
Henrietta Lacks a donné ses cellules à l’humanité sans le savoir. Mais alors que les cellules HeLa ont permis à d’innombrables chercheurs de travailler sur une souche cellulaire immortelle, non seulement jamais la malade n’eut conscience de ce don, mais encore il fut source de profits commerciaux incommensurables ! C’était il y a peu de temps encore, 60 ans, et il est à la fois normal que ce fait soit toujours rapporté et qu’il reste le sujet de nombreux colloques philosophiques sur l’éthique. C’est tout l’intérêt de l’article « Doctors, Patients, and Lawyers — Two Centuries of Health Law » (http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMra1108646?emp=marcom&query=NEW) que de rapporter pour les Etats Unis d’Amérique deux siècles des relations entretenues par ce couple finalement indissociable que forment la médecine et la législation. Pourtant l’équilibre entre les deux n’est certainement toujours pas atteint. Il est vrai que longtemps la relation médecin/malade, de type paternaliste, pouvait être qualifiée d’asymétrique, mais il en était tout autant de la rélation justice/plaignant. En France, dans les deux cas, la langue utilisée n’était-elle pas le latin ? Entre les protagonsistes, le latin a disparu et le médecin connait les droits du malade. On peut néanmoins encore se poser au moins deux questions essentielles : qu’est-ce réellement qu’un patient informé, et le législateur sait-il faire réellement la part entre obligation de moyens et obligation de résultat ?
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Judiciarisation vous avez dit judiciarisation ?
mardi, août 21st, 2012Lavage de cerveau
samedi, août 18th, 2012
C’est depuis longtemps une question en mal de réponse. Quels sont les moyens à la disposition du cerveau, car il en a nécessairement, pour éliminer les déchets qu’il produit à l’instar des autres organes. La question est d’autant plus actuelle qu’elle s’invite dans le domaine de la pathologie en particulier en ce qui concerne la maladie d’Alzheimer, où (schématiquement) il se produit une accumulation de protéines tau responsables des plaques amyloïdes. Aujourd’hui il est devenu possible, toujours grâce aux progrès de la technique, de mettre en évidence la façon dont les substances toxiques pourraient être éliminés ( Scientists Discover How Brains Keep Clean, http://www.wired.com/wiredscience/2012/08/brain-waste-cleaning/). Si la barrière hémato-encéphalique ainsi que le concept de milieu intérieur ont vu le jour vers la fin du XIX° siècle, il a été plus difficile de s’entendre sur le milieu extracellulaire. Ce dernier qui correspondait du reste pour Cl. Bernard au milieu intérieur, est loin d’être univoque et chaque époque y a ajouté des constituants aux constituants déjà présents. C’est peut-être là que réside toute la difficulté. Et de plus connaître sa composition ne vaut rien sans explorer sa dynamique, puisqu’un milieu est fait pour être traversé. C’est ce qui serait devenu possible aujourd’hui pour le cerveau de la souris ! Donc tout va bien, y a qu’à trouver comment passer à l’homme !
Où est le grand méchant loup ?
mercredi, août 15th, 2012
Quels sont les critères qui font dire d’un article qu’il est intéressant ? A première vue il pourrait sembler difficile de répondre positivement à cette question à la lecture de Are Americans Ready to Solve the Weight of the Nation(http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMp1206519?query=endocrinology) à moins que d’être particulièrement intéressé par la tendance ascendante de la courbe pondérale de la population d’Amérique du Nord. Pourtant, même si ce n’est pas le cas, ledit article ne soulève pas une mais des questions d’importance dont la première : de quel droit peut-on se prévaloir pour vouloir modifier une conduite à l’échelon d’une nation ? Dans le cas présent il s’agit d’une conduite dont les résultats en terme de morbidité ne sont pas dénués de conséquences néfastes pour l’individu. Avec pour corollaire en passant de l’individu à la nation, un élargissement du débat avec une économie de santé qui s’invite dans la gestion politique du pays. Une fois posée la validité de la démarche, une seconde interrogation va se faire jour : quels peuvent être les leviers sur lesquels il faut agir pour passer de la théorie à la pratique. Ce qui signifie également comment faire pour qu’un ensemble d’individus accepte de suivre des préceptes qui certes, peuvent être tenus pour bons, mais que d’aucuns peuvent assimiler à une démarche totalitaire. Et c’est alors que se pose la troisième question : qu’est devenu l’individu dans la société et comment peut-il y être encore une singularité quand il s’est noyé dans le tout ? Au vu et au su de ces quelques questions, il est évident qu’il s’agissait d’un très bon article !
