A l’aube du XX° siècle, Teilhard de Chardin tente de mettre en accord son monde de scientifique et sa foi de chrétien par le biais d’une construction dynamique. La dynamique dans le domaine scientifique pose peu de problèmes ce qui n’est pas le cas du domaine de la foi. C’est ce qui l’oblige à modifier la notion de création (entre autres). C’est aussi ce qui lui vaut d’être tout d’abord condamné par le Vatican qui peu à peu pourtant lui offre de vivre une réelle réhabilitation [voir en particulier le cardinal Joseph Ratzinger (La foi chrétienne hier et aujourd’hui ) en 1968 il est vrai] ! Néanmoins cette tentation de replacer science et foi dans une même pensée en mouvement est une vraie recherche d’apaisement entre les deux parties qui s’affrontent depuis « la nuit des temps ». Cette querelle reste d’actualité (Opinion: Science & Religion: A Centuries-old War Rages On, http://www.the-scientist.com//?articles.view/articleNo/42938/title/Opinion–Science—Religion–A-Centuries-old-War-Rages-On/),le conflit ne s’est pas apaisé. Il est vrai que la boite à outils de la science est de plus en plus fournie et efficace et que la foi repose toujours sur le concept d’une cause première qui se doit d’être non démontrable parce qu’indémontrable. La grande question est donc de savoir si éthique et morale ne peuvent être réalisées qu’au moyen de la croyance en une création divine devenue de ce fait indispensable. Nombreux, pourtant sont ceux qui s’entendent sur le fait que « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » ? Mais à l’évidence il s’agit d’un consensus « mou » qui ne permet pas à ceux qui sont en errance de vivre leur foi dans un monde qui cherche la vérité au moyen de la boite à outils de la science ? Le danger serait d’avoir l’impression que le ressenti du besoin d’un Créateur entre en compétition avec l’accomplissement de la vie bonne selon les anciens ! La faute en revient largement à cette quête de cause première qui fait avancer un homme regardant derrière lui.
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Science et conscience
dimanche, mai 24th, 2015Enfoncer le clou
mercredi, mai 20th, 2015
Comme une suite au précédent article ( What the UK election results mean for science, http://www.nature.com/news/what-the-uk-election-results-mean-for-science-1.17506?WT.ec_id=NATURE-20150514), viennent de paraître simultanément les deux suivants, Follow the Funding (http://www.the-scientist.com//?articles.view/articleNo/42799/title/Follow-the-Funding/) ainsi que, Think Before You Fire (http://www.the-scientist.com//?articles.view/articleNo/42788/title/Think-Before-You-Fire/) où il est question comme précédemment du(des) rapport(s) entre recherche (chercheurs) et origine des fonds nécessaires dans ce domaine : financement public vs financement privé. Ces questions ne doivent pas être envisagées en fonction du lieu géographique mais en fonction du rapport qui existe entre le public et le privé : deux attitudes que l’on peut voir comme opposées ou complémentaires. Se poser la question d’un entrave à la liberté de recherche dans le cadre d’un fonctionnement sur fonds privés ne semble pas plus pertinent que dans le cas de fonds publics. Depuis toujours en effet, les attributions se font sur dossiers et il existe une pertinence de sujets qu’aucun chercheur ne peut méconnaitre. Les grands thèmes n’appartiennent pas plus au public qu’au privé dans la mesure où ils reflètent les préoccupations du moment. Le second des ce deux articles aborde le problème selon une approche un peu différente mais qui ne peut être ignorée ; appartenance du chercheur à un laboratoire industriel et les aléas qui vont avec ce champ de l’industrie. Dans les deux cas, il existe néanmoins une préoccupation majeure. Il s’agit de l’obtention de résultats dans un temps qui se voudra plus court quand il s’agit de donations venant du privé, pour lequel investissement aura souvent tendance à aller de paire avec rendement, avec comme corollaire une application qui transcende le fondamental. En un mot comme en mille comment faire cohabiter au mieux pour les deux, le domaine de l’argent et celui des idées ?
