaction, gustation et vision. Si la distinction est facile au regard des organes responsables, parce que résolument différents, il existe pourtant une confusion des genres qui fait que la gustation sans l’olfaction n’est pas la gustation et inversement, que le tact sans la vision n’a pas le même degré de précision, que le l’audition dépourvue de la vision est plus que l’audition avec la vision. On peut multiplier ainsi les différences de perceptions lorsque l’un des sens manque à l’ensemble. Mais on sait également par exemple que l’audition dans un milieu bruyant n’est pas l’audition dans un milieu silencieux ce qui montre que la perception (ou d’autres sens) ne peut être exclue du milieu perceptif dans lequel elle s’exerce. Savoir se servir de la physiologie sensorielle pour créer une oeuvre d’art c’est en optimiser le résultat. C’est ce que rappelle l’article Seurat’s Dots: A Shot Heard ’Round the Art World—Fired by an Artist, Inspired by a Scientist ( https://www.cell.com/cell/fulltext/S0092-8674(19)30851-7 ). C’est donc en appliquant la loi du contraste silmultané des couleurs de Chevreul que le pointillisme a pu voir le jour. Ainsi un exercice pratique de neurophysiologie sensorielle fait-il le lit de l’art ! Reste à savoir s’il est indispensable que le spectateur connaisse la loi du contraste simultané des couleurs ou en d’autres mots faut-il savoir pour apprécier ?

Remonter son horloge !

samedi, septembre 14th, 2019

Si l’horloge est considérée comme un instrument dont le rôle est de mesurer le temps, celui ci étant multiple les horloges le sont aussi. Si l’on ne considère que le monde de la biologie, les horloges y sont tout aussi nombreuses. L’homme vit dans un temps qui n’est pas le temps, mais qui est son temps. Ainsi même quand on parle d’horloge biologique, sans différencier l’homme de la femme, on sous entend en fait plusieurs systèmes. Le rythme circadien est celui qui gère la succession des périodes diurnes et nocturnes, alternance au cours de laquelle de nombreuses données biologiques, constantes sur le long cours (température, hormones …) devienent des variables qui s’ajustent. En génétique, on a fait l’hypothèse d’une horloge moléculaire selon laquelle “les mutations génétiques s’accumuleraient dans un génome à une vitesse constante”. Cette hypothèse qui devra certainement être modifiée pour s’inscrire dans la théorie darwinienne de l’évolution, est utilisée par les paléontologistes d’où une échelle de temps considérablement différente. Maintenant se profile l’horloge épigénétique qui est de nouveau à échelle humaine (First hint that body’s ‘biological age’ can be reversed, https://www.nature.com/articles/d41586-019-02638-w?WT.ec_id=NATURE-20190912&utm_source=nature_etoc&utm_medium=email&utm_campaign=20190912&sap-outbound-id=B52C39B8C0B944FD30A9FFE86924C165B3354E78&utm_source=hybris-campaign&utm_medium=email&utm_campaign=000_AGN6567_0000014844_41586-Nature-20190912-EAlert&utm_content=EN_internal_32879_20190912&mkt-key=005056B0331B1EE888EF831BEF037191 ). Sans se tromper il pourrait s’agir là de tout autre chose ; Dorian Gray et son portrait ferait pauvre figure. Mais si l’on veut pouvoir juger du rajeunissement il faut dans un premier temps savoir juger du vieillissement, ce qui est fait depuis 2014 (Biomarkers and ageing: The clock-watcher, https://www.nature.com/news/biomarkers-and-ageing-the-clock-watcher-1.15014 ). Aujourd’hui les résultats sont préliminaires, la cohorte est de petite taille, mais si l’on exclut l’envie de certains de rajeunir indéfiniment on peut néanmoins cibler le traitement de certaines pathologies responsables d’un vieillissement anormalement précoce.