Pot de colle !
vendredi, août 10th, 2012
Il lui aura fallu attendre longtemps, mais sa patience aura été finalement récompensée, aujourd’hui on peut parler de l’astrocyte en majesté. D’abord assimilée à de la glue, d’où son appartenance à la famille de la macroglie, cette cellule est sortie peu à peu de sa léthargie et la chrysalide s’est transformée en une cellule responsable, à tel point que l’on peut même se poser la question de savoir ce que ferait le neurone sans elle ! D’abord simple soutien, l’astrocyte est devenu partenaire indispensable, et rien ne dit qu’il s’arrêtera en si bon chemin. Ainsi vont les connaissances qui attribuent au gré des avancées techniques, des rôles qui s’approchent probablement de plus en plus près de la Vérité de ce qui est étudié. Dans le cas de l’épilepsie, il peut même s’agir d’un réel revirement de situation, puisque ledit astrocyte a troqué son rôle néfaste pour un rôle bénéfique (Epileptic Fits Are Like Raging Thunderstorms: Astrocytes Help Reduce Long-Term Damage, Surprising New Research Shows, http://www.sciencedaily.com/releases/2012/08/120807101224). C’est dans une telle démarche que réside la grandeur de la science. A condition de retenir que chaque marche est indispensable à la suivante, à condition de retenir que ce qui semble faux aujourd’hui, non seulement ne l’était pas hier mais a permis de continuer la construction, à condition de retenir que la technique permet le dévoilement mais qu’elle n’est pas le but en soi, à condition de retenir que la vérité scientifique n’est pas figée, ce qui interdirait tout avenir !
Du sensible au concept
samedi, août 4th, 2012
L’article « Cancer stem cells tracked » pose un problème particulièrement intéressant : peut-on/doit-on passer du sensible au concept ? Et si la réponse est oui, comment ? Le Sensible c’est le lot quotidien de tout vivant. C’est la rencontre avec une singularité autre, quelqu’elle soit dont on va ou non tirer une information signifiante. Même s’il peut paraître très prétentieux de vouloir en donner une définition, on peut qualifier de Concept, une construction raisonnée de l’esprit, impliquant une méthode mais qui, tout en étant une abstraction, doit tendre vers l’universalité. On soupçonne alors qu’il doit exister entre le premier et le second des connexions telles, que le concept tirera son existence de la signification que l’on aura attribuée au sensible. Bien sûr dans cette optique, on rejette la théorie selon laquelle la connaissance ne peut venir du sensible, puisque l’on fait de celui-ci le premier pas indispensable au raisonnement qui mènera à la connaissance. Dès le commencement, l’affirmation « omnis cellula e cellula« , impliquait l’existence d’une filiation telle que les deux cellules filles d’une même mère ne pouvait pas avoir un devenir identique ce qui aurait entraîné à très brève echéance l’arrêt de ladite filiation. Avant même que la technique ne permette de rendre sensibles ces différentes cellules, le concept prenait de l’ampleur et c’est par analogie qu’il a été appliqué à des lignées cellulaires néoplasiques. L’article cité (http://www.nature.com/news/cancer-stem-cells-tracked-1.11087) invite à revisiter ce concept de cellules souches appliqué à des lignées cancéreuses et calqué sur celui de cellules souches normales. Ainsi le concept se nourrit-il en permanence du sensible qui lui-même vit au rythme de la technique.