Le Savant et le Politique
lundi, mai 18th, 2015
A Munich en 1917 Max Weber fait une première conférence ayant pour sujet la Vocation de Savant (Wissenschaft als Beruf) suivie en 1919 d’une seconde sur la Vocation du Politique (Politik als Beruf). Après sa mort en 1920, il faut attendre 1959 pour que les textes soient traduits en français précédés d’une longue préface de Raymond Aron. Si cette traduction aide à faire connaître son auteur en France, il est presque aussi peu connu en Allemagne. Pourtant il est reconnu depuis pour être un des pionniers de la sociologie moderne, car il est l’un des premiers à exprimer le fait qu’il existe une réelle fusion entre la science et l’homme politique : l’action raisonnable du politique étant nourrie de relations causales et de valeurs. Dés sa première conférence, Max Weber fait état des inquiétudes que peut avoir le savant vis à vis de la politique dans la mesure où se dessine déjà un possible asservissement du savant par le politique dans l’Allemagne de cette époque. Les résultats du vote survenu le 7 mai au Royaume Uni permettent de s’arrêter de nouveau sur les termes de la dialectique wébérienne à savoir, les deux morales de la responsabilité et de la conviction « ou bien j’obéis à mes convictions […] sans me soucier des conséquences de mes actes, ou bien je me tiens pour comptable de ce que je fais… ». Que va-t-il advenir de la politique scientifique dans les années à venir au Royaume Uni, c’est la question qu’envisage l’article What the UK election results mean for science (http://www.nature.com/news/what-the-uk-election-results-mean-for-science-1.17506?WT.ec_id=NATURE-20150514). La question s’était déjà posée lors du référendum sur l’autonomie de l’Ecosse (septembre 2014) où avait déjà été envisagée la place du budget de la recherche scientifique selon que le choix aurait porté sur l’autonomie ou le maintien au sein du Royaume Uni. On voit aujourd’hui encore, combien le politique est impliqué dans le domaine du scientifique. Et quand il s’agit de subsides ou peut se demander si l’orientation de la recherche peut rester totalement indépendante !
Sur le bout des doigts
dimanche, mai 17th, 2015
Rien n’est définitivement acquis c’est un peu ce dont traite un nouvel article à propos d’une définition possible de la singularité (Microbiome Fingerprints, http://www.the-scientist.com//?articles.view/articleNo/42950/title/Microbiome-Fingerprints/). Le dactylogramme, science vieille déjà de plusieurs millénaires a servi d’autres desseins que celui d’identifier des coupables alors même qu’elle servait bel et bien de signature depuis longtemps et il est étonnant, dans ces conditions, qu’il ait failli attendre le XIX° siècle (Edward Henry à Scotland Yard, Alfred Bertillon à la police judiciaire) pour en faire une preuve supplémentaire dans le domaine de l’anthropométrie. Aujourd’hui, il semble que celui des attributs qui sortira vainqueur pour identifier un individu se déplace vers une récente entité appelée microbiome. Une fois encore, le concept fait référence à une ancienne notion, celle de flore microbienne d’abord intestinale et vaginale, puis progressivement étendue au delà (oropharynx, peau, œil, placenta …). Cette flore faisait elle-même référence à une autre notion, celle de communauté symbiote, reposant essentiellement sur la notion qu’il s’agit d’une association restreinte aux partenariats à bénéfice mutuel. A l’homme postmoderne dont l’identité se fragilise vient s’opposer un individu plus stable, mieux défini. On pourrait y voir l’affrontement entre l’homme tel qu’il serait vu par la philosophie d’aujourd’hui (et de certains ..) et l’homme tel qu’il est vu dans sa réalité biologique, la génomique lui permettant de se réapproprier une stabilité qu’il aurait perdue. S’il ne faut pas accepter comme vérité première l’avenir comme synonyme de progrès, on ne peut pour autant pas dénier l’apport du progrès dans la vision de l’homme. Comme quoi, il convient encore et toujours de ‘ »ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain », soit encore de savoir (comme on le disait avant) « séparer le bon grain de l’ivraie » !
Une petite dernière ?
samedi, mai 16th, 2015
Ce qu’il y a de bien avec l’information actuelle, c’est qu’elle ne laisse aucun répit à ses lecteurs. Ce qui est peut être moins bien, c’est qu’elle peut aller trop vite et sauter le temps de la réflexion. Il existe pourtant un bon côté à ces « Breaking News ». Le fait d’être portées a la connaissance de tous en temps réel, incite celui qui les lit à les vérifier, les reprendre, les commenter, les amender. Aujourd’hui c’est une nouvelle cellule souche qui fait son apparition (New Stem Cell Identified, http://www.the-scientist.com//?articles.view/articleNo/42901/title/New-Stem-Cell-Identified/, J. Wu et al., “An alternative pluripotent state confers interspecies chimaeric competency,” Nature, doi:10.1038/nature14413, 2015). Son intérêt résiderait essentiellement dans son positionnement à la jonction pluripotentialité/différenciation, ce qui en fait un élément autre que les cellules souches précédemment utilisées, sans quoi, évidemment, elle manquerait nécessairement d’intérêt ! Elle serait par ailleurs plus utile (toujours par rapport à ses sœurs plus anciennes, en terme de découverte) en tant qu’outil dans les manipulations de laboratoire. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes (on ne croit pas si bien dire), si, le si est de taille, l’éthique ne venait s’en mêler. La question posée étant la suivante : est-il éthique de créer un être chimérique animal/homme ? A noter qu’en réalité la question est très ancienne comme en témoigne la mythologie. Aujourd’hui peut-on répondre oui à la question quand le but est noble : venir en aide à l’homme en remédiant par ce biais à certaines de ses imperfections acquises ou non. La question est de taille et pendant le temps de réflexion qu’elle suscite, est-il licite de valider la technique ? Qui répondra ?