Entraide sans frontière

mardi, septembre 10th, 2019

Parce que l’anthropomorphisme est un concept ancien cher à l’humanité, certains paléontologues dateraient son existence du paléolithique. Sans remonter si loin dans ses expressions, c’est certainement Jean de La Fontaine qui sut au mieux transformer les récits oraux d’Esope en fables écrites où les animaux étaient sujets de cour. L’animosité entre certains était évidente tandis que d’autres se prêtaient assistance. La communication animalière intraspécifique est connue ainsi que la diversité de ses outils, signaux et récepteurs. La communication extraspécifique est plus difficile à interpréter sauf celle qui réunit l’homme et ses animaux de compagnie. L’une d’entre elles avait été particulièrement bien étudiée qui unissait par le langage Konrad Lorenz et ses oies. Des signaux de type alarme ont déjà été mis en évidence mais dans l’étude Eavesdropping grey squirrels infer safety from bird chatter ( https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0221279, résumée dans Eavesdropping Squirrels: Bird Chatter Acts as Signal for Safety, http://www.sci-news.com/biology/eavesdropping-squirrels-07571.html ) c’est de l’inverse dont il est question. C’est ainsi que l’écureuil qui écoute/entend les chants des oiseaux abaisse son niveau de vigilance si on le compare à celui qui correspond au bruit émis par un prédateur comme le faucon. L’intérêt de l’étude réside dans le fait que l’écureuil tire bénéfice de l’expression d’un non danger émise par une autre espèce avec laquelle il partage un prédateur commun. Il y a donc bien eu communication extraspécifique. Mais comment est-ce possible ?

Gène et Genre

vendredi, septembre 6th, 2019

Jusqu’à la fin de la 6e semaine la gonade revêt le même aspect morphologique dans les deux sexes, alors est-ce une raison pour laquelle Hermaphrodite a pu voir le jour ? Fils d’Hermès et d’Aphrodite (d’où son nom) il fut uni bien malgré lui à la naïade Salmacis ce qui fit de lui un être d’une étrange complexité. Depuis déjà plus de cent cinquante ans on s’interroge sur ce qui pourrait définir le masculin et le féminin au delà de caractères trop simplement anatomiques. Ainsi Simone de Beauvoir et Claude Levi Strauss se rejoignent-ils sur la dualité qu’entretiennent ces deux termes nature et culture. Aujourd’hui paraissent les résultats d’une grande étude sur les bases génétiques de la sexualité ( Giant Study Helps Clarify Role of Genes in Same-Sex Sex , https://www.the-scientist.com/news-opinion/giant-study-helps-clarify-role-of-genes-in-same-sex-sex–66371?utm_campaign=TS_DAILY%20NEWSLETTER_2019&utm_source=hs_email&utm_medium=email&utm_content=76276598&_hsenc=p2ANqtz-8sDxjlIZ4bzyJ9y5T7pdtI5C_g4SQCtdPyF0pmQKMRJbQTzEIwPQ5_egm3txNxHoNQ9KQzn-77jJv-gleEBJiNJRqYyA&_hsmi=76276598). Pour ne pas oublier l’ambiguïté fondamentale de l’homme qui oscille au gré des vents et des siècles entre rationalité et irrationalité, il n’est pas inutile de rappeler que l’on a également cherché le gène de la criminalité comme on avait découvert la bosse des mathématiques ! Science contre pseudo science pour la recherche éternelle d’une cause ! Mais aujourd’hui la réponse est ouverte “encore” :  si la génétique peut prédire elle ne peut affirmer et il faudra donc s’en contenter !

D’une activité à l’autre

dimanche, septembre 1st, 2019

Les organoïdes sont à l’honneur quelque soit l’organe dont ils sont comme un “facsimilé”, aussi proche que possible de l’original. Le système nerveux central n’est pas en reste et voilà qu’un organoïde cérébral émet des ondes qui plus est se modifient en se complexifiant au fil du temps : Human Cortical Organoids Model Neuronal Networks ( https://www.the-scientist.com/news-opinion/human-cortical-organoids-make-brain-waves-66368 ) ! De là à y voir “l’équivalent” du cerveau d’un prématuré humain il n’y aurait qu’un petit pas que l’on aimerait bien franchir. Malheureusement si cette mini structure tridimensionnelle est bien constituée de cellules différenciées, neurones et cellules gliales, on peut la comparer à une île dépourvue de toute connection avec une quelconque autre structure ce qui à tout le moins est loin de pouvoir être assimilé à un cerveau humain même prématuré ! Ce n’est pas l’activité électrique constatée qui interroge, c’est la synchronisation de cette activité entre les cellules évoquant une maturation qui ne se poursuit néanmoins pas au delà de quelques mois. Si ces oscillations répondent à certaines drogues il n’en reste pas moins que les “assimiler” à des ondes cérébrales reste du domaine de la conjecture. Si telles elles étaient se reposerait urgemment la question éthique de savoir à quoi pense un organoïde cérébral !