Voir l’invisible, révéler ce que la nature cache peut se satisfaire d’actes simples comme celui qui consiste à trouver ce qui peut colorer des structures qui ne le sont pas spontanément. Tout nouveau visible initie un processus auto-entretenu fait d’une suite de solutions et de questions qui s’emboitent les unes dans les autres. C’est ainsi que se déroule l’hstoire de la science qui voit se suivre de nouvelles interprétations ne devant leur existence qu’aux interprétations non conclusives qui les ont précédées. Dans cet ordre d’idées, les travaux de Paul Ehrlich (Side-Chain Theory, circa 1900, http://www.the-scientist.com/?articles.view/articleNo/36175/title/Side-Chain-Theory–circa-1900/) peuvent être cités en dexemple ! Les colorations qu’il mît au point lui permirent de mettre en évidence l’existence de spécificités tinctoriales cellulaires aussi bien que tissulaires. Comme il montra qu’il existait des structures basophiles ou acidophiles, il imagina qu’il y avait là l’équivalent d’un accrochage entre le colorant et la structure qui réagissait avec lui. De cet accrochage, il fit plus tard des serrures aux quelles des clefs appropriées devaient venir s’adapter puis il en tira une nouvelle invention la théorie des réponses immunes dite de la chaine latérale qui lui valu le prix Nobel, avec Ilya Ilitch Metchnikov, de physiologie/médecine en 1908. Bien qu’il s’agisse de l’acte fondateur sans lequel l’immunologie n’aurait pas vu le jour, cette théorie sélective fut progressivement invalidée, mais ne plus faire référence à cette théorie rend les avancées ultérieures incompréhensibles puisqu’elles n’auraient pas pu exister sans elle. Cette histoire peut conduire à deux réflexions : premièrement ne pas faire l’impasse du temps de la construction pour ne regarder que l’édifice d’autant que celui ci n’est certainement pas terminé, deuxièmement, devant de telles innovations dont on ne peut dire comment elles ont pu voir le jour, on a presque envie de penser que l’innéité de la connaissance peut être défendue.
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Chaque marche à son importance
lundi, juillet 22nd, 2013Quid de l’évolution ?
jeudi, juillet 18th, 2013
Après que la téorie de l’évolution ait été reconnue par la communauté scientifique avant la disparition de son concepteur Ch Darwin en 1882, l’acceptation de la sélection naturelle dut attendre un demi siècle supplémentaire pour être à son tour acceptée. Depuis la logique de cette théorie semble inattaquable si l’on fait exception des idées que professent les créationnistes qui donnent aux textes sacrés valeur de science naturelle. Logique en effet est l’explication par Darwin de la diversité mais aussi de l’unité du monde vivant. L’idée qu’il exprime dans l’introduction de son ouvrage Sur l’Origine des Espèces au moyen de la Sélection Naturelle, ou la Préservation des Races les meilleures dans la Lutte pour la Vie, parle simplement au lecteur quelle que soit époque : « Comme il naît beaucoup plus d’individus de chaque espèce qu’il n’en peut survivre, et que, par conséquent, il se produit souvent une lutte pour la vie, il s’ensuit que tout être, s’il varie, même légèrement, d’une manière qui lui est profitable, dans les conditions complexes et quelquefois variables de la vie, aura une meilleure chance pour survivre et ainsi se retrouvera choisi d’une façon naturelle. En raison du principe dominant de l’hérédité, toute variété ainsi choisie aura tendance à se multiplier sous sa forme nouvelle et modifiée » Quelle est l’idée princeps de la théorie, l’adaptation : très schématiquement, ce sont les individus les mieux adaptés au milieu qui seront en mesure de survivre. Alors que vient faire ici l’exaptation ( Q & A: Evolution Makes Do, http://www.the-scientist.com/?articles.view/articleNo/36508/title/Q—A–Evolution-Makes-Do/) ? En fait rien de plus que ce que Ch Darwin avait lui même imaginé sans (pouvoir/vouloir ?) distinguer adaptation d’exaptation ! Puisqu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’une adaptation qui aurait mis en place une amélioration secondairement détournée pour un encore meilleur emploi. Selon Andreas Wagner, différencier formellement adaptation d’exaptation élargirait considérablement le champ d’investigation des biologistes de l’évolution ce que l’on croit aisément mais sera-t-il pour autant possible de répondre à la question du pourquoi primordial !