Un petit air « d’âge de glace »
jeudi, mai 7th, 2015
A l’heure où le réchauffement climatique participe de l’heuristique de la peur, sans que l’on sache vraiment si la responsabilisation est au bout de chemin, une pause s’impose. Le mammouth laineux peut-être (ou peut-être pas) futur personnage d’un énième Jurassic Parc en gestation est là pour parler de sa descendance (Mammoth genomes provide recipe for creating Arctic éléphants, http://www.nature.com/news/mammoth-genomes-provide-recipe-for-creating-arctic-elephants-1.17462?WT.ec_id=NATURE-20150507). Ainsi, si le futur reste l’inconnu majeur, le passé est en passe de devenir de plus en plus présent. Néanmoins la question se pose : est-il nécessaire pour mieux connaître ce dit passé, de le vivre en testant ce qui peut s’apparenter à une « recréation » ? Quelques soient les convictions affichées, on peut affirmer que l’homme n’est pas responsable de la création. Or ses avancées techniques le mettent « en capacité » (…..) aujourd’hui de recréer pour partie ce monde, ce qui lui permettrait d’encore mieux d’asseoir ses racines. On peut proposer comme une raison valable l’amélioration de la survie d’un animal actuel dans des conditions extrêmes, mais le doute subsiste : cette raison n’est-elle pas un prétexte pour jouer à ce demiurge dont parlent toutes les cosmogonies ?
Faut-il vraiment s’en étonner ?
lundi, mai 4th, 2015
Certains s’étonnent que l’homme du paléolithique (Aurignacien, Gravettien) ait pu être l’auteur d’œuvres picturales aussi exceptionnelles que celles dont on parle tant aujourd’hui et que l’on n’hésite pas à reproduire à l’identique pour que le XXI° siècle n’en soit pas privé et puisse même en profiter à loisir. Aussi serait-il logique que les mêmes s’étonnent de ce que les néandertaliens, contemporains des précédents (http://www.hominides.com/html/ancetres/ancetres-cro-magnon.php) aient assaisonné leurs plats (Neanderthal chefs may have spiced up menus with wild herbs, http://www.newscientist.com/article/mg22630174.600?cmpid=NLC|NSNS|2015-0416-GLOBAL&utm_medium=NLC&utm_source=NSNS#.VUZHeF2JhYc). Mais pourquoi un tel étonnement ? Le sensible à cette époque y était certainement plus pur que le sensible d’aujourd’hui, si l’on excepte n’importe quel l’enfant lorsqu’il découvre son environnement. L’œil était composé des mêmes éléments que ceux qui composent l’œil d’aujourd’hui et nul ne dit que les papilles et bourgeons du goût différaient à cette époque ! Nul ne dit non plus, que les besoins alimentaires, tant nutritionnels que gustatifs, aient été différents en ce qui concerne la recherche d’une nouvelle perception. Il est tout aussi difficile de certifier l’absence d’un besoin esthétique et donc de sa quête chez l’homo sapiens. Quel qu’ait été le but de ces représentations, votif, magique, religieux, il est vrai que le choix de l’obscurité des cavernes ne témoigne pas à l’évidence d’une envie d’exposer les dites œuvres au vu et au su du groupe. Ce qui n’empêche aucunement l’art et la technique de cheminer de concert depuis la nuit des temps, comme il est dit……
L’individualité peut être un exemple !