La mouche et l’homme
mardi, juillet 31st, 2012
La drosophila melanogaster elle aussi, partage avec l’homme une partie de son génome, environ les deux tiers ! Normal donc qu’elle fasse à ce point partie de l’arsenal dont se sert l’homme pour s’étudier, et ce d’autant plus qu’il s’agit d’un matériel à la fois bon marché et dont les générations se succèdent à un rythme tel qu’une seule génération de chercheurs pourra suivre de très nombreuses générations d’individus : une femelle peut pondre de 200 à 300 oeufs et on peut obtenir de 26 à 28 générations par an ! Cet animal est donc particulièrement bien adapté à l’étude de modifications génétiques dont on sait combien elles sont impliquées dans les processus néoplasiques ( Fruit Flies Light The Way For A*STAR Scientists To Pinpoint Genetic Changes That Spell Cancer, http://www.a-star.edu.sg/Media/News/PressReleases/tabid/828/articleType/ArticleView/articleId/1685/Default.aspx). Un des problèmes concerne le fait que les modifications génétiques ne cessent de se produire depuis le développement du cancer, puis durant sa progression et sa dissémination. On voit donc combien se modèle est adapté ! Autre attrait, de nombreuses voies de signalisation dans la formation tumorale sont conservées de la mouche à l’homme. Ainsi la drosophila melanogaster, par tout ce qu’elle partage avec l’homme, lui est indispensable ! La mouche pour l’homme n’est pas une mouche du coche …..
Dans le cochon, tout est bon !
mardi, juillet 31st, 2012
On le savait déjà, mais peut-être pas sous cet angle « Piglets in mazes provide insights into human cognitive development » (http://shared.aces.illinois.edu/content/piglets-mazes-provide-insights-human-cognitive-development). De nombreuses similitudes étaient déjà connues, comme celle concernant le développement du cerveau chez le porc et chez l’homme, même si la durée est plus courte chez le premier. D’où l’idée que des évènements intervenant durant les premières semaines chez le porcelet pourraient faire l’objet d’études analogiques dans une période proportionnellement équivalente chez l’homme. Que pensez-vous qui fut le plus difficile ? Trouver la bonne récompense pour un porcelet en but aux tracasseries de chercheurs attentifs. Et le gagnant fut …… Nesquik™ ! Encore une ressemblance supplémentaire entre les petits humains et les porcelets. La recherche offre parfois des résultats troublants….
Liaison fatale !
samedi, juillet 28th, 2012
Que pourrait-il y avoir en commun entre un bel indifférent et une vaste nébuleuse. « Focus on neuro-immune interactions » en apprend de belles à propos de liaisons entre le système nerveux et le système immunitaire ! (http://www.nature.com/neuro/journal/v15/n8/full/nn0812-1055.html?WT.ec_id=NEURO-201208). Bien que séparé du reste de l’organisme par une barrière classiquement réputée pour être infranchissable, le cerveau abrite des cellules résidentes parfaitement adaptées non seulement à de nombreux types d’atteintes du système nerveux, mais encore à des processus de réparation. En voici quelques exemples : certains neurones récepteurs possèderaient des molécules de surface identiques à celles de cellules immunitaires, des récepteurs de type P2X4R appartenant à la microglie seraient reponsables d’un certain type d’hypersensibilité nociceptive, il existerait des interactions entre des cellules nerveuses souches et des cellules immunitaires, des prostaglandines seraient impliquées dans le « sickness syndrome » dont il a déjà été question. Mais ce qui marche dans un sens peut aussi marcher dans l’autre. Le poste de commandement cérébral est parfaitement apte à influer sur les réponses immunitaires au niveau périphérique. Donc pas de face à face entre le bel indifférent et la vaste nébuleuse, mais une coopération normalement harmonieuse de tous les instants pour le plus grand bien de l’organisme. C’est Finalité contre Mécanisme, faut-il choisir ?