Mitochondries, what else ?
lundi, juillet 15th, 2013
Les mitochondries n’ont pas fini de faire parler d’elles. Il s’agit en effet d’un organite intracellulaire tout à fait particulier, dont on pourait même dire qu’il s’agit d’un monde à part entière. Si l’on excepte son implication dans la machinerie respiratoire et énergétique, ce qui est déjà loin d’être anodin, la mitochondrie a révélé une qualité qu’elle ne partage avec aucun autre organite, son ADN. Le fait qu’elle renferme un ADN qui lui est particulier a conforté l’hypothèse que l’on faisait à propos de son origine : qu’elle soit une bactérie ancestrale endocytosée par une cellule eucaryote ancestrale également. Ce qui pourrait être un argument supplémentaire en faveur de cette origine serait le fait même que les mitochondries pourraient subir les attaques ciblées de certains antibiotiques ! Dans l’étude dont il est question, (The Downside of Antibiotics?http://www.the-scientist.com/?articles.view/articleNo/36329/title/The-Downside-of-Antibiotics-/) les auteurs montrent que l’administration prolongée d’antibiotiques à activité antibactérienne induisent la formation de ROS, molécules réactives contenant de l’oxygène(reactive oxygen species) au niveau des dites-bactéries. Or des doses conséquentes de quinolones, aminoglycosides, et β-lactames entrainent des dysfonctionnements mitochondriaux ainsi qu’une surproduction de ces molécules dans les cellules des mammifères. Ce sont ces résultats qui ajoutés au fait qu’elle renferme un ADN qui lui est particulier, viennent conforté l’hypothèse que l’on faisait à propos de son origine : bactérie ancestrale endocytosée. On peut en effet faire le raisonnement suivant : si les mitochondries subissent des attaques ciblées d’antibiotiques antibactériens, cela pourrait signifier que les mitochondries sont bel et bien d’origine bactérienne. CQFD …
Nos amis les bêtes
samedi, juillet 13th, 2013
Quelques nouvelles de la nature à déguster sans modération. C’est ainsi que tortues, guêpes, guppies, merles peuvent tout autant nous apprendre que nous ressembler, ce que fait également de façon plus inattendue le champignon (Behavior Brief, http://www.the-scientist.com/?articles.view/articleNo/36377/title/Behavior-Brief/). Plus avancé que l’homme et comblant certains de ses désirs, ce que ce dernier ne peut pas encore faire, l’embryon de la la tortue asiatique (Chinemys reevesii) se déplace dans son œuf pour rechercher la température adéquate moyennant quoi « il choisira » d’être mâle ou femelle. Incroyable, non ? L’abeille (Apis mellifera) qui contrairement à la grenouille ne veut pas se faire aussi grosse que le boeuf, essaie de ressembler à l’homme en raison d’une asymétrie cérébrale permettant un fonctionnement plus complexe. Le guppy mâle (Poecilia reticulata) pallie à sa courte durée de vie par l’allongement de la survie de ses spermatozoïdes ce qui bénéficie aussi bien à lui qu’aux femelles, abolissant ainsi une inégalité certaine entre les deux sexes. Quant au merle (Turdus merula) des villes il semble bien souffrir comme l’homme de l’environnement dans lequel il évolue. C’est le merle des champs qui devrait peut-être inviter son cousin plus souvent. Enfin le champignon (taxon aujourd’hui obsolète) éjecte ses spores au moyen d’une structure qui ressemble à un joint torique utilisé dans les moteurs automobiles. Il est difficile de choisir entre ces deux options : Epiméthée ayant vraiment oublié l’homme ou la nature prenant un malin plaisir à le ridiculiser ?
Primum non nocere
vendredi, juillet 12th, 2013
L’article peut paraitre un peu long, mais le sujet en vaut vraiment la peine (Worried Sick, http://www.the-scientist.com/?articles.view/articleNo/36126/title/Worried-Sick/) ! Un sujet simple en apparence mais qui est loin d’être habituel puisqu’il s’intéresse à ces deux effets opposés que sont l’effet placebo et l’effet nocebo. Le premier connu depuis longtemps est utilisé, le second reconnu plus récemment est à éviter. Au delà des cas rapportés, tout l’intérêt de l’article repose sur une découverte, et sur une question. La découverte c’est la reconnaissance d’une voie de signalisation de l’effet nocebo, qui s’avère différente de celle de l’effet placebo, chacun répondant à des médiateurs différents. La question c’est comment étudier l’effet nocebo. Et il ne s’agit pas là d’une question anodine puisque il existe un principe intangible : le primum non nocere, auquel aucun médecin ne peut se soustraire ! Comment étudier l’effet nocebo sans passer par la case effet indésirable ? Comme le fait remarquer l’article, les comités d’éthique peuvent être en droit de refuser ce type d’étude à moins que de passer par la présentation au sujet des dits effets. On entre alors dans le domaine de ce que l’on appelle « pudiquement » le consentement éclairé du malade. C’est là qu’intervient la présentation, orale ou écrite, de ce que l’on regroupe sous le terme d’effets secondaires et dont on ne sait jamais ce que l’interlocuteur entendra vraiment et comprendra réellement. Peut-on s’arrêter à cette autre solution consistant à faire signer au sujet une déclaration stipulant qu’il est d’accord pour n’être au courant de rien ! On imaginait (à tort) l’effet placebo comme relevant directement de la psychologie du sujet, on a du mal à imaginer quel pourrait être le résultat d’un refus de savoir ! Heureusement avant toute chose, il y a Google pour répondre aux questions que se pose le malade quant au traitement qui vient de lui être prescrit !