lundi, avril 27th, 2015
Probablement assez nombreux sont ceux qui ont entendu parler de Gauss et par voie de conséquence de la loi éponyme. Mais sont-ils aussi nombreux ceux qui connaissent la signification d’une loi normale ? Pour arriver à ce concept de distribution d’un événement biologique issu de plusieurs événements aléatoires, la route fut relativement longue ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_loi_normale), mais l’utilisation courante de cette courbe témoigne assez de sa robustesse. Dite en cloche, la courbe montre qu’un événement survient chez un maximum d’individus tandis qu’un petit nombre d’entre eux situés aux deux extrémités semblent s’en échapper. Ce sont ces individus remarquables qui prennent aujourd’hui toute leur importance comme le montre l’étude Mining the Outliers (http://www.the-scientist.com//?articles.view/articleNo/42442/title/Mining-the-Outliers/). Ainsi les individus qui sortent de la normalité, c’est-à-dire des résultats attendus deviennent-ils objet de toutes les attentions dans la mesure où ils sont source de connaissances nouvelles, ces dernières en effet, ne pouvant plus être acquises à partir de la majorité. Ainsi cette expression de la normalité est-elle un frein à l’approfondissement de la connaissance. Seuls ceux qui s’en échappent sont capables d’apporter un plus à l’ensemble. A partir de quoi on peut affirmer sans se tromper qu’il est bienheureux d’être unique. sont D’autant que les études les plus récentes sur la génomique des tumeurs confirment l’individualité de chacun des processus par rapport à son voisin (The Challenges of Precision, http://www.the-scientist.com//?articles.view/articleNo/42443/title/The-Challenges-of-Precision/). Ainsi si chaque individu reste bien unique, il semble en être de même avec le processus néoplasique. On remarque donc que le cheminement des connaissances, en tout cas dans le domaine médical, est passé de la recherche de signes communs à la recherche de signes distinctifs. La première démarche a permis le diagnostic la seconde va permettre d’affiner la thérapeutique.
Découvrir
jeudi, avril 16th, 2015
Découvrir : ôter ce qui couvre, montrer à la vue (il ne s’agit pas là du dévoilement heideggerien). Ainsi en est-il des découvertes, qui peuvent être fruit du hasard comme, vraie solution à fausse question ou à l’inverse fausse solution à vraie question, mais dans tous les cas, d’une acquisition à prendre en compte. Quelques exemples fameux ont marqué l’histoire parmi lesquels deux viennent immédiatement à l’esprit : l’Amérique de Christophe Colomb, la pénicilline de Flemming. D’autres sont moins connus qui appartiennent pourtant au domaine du quotidien : le four à micro ondes, le Post-it, le téflon, le velcro …. Ce que l’on sait encore moins, c’est qu’il existe un terme la sérendipité qui est le fait de « trouver autre chose que ce que l’on cherchait » (http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9rendipit%C3%A9). On peut, à l’évidence, utiliser ce concept à l’encontre de la p53 comme le montre de façon particulièrement instructive parce qu’universelle, l’article Setbacks and Great Leaps (http://www.the-scientist.com//?articles.view/articleNo/42463/title/Setbacks-and-Great-Leaps/). Faut-il pour autant cesser de chercher comme l’évoque de façon humoristique le dessin ci dessus ? La réponse est à l’évidence non. Depuis Aristote, l’accent a toujours été mis sur la recherche des causes premières et Descartes ne l’a certes pas contredit, lui qui a mis le doute comme démarche première avec le Cogito, ergo sum, première certitude à partir de laquelle le doute peut être utilisé comme méthode. Et donc, s’il existe une scientifique attitude, elle ne peut résulter que d’une combinaison équilibrée entre rigueur et doute, doute et rigueur, chacun à tour de rôle et en refusant que le terme conclusion devienne synonyme de vérité absolue et définitive, en d’autres termes que le débat n’y trouve plus sa place.
Une Chimère pas du tout chimèrique
mardi, avril 14th, 2015
Difficile de s’entendre sur l’aspect de la chimère sinon à reconnaître qu’il s’agit d’un être extraordinaire mais surtout malfaisant appartenant à la famille des monstres que le héros antique se doit de faire disparaître pour que règnent ordre et beauté du cosmos, tels que Zeus les initia. Pourtant les chimères existent, et si les cliniciens n’en rencontrent que rarement, il semble bien que les biologistes en décèlent un beaucoup plus grand nombre. Ainsi si le chimérisme phénotypique reste rare (lignes de Blaschko, http://textes.easybayes.org/mosaicisme/lignes-de-Blaschko.php), il n’en est pas de même pour le chimérisme génotypique (From Many, One, http://www.the-scientist.com//?articles.view/articleNo/42476/title/From-Many–One/). Si ce dernier n’a pas d’expression phénotypique, on peut affirmer qu’il a d’autres qualités : ses origines sont multiples, et ses conséquences touchent de nombreux domaines : celui des greffes, celui des processus immunitaires, celui de la survenue de processus néoplasiques essentiellement dans le cadre du microchimérisme. Les pistes de recherche sont sinon infinies du moins nombreuses, dans la mesure où intervient également le moment où il se met en place au décours de la vie embryonnaire, fœtale et même adulte et ce serait également sans compter avec un autre type de chimère, la chimère épigénétique, ce qui porte à croire que l’on n’a pas fini de recenser les chimères humaines. Si la science confirme l’existence d’individus peu ordinaires crées par la mythologie, elle en a néanmoins modifié le caractère exclusivement maléfique. Mais comme le souligne en conclusion l’article cité, ces chimères invitent à insister sur la notion de singularité de l’individu.