Quid novi ?
jeudi, juillet 26th, 2012
Que du vieux en cette période estivale ? Loin de là si l’on se réferre au forum intitulé « Science of Science Communication ». Enfin quelques réflexions à propos de l’unviers scientifique actuel tel qu’il est ressenti dans ses rapports avec la société. Bien des idées se propagent et même si on les croit fausses, elles ressemblent en cela à la médisance : il en reste toujours quelque chose ! Le constat se veut-il ou bien est-il alarmant (Opinion: Scientists’ Intuitive Failures, http://the-scientist.com/2012/07/23/opinion-scientists-intuitive-failures/)? Les américains ne croient plus les scientifiques, le journalisme scientifique est mort, les médias du divertissement font la promotion d’une culture anti-scientifique, le problème vient du public mais ni des scientifiques ni des décideurs enfin les points de vue politiques n’influencent pas les jugements des scientifiques. Cinq façons d’envisager les rapports qu’entretiennent la société et le monde des sciences à propos desquels on peut se poser la question de savoir s’il existe un ou des responsables. Bien sûr, la cité n’est pas idéale puisque celui qui est à sa tête n’est pas un philosophe-roi : donc tout est loin d’être parfait ! Science et société ne feraient donc pas bon ménage ? C’est tout le paradoxe du XXI° siècle. En effet jamais la science n’a été aussi intégrée à la société, tandis que dans le même temps, jamais la science a aussi peu été expliquée. En un mot elle est à la fois, redevenue magique et devenue vulgaire, et c’est la pire des choses qui pouvait lui arriver !
Qu’est-ce que l’art ?
lundi, juillet 23rd, 2012
Comment peut-on dire d’une oeuvre qu’il s’agit d’une oeuvre d’art ? Si le clacissisme a fait depuis longtemps ses preuves, il n’en est pas de même avec l’art moderne. Quoique le devenu classique fût moderne en son temps ! Cette question intemporelle chacun se la pose depuis des temps immémoriaux sans pouvoir y répondre de façon définitive. Pourquoi une oeuvre trouve-t-elle un écho chez l’un et pas chez l’autre, pourquoi la singularité plutôt que l’universalité ? Pour tenter d’apporter, non pas une réponse mais des éléments de réponse, des études de neurophysiologie avaient déjà essayé d’établir des corrélations entre zones du cerveau et réponses spécifiques à telle ou telle image. L’article dont il est question, Get the picture? Art in the brain of the beholder (http://www.newscientist.com/article/mg21528732.000-get-the-picture-art-in-the-brain-of-the-beholder.html?full=true) a choisi d’aborder ce célèbre débat des classiques et des modernes comme par exemple « Pourquoi aime-t-on un tableau de Pollock ? » par un autre voie d’accès. Cette nouvelle approche c’est celle de la neuro-esthétique (exemple typique de la novlangue !). Le but est d’envergure : essayer d’apporter une once d’objectivité pas plus mais pas moins non plus dans un domaine où la subjectivité domine. Il n’est pas sûr que les auteurs y soient parvenus. Pourtant les résultats obtenus à partir de différents types d’expériences visuelles menées sur des volontaires dont certaines avec IRM cérébrale, ouvrent des champs intéressants. Il n’en reste pas moins que s’il est facile de plaquer sur une oeuvre classique une foule de vécus personnels plus ou moins entiers, il n’est pas non plus impossible que tout le sensible connu antérieurement ne se projette inconscienmment dans de simples lignes et/ou de simples couleurs. Il ne s’agirait alors que de rappels simplifiés mémorisés, enfouis, refaisant surface. Il se peut alors que de ce simple sentiment d’harmonie jaillisse la sensation du beau !