Vrai mythe et fausse croyance
mardi, juillet 9th, 2013
Le mythe comme croyance fausse et non comme explication symbolique adressée à la société, c’est le choix de l’article du DR William Karresh et de Catherine M. Machalaba (7 Common Myths About Pandemics and New Diseases,
http://www.huffingtonpost.com/dr-william-karesh/pandemics-common-myths_b_3498381.html). A moins que la traduction de myth ne soit pas mythe ce choix est contestable quand on découvre que l’article fait référence à des idées générales portées par tous et portant sur tout. Qu’il existe des idées fausses ne caractérise pas l’époque actuelle, pas plus que les sujets de ces idées fausses, la médecine par ses maux ayant toujours été source de colportages de propos. Par contre, la question que l’on est en droit de se poser est la suivante : pourquoi existe-t-il toujours des idées fausses à propos des sujets médicaux ? Peut-être parce que malgré sa scientifisation la médecine est restée dans l’imaginaire un art comme du temps d’Esculape qui tenait son savoir d’Apollon lui-même. Parce que la recherche d’un responsable n’a pas cessé même si les dieux ne sont plus invoqués. Parce que les résultats dans certains domaines ne sont pas à la hauteur des espoirs que l’on met en eux même s’ils n’engagent que ceux qui y croient. Parce que l’on a là l’équivalent du bouche à oreille dont la caractéristique essentielle est l’altération de l’information, sujet oh combien sensible aujourd’hui !
Gazouiller il en restera toujours quelque chose !
mardi, juillet 9th, 2013
On pense souvent que tant qu’à être jugé, il n’y a pas mieux que de l’être par ses pairs. Pourtant ces juges sont-ils parfaitement impartiaux, il est arrivé à chacun de se poser la question. Il y aurait-il une solution ? En 2005, J E Hirsch établit un indice h capable d’apporter la solution ! (An indice to quatify an individual’s scientific research output, http://www.pnas.org/content/102/46/16569.full.pdf). Aujourd’hui il semble bon, voire indispensable d’y ajouter ce gazouillage qui participe de la vie de (presque) tous, il s’agit bien sûr de cette pratique mondiale qu’est le tweet. Aux dires de l’auteur (Opinion: Tweeting to the Top, http://www.the-scientist.com//?articles.view/articleNo/36274/title/Opinion–Tweeting-to-the-Top/), il n’y aurait rien de mieux que de tweeter puisque c’est le meilleur moyen d’atteindre n’importe où n’importe qui n’importe quand. Dans cette pêche à la ligne de l’information, ce serait bien le diable de ne pas intéresser des scientifiques de haut niveau, des journalistes compétents, des particuliers aptes à comprendre. Une information délivrée en temps réel se heurterait à l’information suivante délivrée elle aussi en temps réel et ainsi de suite de telle sorte que le risque de bouchons sur les voies de l’information n’est pas à négliger ! Comme par ailleurs il surviendrait des démentis, des mises au point, des précisions, ce n’est plus à des bouchons que l’on assisterait mais à des carambolages. La société n’est pas prête à comprendre que la science se fait à grands pas avant et petits pas arrière. La première des informations à apporter est donc l’apprentissage du questionnement, l’apprentissage de la relativisation, l’apprentissage de la réflexion. Osons mettre le tweet scientifique en attente !
Le douloureux cas des cellules Hela
samedi, juillet 6th, 2013
S’il existe dans la trop courte histoire de la bioéthique un exemple parfait du non respect de l’individu, c’est bien le cas des cellules HeLa. Morte en 1951, Henrietta Lacks avait offert à la médecine, un lot de « cellules immortelles » que la dite médecine s’était empressée de manipuler. Aujourd’hui le séquençage signe l’aboutissement de ce processus engagé il y a plus de 60 ans, et il est enfin juste qu’il soit matière à question puisque Henrietta Lacks n’avait jamais été avertie de ce « don » fait à son insu de son plein gré. Si cette formule devenue célèbre a pu faire sourire, ce n’est pas ce qui vient à l’idée quand on pense à ce qu’a généré l’utilisation de cette lignée cellulaire. Pourtant on doit séparer les acquis uniquement pécuniaires des acquis scientifiques. Si de nombreux brevets générateurs de revenus ont vu le jour, les cultures cellulaires par leur immortalité ont autorisées des recherches dans des domaines aussi nombreux que variées, comme celui des vaccins, du SIDA, de la radio toxicité …. Mais ce qui fait tâche enfin, c’est que la manipulation de ces cellules en a effacé l’origine. En effet, le prélèvement cellulaire ne pouvait pas être considéré comme un don puisque il avait été effectué sans l’accord du malade. Aujourd’hui une nouvelle question se pose du fait de la mise en place de ce que l’on appelle les bio-banques qui conservent tout type de prélèvement biologique sans que l’on sache nécessairement si elles seront utilisées pour le bien du malade prélevé ou pour le bien futur de tous (Debating Bioethics Openly, http://www.the-scientist.com//?articles.view/articleNo/36098/title/Debating-Bioethics-Openly/). Alors que les premiers prélèvements réalisés l’ont été sans l’accord du malade, celui ci est maintenant informé et peut s’opposer à leur utilisation. De même que l’on réalise des campagnes d’information sur le don d’organe il ne serait pas vain de faire de même pour ces prélèvements biologiques ce qui permettrait d’éviter au malade-sujet de devenir malade-objet dans les mains d’une science devenue de ce fait désincarnée.
L’union fera toujours la force !
mercredi, juillet 3rd, 2013
Qui n’a pas admiré un banc de poissons dessinant dans une « obscure clarté » des arabesques argentées puis dans la seconde qui suit changer de couleur en changeant de direction et cela tous ensemble ! Qui plus est, il n’existe pas de chef de troupe ce qui ne répond pas à ces sociétés organisées comme ce que l’on connaît des abeilles où de véritables castes agissent séparément pour le bien de tous. Ce qui est absolument fascinant dans cet article de Cristina Luiggi (Crowd Control, http://www.the-scientist.com//?articles.view/articleNo/36101/title/Crowd-Control/) ce sont les différents champs explorés, allant de l’étude du macroscopique au microscopique, d’une organisation inter-individuelle, à une organisation intra-individuelle. Qu’il s’agisse du banc de poissons, d’un micro-filament, d’un vaisseau sanguin en construction, d’une bactérie, comme du métazoaire le plus rudimentaire, dans chacun de ces domaines, une action résulte d’une mise en commun de caractéristiques, sommation de singularités ce qui fait s’opposer l’invariabilité en terme de résultat et la variabilité en terme d’acteurs. Ainsi pourrait-on croire que la nature suit un principe téléologique ce que J. Monod exprimait en parlant de « l’accomplissement du projet téléonomique fondamental – c’est-à-dire la reproduction invariante». Après l’admiration le temps suivant, celui de l’interprétation risque de ne pas être le plus simple !
117 A.
Carrel, L’homme cet inconnu, Paris, Plon, 1949, p. 238.
118 J. Monod, Le hasard et la nécessité, Paris, Seuil,
1970, p. 27.
Il n’y a pas que les gaz à effet de serre
lundi, juillet 1st, 2013
On peut considérer aujourd’hui les routes comme un facteur non négligeable du devenir de certaines espèces. Depuis plusieurs années déjà, on sait que les migrations de l’Erinaceus europaeus (hérisson commun) aussi bien que celles de la Rana esculenta (grenouille commune) sont sources de coupes sévères au sein de ces deux espèces lorsque les uns ou les autres empruntent, pour les traverser, les voies rapides qu’empruntent également les hommes et leurs véhicules . On sait moins, peut-être, que les conséquences sont tout aussi graves pour les hirondelles en particulier, mais que celles-ci ont été en mesure de répondre à cette agression en raccourcissant la longueur de leurs ailes (Evolution Takes a Road Trip, http://www.the-scientist.com/?articles.view/articleNo/35671/title/Evolution-Takes-a-Road-Trip/) ! L’interprétation de cette modification n’est probablement pas univoque, et la route pourrait ne pas être seule en cause. C’est pourquoi il faudrait plutôt parler de la route et de ses à côtés. Mais quoi qu’il en soit, il semble bien que des phénomènes d’évolution adaptatifs soient en mesure de se produire selon des modèles plus rapides que ceux proposés antérieurement et que, de ce fait, le « Struggle for life » reste un puissant moteur !